La danse des morts

A. Honegger

Souviens-toi de moi, Seigneur,

parce que je suis poussière

et que je retournerai en poussière!

Et vous, ayez pitié de moi,

vous du moins qui vous disiez mes amis

parce que la main du Seigneur m'a touché.

Mes os se sont desséchés comme du bois

et il ne me reste plus que les dents

autour de la bouche.

Qui est l'homme pour que Tu le magnifies

et pour que Vous lui attachiez votre cœur?

Tu le visites au point du jour

et l'épreuve commence pour lui aussitôt.

Jusques à quand sera-ce

que Tu oublies de m'épargner

et que Tu ne me laisses pas le temps

que j'avale ma salive.

Ma vie est comme le vent qui souffle

et ma substance devant Toi est comme rien.

L'homme né de la femme et qui vit peu

Tu vois de quelles misères, Seigneur,

il est rempli!

Il s'élève comme une fleur,

et aussitôt il est brisé;

il fuit comme l'ombre et

jamais il ne demeure dans le même état.

Et c'est sur un individu de cette espèce que tu juges digne de Toi

d'ouvrir les yeux

et de l'amener devant Toi

en jugement!

Et il est vrai que j'ai péché.

Qui peut faire pur

quelque chose né d'une semence

qui ne l'est pas.

Toi seul, Toi seul

qui as fixé le nombre de ses mois

et constitué devant lui

ce terme qu'il ne saurait dépasser.

Retirez-vous de lui, un peu

qu'il ait repos,

et que lui arrive enfin

comme à un mercenaire, le jour,

le jour désiré car

je sais que mon Rédempteur vit

et au dernier jour

je me relèverai de la terre

et de nouveau je serai enveloppé

de ma peau et dans ma propre chair,

je verrai ce Dieu qui est mon sauveur.