La première feuille

A. Mutel

Petite première feuille,

Lorsqu'à nos yeux tu parais,

Avec foi la terre accueille

Les dons que tu lui promets.

Messagère frissonnante,

D'avril encore incertain,

D'une voix reconnaissante

Je vais chanter ton destin.

D'abord timide et peureuse

Sous de dernier aquilon

Tu voudrais, pauvre frileuse,

Rentrer dans ton chaud bourgeon;

Mais bientôt vaillante et gaie,

Humant un léger zéphir,

On te verra dans la haie

Largement t'épanouir.

Tu boiras à chaque aurore

Les douces larmes du ciel;

Près de toi viendront éclore

Mille fleurs, coupes de miel.

Dans l'église du village

Tu mourras rameau bénit.

Où tu vivras, beau feuillage?

Où l'oiseau fera son nid.