Le rêve de le prisonnier
Rubinstein, Anton
Ouvre-toi, porte fatale,
m'en ivrant d'espace et d'air.
Fais, ô ma brune cavale,
de tes pieds jaillir l'éclair.
Par les monts et par les plaines,
a travers l'immensité
nous allons, brisant nos chaînes,
conquérir la liberté.
C'est ma barque qu'on apprête,
déployez ma voile au vent!
Noir démon de la tempête,
toi que j'ai bravé souvent.
Viens à toi, je me confie
sur les vagues emporté;
s'il le faut, ah! prends ma vie,
mais rends-moi la liberté!
Me voici, terre adorée,
me voici, doux Paradis
où mûrit la grappe ambrée
près des orangers fleuris.
Laisse moi, fontaine pure,
sous tes myrtes abrité
m'endormir à ton murmure
et rêver la liberté!