Hymne à la naissance du matin

A. Caplet

L'aube a roulé ses roues de glace dans l'horizon.

La terre se découvre en gammes de jour pâle.

Un mont reflète, humide, les dernières étoiles,

et les animaux bleus boivent l'herbe d'argent.

Aurore, ta rosée vient s'étoiler sur l'herbe

et courir dans les sillons comme un jeune sang!

Ardente, elle se mêle aux roses du Levant,

se répand des coteaux, bruine et s'élève en gerbes.

L'air tremble frais et pur. Le vent passe si doux,

quand ses bras de velours leur entourent le cou,

que les arbres, charmés de l'emprise légère,

s'abandonnent, feuillage et frissons de lumière.

Lumière des matins, ô naissance des jours,

renaissance des êtres, vous égalez l'amour! -

Un de ces matins clairs j'ai vécu dans ce rêve

de monter vers le ciel en gravissant le jour.

Les flammes de l'Aurore flottaient sur mes épaules

et les fleurs de la terre embaumaient mon effort.

Les papillons, les fleurs, les oiseaux, les moulins

me semblaient un cortège tout vibrant de parfums,

de vols et de lumière. Leurs formes, dans le jour,

me suivaient: les oiseaux précédaient mon amour.

Quels essaims d'angélus volaient sur les portiques,

les d&oacircmes étagés d'une forêt antique,

tournaient, s'évanouissaient, me revenaient encore,

s'échappant de la ruehe immense de l'Aurore?

La lumière tombait, en arpèges dorés,

des mystiques rayons que berçait l'air sonore.

Aux pics dorés des monts, aux vagues d'or des prés,

aux plis d'or des forêts, la lumière chantait!

Ainsi j'allais songeant à cette loi première:

nul n'aime la Beauté sans aimer la lumière.

Le grand jour pénétra mon front rose de fièvre et,

détournant son cours, vint rafraichîr mon sang,

et je croyais, fermant les yeux dans mon bien-être,

tant ce jour était pur, sa lumière parfaite,

que mon esprit voyait, au travers de mon front,

le ciel dans la prairie et le ciel sur les monts!