Le Domino Noir
Auber, Daniel-François-Esprit
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Le Domino Noir Libretto
Le Domino noir
Opéra comique in 3 acts
Libretto by Eugène Scribe
Music by Daniel-François-Esprit Auber
Personaggi:
ANGÈLE d'Olivarès
SYSTEMOuverture
LORD ELFORTUn bal masqué dans les appartements de la reine. Le théâtre représente un petit salon; deux portes latérales; deux au fond. Un canapé sur le premier plan. Au fond, adossoe à un des panneaux, une nche pendule. On entend dans le lointain un mouvement de boléro qui va toujours en augmentant.
JULIANOPardon, mon cher ami... j'ai une danseuse qui m'attend...
JULIANOViens-tu dans la salle de bal?
HORACENon, j'aime mieux rester ici.
JULIANOAvec elle?...
HORACEPeut-être bien!
qui sort en riand Alors, bonne chance
seul
HORACEIl se moque de moi, et il a raison!...
HORACEmais c'est qu'aujourd'hui tout me la rappelle...
HORACEc'est ici... qu'il y a un an, à cette même fête, dans ce petit salon...
HORACEje l'ai vue apparaître.
(Apercevant Angèle et Brigitte qui entrent,
HORACEelles portent des masques et dominos.)
HORACEAh! cette taille, cette tournure... surtout... ce joli pied!...
à Brigitte
ANGÈLETout est-il préparé?
BRIGITTEC'est convenu, c'est dit!
ANGÈLELa voiture à minuit nous attendra!...
sur le canapé, à part
HORACEC'est elle!
à Brigitte
ANGÈLEEt toi, songes-y bien!... au rendez-vous fidèle.
ANGÈLEDans ce salon à minuit!
BRIGITTEÀ minuit!
HORACEÀ minuit!
ANGÈLEUn instant de retard, et nous serions perdues.
BRIGITTEJe le sais bien!
ANGÈLEEt rien que d'y penser me fait peur!
BRIGITTEAllons, madame, allons, du cœur
BRIGITTEEt dans la foule confondues en songeant au plaisir, oublions la frayeur!
BRIGITTEO belle soirée!
BRIGITTEMoment enchanteur!
BRIGITTEMon âme enivrée rêve le bonheur! (rep.)
HORACEO douce soirée!
HORACEMoment enchanteur!
HORACEMon âme enivrée renait au bonheur! (rep.)
ANGÈLENous sommes seules!
regardant du côté du canapé
BRIGITTENon! un cavalier est là qui nous écoute!
remettant vivemenr son masque
ANGÈLEO ciel!
Horace s'est êtendu sur le canapê, a fermê les yeux et foint de dormir au moment où Brigitte le regarde.
BRIGITTERassurez-vous, madame,
BRIGITTEIl dort!
ANGÈLEBien vrai?
BRIGITTESans doute.
à part, les yeux fermês
HORACEEt sur mon âme, profondément il dormira!
le regardant sous le nez
BRIGITTEIl n'est vraiment pas mal'!
BRIGITTERegardez-le, madame!
s'avançant
ANGÈLEAh! grands Dieux!... c'est lui! . c'est Horace!
étonnée
BRIGITTEHorace!...
ANGÈLEEh! oui, ce jeune cavatier qui nous protogea l'an dernier.
BRIGITTEC'est possible... et j'aime à le croire.
ANGÈLEQuoi! tu ne l'aurais pas reconnu?
BRIGITTENon vraiment. Je n'ai pas autant de mémoire que madame.
à part
HORACEAh! c'est charmant!
BRIGITTEO belle soirée! Moment enchanteur!
BRIGITTEMon âme enivrée rêve le bonheur! (rep.)
HORACEO douce soirée! Moment enchanteur!
HORACEMon âme enivrée rena~t au bonheur! (rep.)
regardant du côté du salon
BRIGITTEL'orchestre a donné le signal:
BRIGITTEvoici qu'à danser l'on commence, entrons dans la salle du bal.
avec embarras, et regardant Horace
ANGÈLEPas maintenant.
BRIGITTEPourquoi?
ANGÈLEJe pense qu'à la fin de ia contredanse on sera moins remarquées... attendons!
avec un peu d'impatience
BRIGITTESi, comme vous voudrez; mais ici nous perdons un temps précieux.
ANGÈLENon, ma chère.
lui montrant une porte
ANGÈLED'ici l'on voit très bien.
BRIGITTEC'est juste.
à pant
HORACEO sort prospère!
s'approchant d'Horace pendant que Brigitte n'est occupée que de ce qui se passe dans la salle de bal
ANGÈLEAh! si j'osais... Non... non, jamais!
ANGÈLELe trouble et la frayeur dont mon âme est atteinte me disent que j'ai tort...
ANGÈLEhélas! je le crains
ANGÈLEbien.
ANGÈLEMais... mais... je puis du moins le regarder sans crainte...
ANGÈLEIl dort! il dort! et n'en saura rien!
ANGÈLENon, non... jamais il n'en saura rien!
BRIGITTEEntendez-vous ce joli boléro?
à part et regardant Horace
ANGÈLEMon Dieu! ce bruit nouveau va l'éveiller... le maudit boléro!
ANGÈLEJe crains qu'il ne s'éveille à ces accords joyeux!
riant
BRIGITTEOn dirait qu'il sommeille, et n'en rêve que rnieux!
ANGÈLENon... non... quelle merveille! Il dort... il dort trés bien!
ANGÈLEMon Dieu! fais qu'il sommeille et qu'i! n'entende rien.
