Douleur

A. de Polignac

Estendue emmy les fleurs

Que j'arrose de mes pleurs,

Je m'escrime et me lamente,

Hélas, malheureuse amante!

Ha, que je porte de traicts,

Que je souffre de regrets,

Et que la mort endormie

Se montre peu, mon amie,

Je l'invoque tous les jours

Car, en ce pénible cours,

Où la fortune m'élance,

La mort est mon espérance.

Mort, mon unique repos,

Mort, que je porte à mes os,

Chère mort que je désire

Pour le feu que je soupire.

Ô temps, mesnager des ans,

Fidèle ami des amants,

Viens adoucir mon servage,

Mon amant est trop volage.

Mais, hélas, il est trop tard

Car déjà mon âme part

De son escorte mondaine

Pour mettre fin à ma peine.