L'heure du retour

A. Roussel

Une bise aigre et monotone

Fait grincer les girouettes des maisons;

Des nuages gris s'entassent à l'horizon.

Ton pas froisse des feuilles mortes et l'automne

A chassé les hirondelles de ton toit.

Voyageur, voyageur,

Ne vois-tu qu'il est l'heure

De rebrousser chemin et de rentrer chez toi?

Ne vois-tu qu'il est l'heure?

Les écus d'or et les maravédis

Qui, lorsque tu partis, chargeaient ton escarcelle,

Dis-moi dans quel tripot tu les perdis,

Pour les baisers de quelle jouvencelle

Qui t'engeigna et te montra du doigt?

Voyageur, voyageur,

Ne vois-tu qu'il est l'heure

De rebrousser chemin et de rentrer chez toi?

Ne vois-tu qu'il est l'heure?

Tes yeux, me semble-t-il, ont besoin de lunettes.

Sur tes tempes voici des cheveux gris.

Ton épouse, que si souvent tu fis cornette,

T'attend sans un soupçon et de loin te sourit.

Et le vin de ta cave honorerait un roi.

Voyageur, voyageur,

Ne vois-tu qu'il est l'heure

De rebrousser chemin et de rentrer chez toi?

Ne vois-tu qu'il est l'heure?