ANGÈLEJe crains qu'il ne s'éveille à ces accords joyeux!
ANGÈLEOui, tout me le conseille, fuyons loin de ses yeux!
BRIGITTEAh! c'est une merveille, et je n'y conçois rien; vraiment,
BRIGITTEquand il sommeille, ce monsieur dort très bien!
BRIGITTEBien loin qu'il ne stèveille à ces accords joyeux, on dirait, etc.
sur le canapé. soulevant sa tête de temps en temps
HORACEPendant que je sommeille, d'ici je vois très bien.
HORACEO suave merveille! quel bonheur est le mien!
HORACEAh! loin que je m'éveiiie, fermons, fermons~les~yeux!
HORACEL'amour me le conseille: dormons pour être heureux!
Brigitte retourne à la porte du bal, regarde le boléro et Angèle se rapproche du canapé.
ANGÈLEAh! combien mon âme est émue!
sur le canapé, foignant de rêver
HORACEÀ toi!.... toulours à toi ma charmante inconnue!
ANGÈLEEn dormant il pense à moi!
ANGÈLENul sentiment coupable en ces lieux ne m'anime
ANGÈLEet pourtant y rester est mal...
ANGÈLEJe le sens bien! Mais ce bouquet... je puis le lui laisser sans crime.
ANGÈLEIl dort!... il dort!... il n'en saura rien!
ANGÈLENon! i! n'en saura jamais rien!
Elle place son bouquet sur le canapé à côté orace puis elle s'éloigne vivement.
ANGÈLEMaudit boléro!
BRIGITTELe joli boléro!
ANGÈLEIl va l'éveillor!
HORACELoin que je m'éveille, fermons les yeux.
ANGÈLEJe crains qu'il ne s'éveille à ces accords joyeux!
BRIGITTEOn dirait qu'il sommeille et n'en rêve que mieux!
ANGÈLEOui, tout me le conseille, fuyons loin de ses yeux!
ANGÈLEJe crains qu'il ne s'éveille à ces accords joyeux!
ANGÈLEMon Dieu! fais qu'il sommeille et qu'il n'entende rien!
BRIGITTEBien loin qu'il ne s'éveille à ces accords joyeux,
BRIGITTEAh! c'est une merveille, et je n'y conçois rien;
BRIGITTEOn dirait qu'il sommeille et n'en rêve que mieux!
HORACEAh! loin que je m'éveille fermons, fermons les yeux!
HORACEL'amour me le conseille: dormons pour être heureux!
HORACEPendant que je sommeille d'ici je vois très bien.
Prenant le bouquet qu'il cache dans son sein. Juliano entre de la salle du bal.
JULIANOVoilà le plus joli boléro que j'ai jamais dansé!
se levant brusquement et courant à lui
HORACEMon cher ami!
ANGÈLEIl s'est réveillé!
bas à Juliano
HORACEC'est mon inconnue!
JULIANOTu crois?
HORACECertainement! et le meurs d'envie de lui parler,
HORACEmais tant qu'elle sera avec sa compagne…
JULIANOC'est-à-dire qu'il faudrait l'éloigner.
On en tend une contredanse.
JULIANOJe vais l'inviter à danser
Juliano s'approche de Brigitte.
JULIANOBeau masque, voulez-vous m'accepter pour cavalier?
BRIGITTEBien volontiers, Monsieur.
Ils sortent. Horace arréte Angéle qui veut su/vre Brigitte.
HORACEÉcoutez-moi Madame, un instant de grâce.
ANGÈLEPourquoi?
HORACEJe vous adore.
ANGÈLEMais je ne suis pas libre.
HORACEAh! N'en parlez pas, car de douleur je mourrais,
HORACEmais dites-moi qui vous êtes?
ANGÈLEQui je suis?
ANGÈLEUne fée, un bon ange qui partout suit vos pas,
ANGÈLEdont l'amitié jamais ne change,
ANGÈLEque l'on trahit sans qu'il se venge, et qui n'attend pas même,
ANGÈLEhélas un amour qu'on ne lui doit pas!
ANGÈLEOui, je suis ton bon ange ton conseii, ton gardien,
ANGÈLEet mon cœur en échange de toi n'exige rien, qu'un bonheur!...
ANGÈLEun seul!... et c'est le tien!
ANGÈLEVous servant avec zèle ici-bas comme aux cieux.
ANGÈLESans intérêt je suis fidèle,
ANGÈLEet lorsqu'auprès d'une autre belie l'hymen aura comblé vos vœux,
ANGÈLElà-bas je prierai pour vous deux!..
ANGÈLECar je suis ton bon ange, ton conseil, ton gardien, etc.
Angèle sort du salon tandis que Juliano rentre seul par une autre porte.
HORACEElle est partie, mais j'avais encore une heure à passer avec elle,
HORACEcar c'est à minuit qu'elle doit partr.
JULIANOEn es-tu bien sûr?
HORACEOui Juliano, elle l'a dit devant moi... à sa compagne:
HORACEtoutes deux se sont donné rendezvous ici,
HORACEet quand minuit sonnera à cette horIoge,
HORACEje la perds pour jamais.
JULIANOAllons donc... nous ne pouvons pas le permettre.
avançant l'aiguille de l'horloge, et la mettant à minuit moins quelques minutes
HORACEQue fais-tu donc?
JULIANOEh bien, j'avance pour elle l'heure de la retraite.
sortant de la salle du bal
BRIGITTEJe ne l'aperÇois pas...
JULIANOPuis1e vous rendre service, na belle signora?
