Chant d'amour

A. de Polignac

Je veux que nous vivions tous deux seuls

dans un grand palais mystérieux;

Comme une ombre notre amour silencieux

s'étendra autour de nous,

Vibrant le long des froides parois de marbre.

Je danserai pour toi, lentement,

parmi les choses harmonieuses

avec une délicatesse inquiète.

Le temps cessera de ponctuer nos ravissements,

Son balancier sera mon écharpe dessinant

des rythmes dans notre éternel présent.

Il n'y aura de mesuré que les battements de notre cœur.

Mais les miens seront précipités

et heurterons contre ma poitrine

Comme si mon âme voulait s'élancer vers toi.

Nous ne serons plus effrayés

par la hâte grossière du jour,

Car la lumière sera selon notre volonté.

Ceux du dehors ne nous connaîtront pas

lorsque nous passerons au milieu d'eux,

Et leurs paroles ne nous atteindront plus.

Puis quand nous reviendrons à travers les arbres,

il nous semblera venir de loin

Et nous irons nous enfouir

dans les grands meubles tourmentés.

Enlacée de tes bras, ton regard me

sera grand comme l'incréé!