Parfum de Séléné

A. Biancheri

Ô Divine, salut! Viens à nous qui t'aimons!

Descends d'un pied léger, par la pente des monts,

Au fond des bois touffus pleins de soupirs magiques;

Sur la source qui dort penche ton front charmant

Et baigne son cristal du doux rayonnement

De tes beaux yeux mélancoliques.

Toi qui, silencieuse et voilée à demi,

Surpris Endymion sur la mousse endormi

Et d'un baiser céleste effleuras ses paupières,

O blanche Sélènè, Reine des belles nuits,

L'essaim des songes d'or qui bercent nos ennuis

S'éveille à tes molles lumières.

Egaré dans l'espace orageux, le marin,

Accoudé sur le bord des nefs au bec d'airain,

Entend rugir les flots et gronder les nuées;

Mais il se rit du vent et de l'abîme amer,

Quand tu laisses errer sur l'écumeuse mer

Tes blondes tresses dénouées.

Immortelle, entends-nous! Sur ce monde agité

Epanche doucement ta tranquille clarté!

O Perle de l'azur, inclinée à leur faîte,

De tes voiles d'argent enveloppe les cieux,

Et guéris-nous, pour un instant délicieux,

Des maux dont notre vie est faite.