BRIGITTENon monsieur, ce n'est pas vous que je cherche.
JULIANOEt qui donc? Ah, un domino noir, peut-être?
BRIGITTEVous l'avez vu?
JULIANOOui, la signora était très agitée, puis regardant cette horloge,
JULIANOelle s'est écriée…
BRIGITTEAh! Minuit! ah, mais ce n'est pas possible!
BRIGITTEEt ce domino, cette dame, où est-elle?
SYSTEMPartie en courant!
BRIGITTEEt sans m'attendre, mon Dieu!
BRIGITTEMais c'est impossible!... me laisser seule ainsi...
sort
JULIANOVraiment charmante... Ah, cette aiguille qu'il faut ramener sur ses pas.
faisant retoumer l'aigu/lle à onze heures
entrant et prenant Juliano à part
ELFORTMon ami, mon ami, j'étais tremblant de colère... mon femme était ici!
JULIANOPas possible, elle qui se disa~t malade?
ELFORTOui, je l'avais trouvée ici,
ELFORTcausant en tête-à-tête avec le seigneur Horace de Massarena.
JULIANOHorace... vous vous êtes abusé.
ELFORTAttendez donc, vous savez que milady était du sang des d'Olivarès.
JULIANOEt bien?
ELFORTEh bien, cette inconnue, ce domino...
ELFORTil avait brodé sur le coin du mouchoir à elle...
ELFORTIes armes d'Olivarès.
JULIANOQuel éclat!
ELFORTAlors, j'attendrai son retour, et demain, ce petit Horace que je détestais...
ELFORTAdieu... je pars touf de suite.
Il part.
seul
JULIANOCiel... comment les sauver?
apercevant Horace
JULIANOAh! Arrive donc malheureux...
JULIANOEcoute, je ne te ferai pas de reproches... tu n'en savais rien...
HORACEQue veux-tu dire?
JULIANOQue la beauté mystérieuse qui t'intrigue depuis un an...
JULIANOn'est autre que Lady Elfort.
avec désespoir
HORACENon, cela n'est pas, cela ne peut pas être.
JULIANOÉcoute... son mari est furieux et compte la surprendre...
JULIANOil n'en sera rien... cherche milady... moi pendant ce temps,
JULIANOj'emmène milord dans ma voiture...
JULIANOje vais donner des ordres à mon cocher,
JULIANOqui nous égarera... nous perdra... nous versera, s'il le faut...
JULIANOAdieu, c'est peut-être un bras cassé qui me revient.
Il sort
HORACEAh, je n'en puis revenir... c'est la femme de milord.
rentrant seule
ANGÈLEHorace!
HORACEFuyez, madame, tout est découvert!
HORACELe comte Juliano m'a appris que votre mari savait tout.
ANGÈLEMon mari!
HORACEOui, Lord Elforf.
Angèle rit.
HORACEVous riez... vous osez rire.
ANGÈLEOui vraiment, car je vous jure, monsieur,
ANGÈLEque je ne suis pas mariée, et que je ne l'ai jamais été.
HORACEEh bien signora, il est une preu, ve qui ne me laisserait aucun doute…
ANGÈLEEt laquelle?
HORACECe serait d'accepter rna main.
ANGÈLEAh, Horace, je le voudrais, que je ne le pourrais pas...
HORACEEt comment cela?
HORACEParlez, quel destin est le nôtre?
HORACEQui nous sépare?
HORACEEst-ce le rang ou la naissance...
ANGÈLEEh! non vraiment, ma naissance égale la vôtre.
HORACEAlors, c'est ia fortune!... hélas!...
HORACEJe le vois, vous n'en avez pas.
HORACENi moi non plus!
HORACETant mieux, tant mieux! I'amour tient lieu de cela.
ANGÈLEEh! non, monsieur, je suis riche et beaucoup!
HORACEQuoi! la naissance...
ANGÈLEEh, vraiment, oui,
HORACEEt la richesse...?
ANGÈLEEh! vraiment, oui
HORACEChez elle tout est réuni!
HORACEAlors, quel obstacle peut naître! Prenez pitié de ma douleur.
HORACEFaut-il donc mourir sans connaître ce secret qui fait mon malheur?
HORACEAngèle Quel trouble en mon âme vient de naître!
HORACEAh! j'ai pitié de sa douleur
HORACEMais, hélas! il ne peut connaître ie secret qui fait mon malheur.
HORACEDe vous, hélas! que puisje attendre?
ANGÈLEMon amitié qui de loin vous suivra.
HORACEEt d'un ami, de l'ami le plus tendre rien désormais ne vous rapprochera.
soupirant
ANGÈLEAh! mon Dieu, non.
HORACEAh! je vous supplie!
HORACEqu'une fois encore dans ma vie je puisse contempler vos traits.
HORACEOh! que cet espoir me console... une fois!... une seule!
ANGÈLEEh bien! je le promets.
HORACEVous le jurez? Vous le jurez?
ANGÈLEÀ ma parole je ne manque jamais.
HORACEVous le jurez? Vous le jurez?
lui montrant la salle du bal
ANGÈLEJ'entends la danse, et par prudence cessons, monsieur, cet entretien.
ANGÈLELe bal commence et de la danse le bruit fait qu'on n'entend plus rien
HORACENon, non, la danse ne peut, je pense, interrompre cet entretien.
HORACEMalgré la danse qui recommence je vous entends toujours très bien.
ANGÈLECessons cet entretien, monsieur.
ANGÈLEProfitez du temps, dans quelques instants,
ANGÈLErêves de plaisir vont s'évanouir.
