Adieux

A. Roussel

Il est de doux adieux au seuil des portes

Lèvres à lèvres pour une heure ou pour un jour;

Le vent emporte le bruit des pas

Qui s'éloignent de la demeure,

Le vent rapporte le bruit des pas du bon retour;

Les voici qui montent les marches

De l'escalier de pierre blanche;

Les voici qui s'approchent.

Tu marches le long du corridor ou frôle

Au mur de chaux le coude de ta manche

Ou ton épaule;

Et tu t'arrêtes, je te sens

Derrière la porte fermée;

Ton coeur bat vite et tu respires

Et je t'entends

Et j'ouvre vite à ton sourire

La porte prompte, ô bien aimée!

Il est de longs adieux au bord des mers

Par de lourds soirs où l'on étouffe;

Les phares tournent déjà dans le crépuscule;

Les feux sont clairs. On souffre.

La vague vient, déferle, écume et se recule

Et bat la coque de bois et de fer.

Et les mains sont lentes dans l'ombre,

A se quitter et se reprennent.

Le reflet rouge des lanternes

Farde un présage en sang aux faces incertaines

De ceux qui se disent adieu aux quais des mers

Comme à la croix de carrefours

Comme au tournant des routes qui fuient

Sous le soleil ou sur la pluie

Comme à l'angle des murs où l'on s'appuie,

Ivre de tristesse et d'amour;

En regardant ses mains pour longtemps désunies

On pour toujours.

Il est d'autres adieux encore

Que l'on échange à voix plus basse

Ou, face à face, anxieusement,

Vie et Mort, Vous vous baisez

Debout dans l'ombre bouche à bouche

Comme pour mieux sceller encore

Dans le temps et l'éternité

Lèvre à lèvre et de souffle à souffle

Votre double fraternité.