Ariette, tirée de la cantate Thétis

A. Wormser

Près de l'humide empire où Vénus prit naissance,

Dans un bois consacré par le malheur d'Atys,

Le Sommeil et l'Amour, tous deux d'intelligence,

A l'amoureux Pélée avoient livré Thétis.

Qu'eût fait Minerve même, en cet état réduite?

Mais, dans l'art de Protée en sa jeunesse instruite,

Elle sut éluder un amant furieux:

D'un ardente lionne elle prend l'apparence:

Il s'émeut; et, tandis qu'il songe à sa défense,

La Nymphe, en rugissant, se dérobe à ses yeux.

Où fuyez-vous, Déesse inexorable,

Cruel lion de carnage altéré?

Que craignez-vous d'un amant misérable,

Que vos rigueurs ont déjà déchiré?

Il ne craint point une mort rigoureuse;

Il s'offre à vous sans armes, sans secours;

Et votre fuite est pour lui plus affreuse

Que les lions, les tigres, et les ours.

Où fuyez-vous, Déessë inexorable,

Cruel lion de carnage altéré?

Que craignez-vous d'un amant misérable,

Que vos rigueurs ont déjà déchiré?

Ce héros malheureux exprimoit en ces mots

Sa honte et sa douleur extrême,

Quand tout à coup, du fond des flots,

Protée apparoissant lui-même:

Que fais-tu, lui dit-il, foible et timide amant?

Pourquoi troubler les airs de plaintes éternelles?

Est-ce d'aujourd'hui que les belles

Ont recours au déguisement?

Répare ton erreur. La nymphe qui te charme

Va rentrer dans le sein des mers;

Attends-lasur ces bords; mais que rien ne t'alarme,

Et songe que tu dois Achille à l'univers.

Le guerrier qui délibère

Fait mal sa cour au dieu Mars:

L'amant ne triomphe guère,

S'il n'affronte les hasards.

Quand le péril nous étonne,

N'importunons point les Dieux:

Vénus, ainsi que Bellone,

Aime les audacieux.

Le guerrier qui délibère

Fait mal sa cour au dieu Mars:

L'amant ne triomphe guère,

S'il n'affronte les hasards.

Pélée, à ce discours, portant au loin sa vue,

Voit paroître l'objet qui le tient sous ses lois:

Heureux que, pour lui seul, l'occasion perdue

Renaisse une seconde fois

Le cœur plein d'une noble audace,

Il vole à la déesse; il l'approche, il l'embrasse.

Thétis veut se défendre; et, d'un prompt changement

Employant la ruse ordinaire,

Redevient, à ses yeux, lion, tigre, panthère:

Vains objets, qui ne font qu'irriter son amant.

[Ses désirs ont vaincu sa crainte:

Il la retient toujours d'un bras victorieux;

Et, lasse de combattre, elle est enfin contrainte

De reprendre sa forme, et d'obéir aux Dieux.]

Amants, si jamais quelque belle,

Changée en lionne cruelle,

S'efforce à vous faire trembler,

Moquez-vous d'une image feinte;

C'est un fantôme que sa crainte

Vous présente pour vous troubler.

Elle peut, en prenant l'image

D'un tigre ou d'un lion sauvage,

Effrayer les jeunes Amours;

Mais, après un effort extrême,

Elle redevient elle-même,

Et ces dieux triomphent toujours.