ANGÈLEJ'entends la danse, etc.
HORACENon, non, la danse, etc.
HORACEAinsi, de vous revoir vous me laissez l'espoir?
ANGÈLEUne fois... je l'ai dit.
HORACEEt comment le sauraije?
ANGÈLELe bon ange qui vous protoge vous l'apprendra, mais d'ici là du secret...
HORACEAh! jamais je ne parle à personne.
ANGÈLEDes faveurs qu'on vous donne...
HORACEOui, quand l'on me donne.
HORACEMais jusques à présent,
HORACEet vous-même en effet devez le reconnattre,
HORACEje ne peux pas être discret.
tendrement, et s'approchant d'elle
HORACEFaites que j'aie au moins quelque mérite à l'être.
ANGÈLEJ'entends la danse, etc.
HORACENon, non, la danse, etc.
lls vont pour entrer dans la salle du bal à droite, et à la pendule de l'un des salons, on entend en dehors sonner minuit.
s'arrêtant
ANGÈLEO ciel! qu'entendsje?
regardant l'horloge du fond
ANGÈLEIl me semble qu'il n'est pas encore l'heure...
ANGÈLEet pourtant c'est minuit qui dans ce salon retentit.
voulant l'empêcher d'entendre
HORACEC'est une erreur..
entendant sonner dans le salon à gauche
ANGÈLEEh! non!...
HORACEC'est une erreur...
entendant sonner dans un troisième salon
ANGÈLEEncore!... ah! tous ensemble!
ANGÈLEAh, c'en est fait de moi!..
ANGÈLEJe meurs d'effroi!...
ANGÈLEEt ma compagne, hélas!... ma compagne fidèle où la chercher?
ANGÈLEoù donc est-elle?
ANGÈLEComment la trouver à présent?
avec embarras
HORACEElle est... elle est partie.
ANGÈLEO ciel ! sans m'attendre. . . et comment?
de même
HORACEPar une ruse dont je m'accuse...
HORACEJ'ai su, pour vous garder, !'éloigner en secret!
ANGÈLEAh! vous m'avez perdue!
HORACEO mon Dieu! qu'aije fait?
ANGÈLEterreur qui m'accable!
ANGÈLEQu'aije fait, misérable!
ANGÈLEÀ tous les yeux coupable, que vaisie devenir?
ANGÈLEQu'ai-je fait, misérable!
ANGÈLEQue résoudre et que faire?
ANGÈLEAu châtiment sévère nen ne peut me soustraire,
ANGÈLEje n'ai plus qu'à mourir!
HORACEO terreur qui m'accable!
HORACEQu'ai-je fait, miserable!
HORACEC'est moi qui suis coupable. Comment la retenir?
HORACEQue résoudre et que faire?
HORACEÀ sa juste colère rien ne peut me soustraire, je n'ai plus qu'à mourir!
HORACEQu'à moi du moins votre cœur se confie; si je peux réparer mes torts...
ANGÈLEJamais!... jamais!...
HORACEAh! je vous en supplie...
HORACELaissez-moi par mon zèle expier mes forfaits,
HORACElaissez-moi vous défendre ou du moins vous conduire!
ANGÈLENon, je dois partir seule!...
la retenant
HORACEEncore quelqùes instants!
ANGÈLELaissez-moi mièloigner, ou devant vous j'expire!
HORACEEh bien! je vous suivrai!
ANGÈLENon... je vous le défends. Ah! vous m'avez perdue!
HORACEO mon Dieu, qu'ai-ie fait?
ANGÈLEO terreur qui m'accable! etc.
HORACEO terreur qui m'accable! etc.
Elle s'éloigne malgré les efforts d'Horace pour la retenir Arrivée près de la porte, d'un signe de la main, elle lui défend de la suivre; Horace s'arrête. Elle remet son masque et s'éloigne.
seul
HORACEVous le voulezà cet arrêt terrible je me soumetsj'obeirai…
après un instant de combat intérieur
HORACENon, non, c'est impossible
HORACEQuoi qu'il arrive, hélas! je la suivrai!
Il s'elance sur ses pas et disparaît.
HORACEEntr'acte
La salle à manger de Juliano. Au milieu, un brasero allumé. Au fond, une porte, et dans un pan coupé une croisêe donnant sur la rue. Deux portes à droite, une à gauche. Entre les portes, des armoires, des buffets; au fond une table sur laquelle le couvert est mis.
JACINTHEUne heure du matin et Don Juliano, mon maître,
JACINTHEn'est pas encore rentré.
JACINTHEC'est son habitude: il ne dort jamais que le jour...
JACINTHEet je l'aime autant...
JACINTHEle service est bien plus agréable et plus facile avec un maître
JACINTHEqui ferme toujours les yeux!
JACINTHEMais les maîtres ne s'inquiètent de rien,
JACINTHEet n'ont aucun égard, le mien surtout...
JACINTHEet qu'une gouvernante est à plaindre chez un garçon,
JACINTHEquand il est jeune!
JACINTHEQuand il est vieux, c'est autre chose!
JACINTHES'il est sur terre un emploi, selon moi, qui doive plaire,
JACINTHEc'est de servir et tenir la maison d'un vieux garçon...
JACINTHEOui, c'est là le paradis.
JACINTHELà nos avis à l'instant sont suivis.
JACINTHEPar nous bercé dorloté, il nous doit la santé.
JACINTHENotre force est sa faiblesse et l'on est dame et maitresse.
