Nanny

A. Gouzien

Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,

Et toi, source vive, et vous, frais sentiers;

Pleurez, ô bruyères sauvages,

Buissons de houx et d'églantiers!

Du courlis siffleur l'aube saluée

Suspend au brin d'herbe une perle en feu;

Sur le mont rose est la nuée;

La poule d'eau nage au lac bleu

Pleurez, ô courlis; pleure, blanche aurore;

Gémissez, lac bleu, poules, coqs pourpré;

Vous que la nue argente et dore,

Ô claires collines, pleurez!

Printemps, roi fleuri de la verte année,

Ô jeune Dieu, pleure! Été mûrissant,

Coupe ta tresse couronnée;

Et pleure, Automne rougissant!

L'angoisse d'aimer brise un cœur fidèle.

Terre et ciel, pleurez! Oh! que je l'aimais!

Cher pays, ne parle plus d'elle:

Nanny ne reviendra jamais!