Jazz dans la nuit
A. Roussel
Le bal, sur le parc incendié
Jette ses feux multicolores,
Les arbres flambent, irradiés,
Et les rugissements sonores
Des nègres nostalgiques, fous,
Tangos nerveux cuivres acerbes,
Étoufent le frôlement doux
Du satin qui piétine l'herbe.
Que de sourires épuisés,
À l'ombre des taillis complices,
Sous la surprise des baisers consentent
Et s'évanouissent...
Un saxophone, en sanglotant
De longues et très tendres plaintes,
Berce à son rythme haletant
L'émoides furtives étreintes.
Passant, ramasse ce mouchoir,
Tombé d'un sein tiède, ce soir,
Et qui se cache sous le lierre;
Deux lèvres rouges le signèrent,
Dans le fard, de leur dessin frais,
Il te livrera, pour secrets,
Le parfum d'une gorge nue
Et la bouche d'une inconnue.