JACINTHEOu vieille duègne ou tendrons, qui voulons régner sans cesse,
JACINTHEpour cent raisons choisissons la maison d'un vieux garçon.
JACINTHESa gouvernante est son bien, son soutien, et le règne.
JACINTHEPour elle il est indulgent très galant et complaisant.
JACINTHEElle aura chez monseigneur les clefs de tout et même de son cœur.
JACINTHEFidèle de son vivant, il l'est par testament, où brille,
JACINTHEc'est la coutume une tendresse posthume
JACINTHEOu vieille duègne ou tendrons, etc.
JACINTHEEt demain quand ma nièce Inésille arrivera
JACINTHEj'aurai grand soin de la surveiller...
JACINTHEEt Gil Perez ne vient pas…
allant à la fenêtre du fond
JACINTHEQue voisje! Une figure noire, noire!
JACINTHEJe meurs d'effroi
JACINTHEDans la nuit de Noêl souper avec !'économe
JACINTHEd'un couvent c'est grand péché.
On frappe à la porte.
JACINTHEDieu juste! quelqu'un frappe!
On frappe encore. Elle ouvre la porte.
JACINTHEAh! Miséricorde, le diable!
en domino et en masque
ANGÈLESilence!
ôtant son masque
ANGÈLEC'est une pauvre femme qui a plus peur que vous.
ANGÈLEJe sors du bai, et ne puis pas rentrer chez moi.
ANGÈLEDehors il neige... une lumière!...
ANGÈLEJ'ai frappé.
ANGÈLEVoici de l'or! Cachez-moi vite!
JACINTHEMais que diraije à mon maître?
ANGÈLEQuel âge a-t-il?
JACINTHEVingt-cinq ans; et avec des amis il vient pour souper.
ANGÈLES'ils me voyaient ainsi!...
On entend de la rue une marche militaire.
ANGÈLEQu'est-ce donc?
JACINTHEUne patrouille qui passe sous nos fenêtres; c'est pour la sûreté de la ville.
JACINTHEIls arrêtent toules les personnes suspectes qu'ils rencontrent...
à part
ANGÈLEC'en est fait de moi!
haut à Jacinthe
ANGÈLEJe reste... je reste... mais ce domino, va m'exposer à leurs questions.
JACINTHEIl m'est bien facile de vous y soustraire.
JACINTHEMa nièce inésille, une Aragonaise, vient du pays pour être servante.
JACINTHEJ'ai déjà reçu sa malle si Ça peut vous convenir.
JACINTHEHabillée ainsi, mon maître et ses amis vous apercevront
JACINTHEsans seulement faire attention à vous... enfin, si toutefois c'est possible...
On frappe à la porte.
ANGÈLEOn vient... silence.
JACINTHEEntrez vite et que Notre Dame de Lorette vous protège.
Angéle entre dans la chambre à droite.
JACINTHEG'l Perez enfin arrive!
GIL PEREZPlus tôt c'était impossible.
JACINTHERevenez plus tard, de grâce!
GIL PEREZQue voulez-vous que je fasse?
JACINTHEC'est que le comte Juliano vient souper ici ce soir.
GIL PEREZJe peux rester là en somme; sachez que je suis votre homme, je cuisine!
JACINTHEQuelle surprise!
GIL PEREZEmployé dans une église, j'étais chef par excellence. Hâcher, couper...
JACINTHEOn commence!
GIL PEREZCourons vite dans la cuisine! Le temps presse, j'imagine.
Il entre dans la cuisine pendant que Jacinthe va ouvrir la porte du fond. Juliano et plusieurs de ses amis entrent.
GIL PEREZJULIANO et SES AMIS
GIL PEREZRéveillons, réveillons l'amour et les belles,
GIL PEREZréveillons les maris prompts à s'endormir,
GIL PEREZréveillons tout jusqu'au désir, réveillons !'amour et les belles,
GIL PEREZréveillons les maris prompts à s'endormir,
GIL PEREZréveillons les amants fidèles, réveillons tout jusqu'au désir!
GIL PEREZLa nuit est !'instant du plaisir!
GIL PEREZVive ! a nuit et le plaisir!
JULIANOQu'en son lit la raison sommeille verre en main à table je veille
JULIANOet me console des amours!
JULIANOLes belles nuits font les beaux jours!
JULIANOJULIANO et SES AMIS
JULIANORévei!! ons, révei!! ons !'amour et les beiles! etc.
à part
JULIANOTout s'arrange au mieux, sur mon âme!
JULIANOEt Lord Elfort en son logis, en rentrant, a trouvé sa femme...
JULIANOIl est un dieu pour ies maris!...
JULIANODu reste il va venir.
haut
JULIANOEt toi, belle Jacinthe, soigne les apprêts du festin! Qui manque encore?
LES AMISHorace!
JULIANOOui... mes amis, soyez sans crainte Les amoureux n'ont jamais faim!
JULIANOJULIANO et SES AMIS
JULIANORéveillons, réveillons !'amour et les belles! etc.
(Angèle entre, poussée par Jacinthe.
JULIANOElle est habillée en paysanne aragonaise.)
JULIANOOue voisje? quel minais charmant!
LES AMISQuelle est donc cette belle enfant?
aux autres
JACINTHEC'est ma nièce! Oui, je suis sa tante!
à Juhano
JACINTHEVous savez que nous l'attendions!
JACINTHEJULIANO et SES AMIS
JACINTHEC'est une admirable servante pour un ménage de garçons!
faisant la révérence
ANGÈLEAh! mes seigneurs, c'est trop d'honneur.
bas à Jacinthe
ANGÈLEAh! J'ai bien peur! ah! j'ai grand peur!
bas à Angèle
JACINTHEAllons! courage, courage!
