Chanson chinoise

A. Gouzien

Sous les saules du petit fleuve

Habitait le roi de Tchi-Li;

Le jade clair et l'or poli

Pétillaient sur sa robe neuve.

Son pavillon au toit léger,

Qui mêlait ses treillis aux branches,

Jusqu'au bord de ses marches blanches

Voyait les sarcelles nager.

Mais il ne vient plus de sarcelles

Sur l'eau qui baise les talus;

Le satin blanc ne frémit plus,

Plein de sonores étincelles.

Dans les chambres de bambou noir

Dorment les robes somptueuses;

Le long des rampes tortueuses,

Le vent monte et pleure, le soir.

Le ciel gris ternit l'eau limpide,

Près du pavillon désolé.

C'est que le roi s'en est allé:

La lune ainsi passe, rapide.

Les flots n'ont pas su retenir

Sa chère image, et l'onde est veuve.

Mais lui, le roi, du petit fleuve

A-t-il gardé le souvenir?