Le petit mendiant

A. Gouzien

C'était un pauvre petit être,

Que personne au monde n'aimait,

Et lui-même hélas! ignorait

Où le hasard l'avait fait naître.

Il allait mendiant son pain,

Et les enfants dans les villages

Le poursuivaient de leurs outrages

En le voyant tendre la main.

Mais le petit, leur faisant face:

« Quel est donc celui qui me chasse,

Leur disait-il d'un ton hardi?

La grande route est à qui passe,

Ici comme vous j'ai ma place,

Car je suis Français, Dieu merci! »

Un jour, non loin de la frontière,

Drapeaux au vent, tambour battant,

Il vit passer un régiment,

Il entendit parler de guerre.

On acclamait les bataillons,

Tous les yeux brillaient d'espérance,

Et l'on criait: Vive la France!

L'enfant cria sous ses haillons:

« Pauvre petit, dans ta misère,

Que te fait la paix ou la guerre? »

Lui dit un railleur endurci.

L'enfant leva son œil sévère:

« Je suis sans asile et sans mère,

Mais je suis Français, Dieu merci! »

Aux jours de deuil, sur la ruine

D'un incendie encor fumant,

L'ennemi saisit un enfant

Qui tenait une carabine.

« Que viens-tu faire ici, gamin?

Tu veux donc que l'on te fusille!

Ton nom? Je ne sais. Ta famille?

Je mendie et suis orphelin.

Un vagabond! sous quelque pierre

Ecrasez-moi cette vipère!

Est-ce un Français? est ce un bandit?

Quand vous passâtes la frontière,

Cria l'enfant, à ma colère,

J'étais Français, je l'ai senti! »

Le lendemain, dans les décombres,

Rôdant sous leurs toits effondrés,

Quelques paysans effarés

Passaient, muets comme des ombres.

Près d'un vieux mur tout chancelant,

Couché dans sa gloire enfantine,

Un coup de feu dans la poitrine,

Gisait le petit mendiant!

Et déjà la mort de son aile

Enveloppait sa tête frêle,

Son œil fixe était sans lueurs...

« Que fais-tu là couché sur terre? »

L'enfant souleva sa paupière:

« Je suis Français... et... je... meurs!... »