Flammes

A. Roussel

Je suis près de la porte où tu m'as dit adieu:

La chambre est monotone et douce,

Et la flamme inquiète du feu

Est une source

De souvenirs clairs et joyeux.

Je suis près de la table où tu posas ta main:

La lampe a la même âme confidentielle

Et le même regard serein

Pour l'ombre qui l'appelle...

Près de la cheminée où tu rêvais

Je suis, ce soir d'octobre, solitaire,

Et la chambre monotone et douce s'éclaire

De mystérieux reflets.

J'écoute les branches frémir

Sous les caresses des flammes,

Et je regarde des formes surgir,

Brèves comme des passages d'âmes.

Je sens dans mon âme et ma chair

Naître un inexplicable émoi

Et je suis monotone et doux, ce soir, et clair

De la flamme que ton passé reflète en moi.