Le jardin mouillé

Albert Roussel

La croisée est ouverte; il pleut

Comme minutieusement,

À petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant,

Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit;

Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel;

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et, les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois,

Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi.