Détresse
A. Caplet
La main qui serre le coeur
s'est encore un peu refermée,
et l'on étouffe dans le silence
en se regardant avec des yeux agrandis,
et l'on ose à peine prêter l'oreille,
tandis que les voix se taisent,
de peur d'entendre glisser
les pas feutrés de Celle...
qu'il ne faut point nommer.
Seigneur, de votre main trop lourde
Vous pesez sur nos têtes,
n'appuyez pas si fort, ou ma tête penchée
sur ma poitrine ne pourra plus se relever!
Seigneur, qu'est-ce qu'il faut que l'on vous donne
pour que vous ayez pitié et... que vous rendiez...
votre proie, ô Terrible Chasseur Eternel,
qui menez l'hallali au son des canons formidables,
et qui faites vos chiens aboyants
de ces gueules de lourd métal?
sa vie est dans vos mains,
et mon bonheur est dans vos mains,
et je sais qu'il me faut par vous des miracles.
Il me faut des miracles et je vous les demande
avec la simplicité du désespoir,
comme les enfants tendent
leurs petites mains tremblantes
vers la lune d'or pâle dans le ciel sombre,
quand ils croient encore
que leur père est tout-puissant
et qu'il dispose du ciel.