Ma Grand-Mère

Anonymous

Ma grand-mère un soir à sa fête

De vin pur ayant bu deux doigts

Nous disait en branlant la tête

Que d'amoureux j'eus autre fois.

Refrain:

Combien je regrette

Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu.

Quoi! maman, vous n'étiez pas sage?

- Non vraiment; et de mes appas

Seule à quinze ans j'appris l'usage,

Car la nuit je ne dormais pas.

Maman, vous aviez le coeur tendre?

- Oui, si tendre qu'à dix-sept ans,

Lindor ne si fit pas attendre,

Et qu'il n'attendit pas longtemps.

Maman, Lindor savait donc plaire?

- Oui, seul il me plus quatre mois;

Mais bientôt j'estimai Valère,

Et fis deux heureux à la fois.

Quoi! maman, deux amants ensemble

- Oui, mais chacun d'eux me trompa

Plus fine alors qu'il ne vous semble,

J'épousai votre grand-papa.

Maman, que lui dit la famille.

- Rien, mais un mari plus sensé

Eût pu connaître à la coquille

Que l'oeuf était déjà cassé.

Maman, lui fûtes-vous fidèle?

- Oh! sur cela je me tais bien.

A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle,

Mon confesseur n'en saura rien.

Bien tard mana, vous fûtes veuve?

- Oui, mais grâce à ma gaîté,

Si l'église n'était plus neuve,

Le saint n'en fut pas moins fêté.

Maman, comment faut-il donc faire?

- Eh! mes petits-enfants, pourquoi,

Quand j'ai fait comme ma grand'mère,

Ne feriez-vous pas comme moi?