JULIANOSon nom? Son nom?
JACINTHEInésille!
JACINTHEJULIANO et SES AMIS
JACINTHELa belle fille, qu'e!! e est gentille, et qu'inésille offre d'attraits!
JACINTHEQuoiqu'ignorante, elle m'enchante, et pour servante je la prendrais!
JULIANOD'où venez-vous, ma chère?
ANGÈLEJ'arrivons du pays!
JULIANOEt que savez-vous faire?
ANGÈLEJ'n'ons jamais rien appris!
JULIANOD'une âme généreuse nous vous formerons tous!
regardant Jacinthe
ANGÈLEAh! le fus bien heureuse dipouvoir entrer chez vous!
ANGÈLEDans cette maison que j'honore...
faisant la révérence
ANGÈLEj.étre admise est un grand plaisir.
à part
ANGÈLEMais j'en aurai bien plus encore sitôt que j'en pourrai sortir!
JULIANOPour servante on la prendrait!
LES AMISQue de grâce! que d'attraits!
JULIANOVous-êtes douce et sage?
ANGÈLEChacun vous le dira!
lui prenant la main
JULIANOVous n'êtes point sauvage?
ANGÈLESauvag' qu'est qu'c'est qu'ça?
JULIANOEn fidèle servante, ici vous resterez.
ANGÈLESi je vous mécontente... dam! vous me renverrez!
ANGÈLECar dans cette maison que j'honore,
faisant la révérence
ANGÈLEdemeurer est un grand plaisir!
à part
ANGÈLEMais j'en aurai bien plus encore, sitôt que j'en pourrai sortir!
JACINTHEPour servante on la prendrait!
JULIANOOffre-t-elle assez d'attraits!
se mettant entre eux et s'adressant à Angèle
JACINTHEAllons! c'est trop jaser!
JACINTHEOui... finissons, de grâce!
JACINTHEIl faut qu'ici ! e service se fasse!
JULIANOC'est juste! Apporte-nous Xérès et Malaga!
à Angèle, qu 'elle prend par le bras
JACINTHEA! lons! descendons à ! a cave!
effrayée
ANGÈLEA la cave!...
JACINTHEJe vois qu'e!! e n'est pas trop brave!
LES AMISChacun de nous !'escortera!
JACINTHENon, non, messieurs; je suis plus brave, sa tante !'accompagnera!
JACINTHEAllons!... venez chercher... Xérès et Malaga!
JACINTHEJULIANO et SES AMIS
JACINTHELa belle fille, qu'elle est gentille, et qu'! nési!! e offre d'attraits!
JACINTHEQuoiqu'ignorante, elle m'enchante, et pour servante je la prendrais!
ANGÈLEInésille, la pauvre fille,
ANGÈLEInésille les séduirait!
ANGÈLEQuoiqu'ignorante, je les enchante; et pour servante on me prendrait!
JACINTHEElle est charmante, et ravissante, et pour sa tante on me prendrait.
JACINTHELa belle fille, qu'elle est gentille! Oui, Inésille es séduirait!
Jacinthe sort en emmenant Angèle par la porte qui mène dans l'intérieur de la maison. Au même instant Horace entre et aperçoit Angèle, il pousse un cri et reste immobile de surprise.
HORACEAh! La voilà!
apercevant Horace
ANGÈLEC'est lui!
à Horace
JULIANOEh bien! qu'as-tu donc? comme tu regardes notre jeune servante…
HORACEAh! c'est une servante?
JULIANOUne AragonaiseIa nièce de Jacinthe.
HORACEEt... tu la connais?
JULIANOCertainement, et ces messieurs aussi.
HORACEAllons, je deviens fou... je perds la tête!
Une cloche sonne.
JULIANOÀ table, messieurs, à table
Tous s'asseyent.
JULIANOTu pense à la demoiselle?
HORACEOui, je brûte pour e!! e, devant mes yeux et dans mon cœur,
HORACEpartout elle est présénte.
Angèle, qui l'écoute avec émotion, laisse tomber une asslette qul se casse.
ANGÈLEO ciel!
JACINTHEComme elle est maladroite!
JULIANOÇa n'a pas d'importance,
JULIANOmais la pénitence demande une chanson qui provient de !'Aragon.
ANGÈLEEh bien, je chanterai, je chanterai…
ANGÈLELa belle Inès fait florès; elle a des attraits, des vertus;
ANGÈLEet, bien plus, elle a des écus.
ANGÈLETous ies garçons, bruns ou blonds, lui font les yeux doux:
ANGÈLEqui de nous voulez-vous prendre pour époux?
ANGÈLEEst-ce un riche fermier?
ANGÈLEEst-ce un galant muletie,, ou bien un alguazil?
ANGÈLECelui-là vous convient-il?
ANGÈLETra, la, tra, la...
ANGÈLE-Non, mon cœur incivil,
ANGÈLETra, la, tra, la... refuse l'alguazil,
ANGÈLETra, la, tra, la...
ANGÈLE-L'alcade vous plaît-il?
ANGÈLETra, la, tra, la...
ANGÈLE-Fût-ce un corrégidor, je le refuse encor.
ANGÈLE-Qui voulez-vous, belle aux yeux doux?
ANGÈLERépondez, nous vous aimons tous.
ANGÈLEPour époux, dites-nous, qui prendrez-vous?
ANGÈLE-L'amoureux que je veux c'est celui qui danse le mieux.
