Chant d'amour

Alfred Le Beau

Viens, cherchons cette ombre propice,

Jusqu'à l'heure où de ce séjour

Les fleurs fermeront leur calice

Aux regards languissants du jour.

Voilà ton ciel, ô mon étoile!

Soulève, oh! soulève ce voile:

Éclaire la nuit de ces lieux;

Parle, chante, rêve, soupire,

Pourvu que mon regard attire

Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses

La tendre mousse où tu t'assieds,

Et près du lit où tu reposes

Laisse-moi m'asseoir à tes pieds.

Heureux le gazon que tu foules,

Et le bouton dont tu déroules

Sous tes doigts les fraîches couleurs!

Heureuses ces coupes vermeilles

Que pressent tes lèvres, pareilles

À l'abeille, amante des fleurs!

Si l'onde des lis que tu cueilles

Roule les calices flétris;

Des tiges que ta bouche effeuille

Si le vent m'apporte un débris;

Si sa bouche qui se dénoue

Vient, en ondulant sur ma joue,

De ma lèvre effleurer le bord;

Si ton souffle léger résonne,

Je sens sur mon front qui frissonne

Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de l'heure bénie

Où les dieux, d'une tendre main,

Te répandirent sur ma vie

Comme l'ombre sur la chemin.

Depuis cette heure fortunée,

Ma vie à ta vie enchaînée,

Qui s'écoule comme un seul jour,

Est une coupe toujours pleine,

Où mes lèvres à longue haleine

Puisent l'innocence et l'amour.

Ah! lorsque mon front qui s'incline

Chargé d'une douce langueur,

S'endort bercé sur ta poitrine

Par le mouvement de ton cœur,