Le Voyageur

A. Vaucorbeil

Les monts et les ravines

M'ont dit que Dieu

Cachait des fleurs divines

En chaque lieu;

Voilà pourquoi je rêve,

Pourquoi je cours,

Errant de grève en grève,

Errant toujours.

L'hirondelle me crie

Du haut des tours:

"Viens voir l'autre patrie

De mes amours!"

Quand j'arrive avec elle

Aux doux remparts,

Un autre oiseau m'appelle

Et je repars!

Ma vie aventureuse

Doit s'épuiser

Sans Arabie heureuse

Où reposer;

Car je passe où demeurent

Pâtres et rois,

Cherchant si les vents pleurent

Dans tous les bois!

Et puis vers toi j'aspire

Monde inconnu!

Beau port dont nul navire

N'est revenu.

J'aborde les étoiles

Escadre en feu

Dont les cent milles voiles

Voguent vers Dieu!

J'ai vu l'Inde et ses veuves,

Ses palanquins,

Et les eaux des grands fleuves

Américains;

Les bords de l'Amazon,

Cours fabuleux!

Et la rivière Jaune

Aux îlots bleus.

Un seul penser me guide,

Un seul espoir;

Zône froide ou torride,

Je veux tout voir!

Et volupté profonde!

Souvent je crois

Dans tous les lieux du monde

Être à la fois!

Les monts et les ravines

M'ont dit que Dieu

Cachait des fleurs divines

En chaque lieu;

Voilà pourquoi je rêve,

Pourquoi je cours,

Errant de grève en grève,

Errant toujours.