Plaintes d'amour

A. de Polignac

Un facheux éloignement

M'a bien donné du tourment

Et m'en donne encore,

Si je ne voy revenir

Celle que j'adore.

J'entens Cephale à sa voix

Qui dit aux nymphes des bois:

Viens ça, ma belle Aure;

Ne voy-tu point revenir

Celle que j'adore?

Je voy coucher le soleil,

Et le vois à son reveil

Luire avec l'aurore;

Mais je ne voy point venir

Celle que j'adore.

Et toy, la sœur d'Apollon,

Qui porte le mesme nom

Que mon cœur honore

Ne voy tu point revenir

Celle que l'adore.

Je voy les prez verdissans

Garnis de riches presens

De la belle Flore,

Mais je ne voy point venir

Celle que j'adore.

Je n'espere aucun secours,

Et la mort dans peu de jours

Viendra mes yeux clorre,

Si je ne voy revenir

Celle que j'adore.