JACINTHEAh! quel son de voix enchanteur!
JACINTHEMa nièce me fait de l'honneur!
JACINTHEEt déjà leur cœur amoureux s'enflamme au feu de ses beaux yeux!
HORACEC'est bien son regard enchanteur
HORACEMais ce costume!... est-ce une erreur?
HORACEEt que doisje croire en ces lieux, ou de mon cœur, ou de mes yeux?
HORACEJULIANO et SES AMIS
HORACEQue de grâce! que de candeur!
HORACEC'est un morceau de grand seigneur,
HORACEet déjà mon cœur amoureux s'enflamme au feu de ses beaux yeux!
ANGÈLEDès ce moment, chaque amant se m it prom ptement à danser,
ANGÈLEbalancer, passer, repasser, et, castagnettes en avant,
ANGÈLEchaque prétendant s'exerçait et donnait le signal du bal.
ANGÈLELe muletier Pedro possédait le boléro,
ANGÈLEet l'alcade déjà, brillait dans la cachucha;
ANGÈLETra, la, tra, la...
ANGÈLE-Messieurs, ce n'est pas ça;
ANGÈLETra, la, tra, la...
ANGÈLEEt, pendant ce temps-là,
ANGÈLETra, la, tra, la... le jeune et beau Joset,
ANGÈLETra, la, tra, la... de loin la regardait;
ANGÈLEet, de travers dansait, car il l'aimait...
ANGÈLE-Belle aux yeux doux, ce beau bal nous réunit tous;
ANGÈLEqui de nous voulez-vous prendre pour époux?
ANGÈLE-Le danseur que je veux: c'est celui qui m'aime le mieux.
ANGÈLEOui, Joset, je te veux, car c'est toi qui m'aime le mieux.
JACINTHEAh! quel son de voix enchanteur, etc.
HORACEC'est bien son regard enchanteur, etc.
HORACEJULIANO et SES AMIS
HORACEQue de grâce! que de candeur, etc.
Jacinthe sort un instant.
HORACEJULIANO et SES AMIS
voyant sontir Jacinthe, et entourant Angèle
HORACEJe n'y tiens plus! I Non. non vraiment,
HORACEmon cœur amoureux s'enflamme au feu de tes beaux yeux.
se défendant
ANGÈLEAh! finissez, de grâce! Ah! je frémis de leur audace!
seul, et regardant Angèle
HORACEComment, serait-ce elle en ces lieux? Non, ce n'est pas!...
HORACEc'est impossible!
HORACEJULIANO et SES AMIS
entourant Angèle
HORACENon, non vraiment, allons, ne sois pas inflexible!
HORACEDe l'un de nous daigne accepter la foi!
HORACERien qu'un baiser, un seul...
se défendant
ANGÈLELaissez-moi! Ah, laissez-moi!
ANGÈLEOh de grâce, O mon dieu!
poussant un cri, s'échappe de leurs mains et se précipite dans les bras d'Horace
ANGÈLEAh!... défendez-moi!
à part, avec joie
HORACEC'est elle!
rentrant; d'un air sévère
JACINTHEEh bien! que voisje?
JACINTHEJULIANO et SES AMIS
s'arrêtant
JACINTHEC'est la tante! De la duègne craignons la colère imposante.
JACINTHEDans le salon le punch est là qui vous attend.
JULIANOEt les tables de jeu?
JACINTHETout est prêt.
faisant signe de passer dans le salon
JULIANOC'est charmant! Messieurs, le punch est là qui vous attend.
HORACEOui, oui c'est elle que dans ces lieux l'amour
HORACEoffre encore à mes yeux!
ANGÈLEMon dieu, je te rends grâce!
ANGÈLEJULIANO et SES AMIS
ANGÈLEDe cet argus fuyons ! es yeux,
ANGÈLEpour toucher son cœur plus tard nous serons plus heureux!
à Angèle
JACINTHENon, ne craignez rien tant que vous serez sous mes yeux!
JACINTHEMais voyez donc ces grands seigneurs
JACINTHEquelle indécence! quelles mœurs!
lls entrent dans le salon. Horace et Angèle restent.
s'approchant d'elle timidement
HORACEMadame…
ANGÈLEQu'est-ce que c'est, Monsieur?
ANGÈLEVoulez-vous du Xérès ou du Malaga?
Elle lui offre un verre.
étonné
HORACENon, non, ce n'est pas possible! Je vous ai reconnue.
ANGÈLEQu'est-ce que vous dites?
HORACENul besoin de prétendre, Madame, je vous aime.
On frappe. Il va voir.
HORACEC'est Lord Elfort!
ANGÈLECiel! Que vaisje faire?
HORACEO mon dieu, quelle déveine.
ANGÈLEIl va me reconnaître, Je vous en supplie!
HORACEEntrez, je vous en prie.
Angéle entre dans la chambre de Jacinthe, à droite. Juliano sort du salon.
JULIANOQuel vacarme, qui fait ce bruit?
ELFORTHorace, encore Horace!
HORACEQu'y a-t-il?
ELFORTUne gentille ballerine que je cherche,
ELFORTqui me fuit maintenant,
ELFORTpaurtant de souper avec moi elle m'avait promis.
a part
HORACESi c'était elle, auelle horreur! Je la tuerai!
JULIANOMilord Horace, trop vite le temps passe.
JULIANOFrivoles et joyeux nous nous verronns aux jeux. On attend ta présence.
lls entrent dans le salon.
sortant de la cuisine et portant un panier de provisions et un bougeoir, qu'il pose sur une petite table près de la porte à droite
GIL PEREZNous allons avoir, grâce à Dieu, bon souper ainsi que bon feu!
