C'était un songe

A. Casella

C'était un songe d'or, quand au refrain des vagues

Perdus dans un regard et du monde oubliés,

Nous laissions sur les flots ondoyer nos yeux vagues

Et marchions en rêvant l'un sur l'autre appuyés.

C'était un songe d'or; les longs cheveux des algues,

Sur le sable pâli, déployaient à nos pieds

Leurs grands anneaux vivants et noirs, sinistres bagues

Que l'Océan enroule aux doigts de ses noyés,

C'était un songe d'or; dans les gerbes d'écume

Le flot nous apportait jusqu'aux flocons de plume,

Jusqu'aux duvet neigeux du pâle goëland.

Mais, comme un alcyon aveuglé dans la brume,

Votre amour s'est perdu dans l'horizon qui fume

Et dans mon cœur sans rêve a laissé le néant.