Berceuse cosaque
A. de Kabath
Dors, mon enfant, sois bien sage,
Baïouchki baiou:
La lune au brillant visage
Voit dans ton berceau!
Je vais chanter tout de suite
Un conte fort beau,
Mais ferme tes yeux bien vite!
Baïouchki baiou.
Au bord du fleuve qui passe
Le long du chemin,
S'embusque un Tcherkess rapace,
Le poignard en main.
Mais ton père est un vieux brave
Au poignet d'airain.
Dors dans ton rêve suave,
Baïouchki baiou.
Un jour tu sauras toi-même
Presser l'étrier,
Pour affronter le baptême
Du feu meurtrier.
Moi, je broderai de soie
Ton harnais guerrier.
Dors, enfant qui fais ma joie,
Baïouchki baiou.
La bravoure d'un Cosaque,
L'âme des aïeux
Perceront sous ta casaque
Au jour des adieux.
J'aurai plus d'orgueil encore
Que de pleurs aux yeux!
Dors sans craindre cette aurore,
Baïouchki baiou.
Je languirai de tristesse
Jusqu'à ton retour,
Et dans ma main prophétesse
Verrai, chaque jour,
Tous les périls que devine
Mon ardent amour!
Dors bien contre ma poitrine,
Baïouchki baiou.
Tu prendras la sainte image
Qui défend mon toit;
Pour rendre à Dieu ton hommage,
Mets-la devant toi.
Quand sifflera la mitraille,
Cher fils, pense à moi!
Dors, héros de la bataille!
Baïouchki baiou.