La chanson de l'alouette

André Gédalge

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil,

Et c'est moi que la terre envoie

Offrir le salut au soleil.

Je pars des chaumes blancs de brume;

A mes pieds flotte un fil d'argent,

La rosée emperle ma plume,

Et je la sème en voltigeant.

Je plane et chante la première

Dans l'azur frais où l'aube éclôt;

Je me baigne dans la lumière,

Et vais me mirer dans un flot.

Ma voix est sans note plaintive,

Je ne dis rien au triste soir;

Je suis la chanson folle et vive

De la jeunesse et de l'espoir.

Je dis au malade qui veille:

« Bénis Dieu, la nuit va finir!»

Au laboureur que je réveille:

« Fais ton sillon pour l'avenir!»

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil,

Et c'est moi que la terre envoie

Offrir le salut au soleil.