Au matin quand je suis levé

Anonymous

Au matin quand je suis levé, volentiers desjeuneroie

d'ung joli pied de mouton et d'un morcelet de foie

au tout ung peu de sel sus;

je ne vous demande plus

jusqu'autant que diner donné m'aurez.

Toujours boire vouldroie.

Au disner, ne vouldroie point faire longhe dinerie

d'une pasté de capon et d'une perdris rostie

a toute le sause dessus;

je ne vous demande plus

jusqu'autant que souper donné m'aurez.

Toujours boire vouldroie.

Au souper ne vouldroie point scargier mon cueur de viande

d'ung faysant rosti a point et d'une tarte friande

a tout le schucre dessus;

je ne vous demande plus

jusqu'autant que couchié donné m'aurez.

Toujours boire vouldroie.

Au couchier vouldroie avoir ung bon grant plat de dragié

et de ipocras bien fin, c'est pour prolongier ma vie,

et m'amie mis a nuds;

je ne vous demande plus

jusqu'autant que lever donné m'aurez.

Toujours boire vouldroie.

Au lever vouldroie bien trouver ma bourse garnie

de cent nobles et de monnoie pour mener pieux vie

bien causiet et bien vestue;

je ne vous demande plus

jusqu'autant que morir donné m'aurez.

Toujours boire vouldroie.

Au morir voudroie confession avoir et repantance,

et donner mon ame a Dieu, as angles et arcangles,

qui la porteroit lassus;

je ne vous demande plus

ne plus boire ne vouldroie

quant en Paradis seroie.