GIL PEREZPrudemment j'ai mis en réserve les meilleurs vins, les meilleurs plats.
GIL PEREZPour ses élus le ciel conserve les morceaux les plus délicats!
GIL PEREZDeo gratias!
GIL PEREZNos maîtres ont soupé très bien, chacun son tour, voici le mien!
GIL PEREZEt puis de ma future femme contemplant ! es chastes appas,
GIL PEREZle pieux amour qui m'enflamme en tiers sera dans le repas!
GIL PEREZDeo gratias!
s'approchant de la chambre de Jacinthe
GIL PEREZVoici sa chambre!... Ah! ia porte en est close... comme je l'avais dit!
GIL PEREZMais sur moi prudemment j'ai l'autre clef...
tirant de sa poche un trousseau de clefs qu'il examine
GIL PEREZC'est elle, je suppose!
GIL PEREZCar, avec celles du couvent n'allons pas la confondre!...
s 'approchant
GIL PEREZO quel heureux instant!
GIL PEREZAmour! amour! amour!
GIL PEREZQue ton flambeau m'éclaire!
Au moment d'entrer dans la chambre de Jacinthe, dont il vient d'ouvrir la porte, Angèle parait devant lui, couverte de son domino et de son masque noir.
étendant la main vers lui et grossissant sa voix
ANGÈLETéméraire! Impie!!... où vas-tu?
tremblant et laissant tomber son bougeoir
GIL PEREZMon Dieu!... mon bon Dieu!
GIL PEREZQu'aije vu? Qu'aije vu?
GIL PEREZNoir fantôme, que me veux-tu? que me veux-tu?
à part, gaiement
ANGÈLEL'espoir en moi se glasse en voyant son effroi; Il tremble!...
ANGÈLEDieu propice, ici protège-moi!
tombant à genoux
GIL PEREZTous mes membres frémissent de surprise et d'effroi;
GIL PEREZet mes genoux fléchissent, mon Dieu, protège-moi!
s'approchant de Perez qui est à genoux et n'ose lever la tête
ANGÈLEToi!... Gi! Perez!
à part
GIL PEREZIl sait mon nom!
ANGÈLEPortier du couvent!
GIL PEREZC'est moi-même.
ANGÈLEIntendant, voleur et fripon.
GIL PEREZC'est moi!
ANGÈLEDépose à l'instant même les saintes clefs que tu ne peux porter,
ANGÈLEou je lance sur toi l'éternel anathème!
lui présentant le trousseau
GIL PEREZLes voici, les voici... que Satan n'aille pas m'emporter!
ANGÈLEL'espoir en moi se glisse en voyant son effroi; etc.
GIL PEREZTous mes membres frémissent de surprise et d'effroi; etc
Angèle lui ordonne sur un premier signe de se lever; sur un second, de si diriger vers la chambre de Jacinthe; sur un troisiême d'y entrer; Perez obéit en tremblant.
entendant du bruit
ANGÈLEAh! mon Dieu! qui vient là?
Elle se précipite vivement derrière la porte qui ouvre en dehors et dont le battant la cache aux yeux du spectateur.
sortant de la porte du fond, tenant sous le bras un panier de vin et voyant la porte de sa chambre qui est restée ouverte
JACINTHEEh, quoi! Perez m'attend déjà!
(Elle entre dans la chambre, et Angèle, qui était derrière la porte,
JACINTHEla referme et retire la clef )
ANGÈLEL'heure, la nuit, tout m'est propice!
ANGÈLEDu courage... ne tremblons pas!
ANGÈLEVierge sainte, ma protectrice, inspire-moi, guide mes pas!
Elle sont de la maison par la porte du fond.
Horace sort doucement du salon, il marche sur la pointe des pieds, et dans I'obscurité se dirige à tôtons vers la chambre de Jacinthe.
HORACEAmour, viens finir mon supplice et près d'elle guider mes pas.
HORACEL'heure, la nuit, tout m'est propice, je vais la voir, ne tremblons pas, etc.
HORACEAmour, viens finir mon supplice, etc.
Juliano, Lord Elfort et tous les jeunes gens sortent de la porte du salon.
HORACEJULIANO, LORD ELFORT et LES AMIS
gai et à demi-voix
HORACELa bonne affaire!
HORACESilence, ami'!
HORACEAvec mystère il est sorti.
HORACERendez-vous tendre ici l'attend, il faut surprendre le conquérant!
Horace, avec la clef qu'il a dans sa poche, a ouvert la ponte à droite, est entré un instant dans la chambre et en ressort dans l'obscuaté, tenant Jacinthe par la main.
HORACEVenez, venez, madame venez, n'ayez plus de ciainte!
se laissant entrainer
JACINTHEQu'est-ce que ça veut dire?
HORACEÀ votre chevalier, à votre défenseur, il faut vous confier,
HORACEet vous faire connaître!
Juliano est entré dans le salon, et en ressont tenant un flambeau à plusieurs branches. Lé théâtre redevient éclairé.
HORACEAh! grand Dieu!
HORACEJULIANO, LORD ELFORT et LES AMIS
HORACEC'est Jacinthe!
HORACELa bonne affaire!
HORACEVive à jamais et la douairière et ses attraits!
HORACEQui pourrait croire tel dévoûment?
HORACEHonneur et gloire au conquérant!
HORACEL'étrange affaire!
HORACEQue voisje, hélas!
HORACEEt que! mystère suit donc mes pas?
HORACEDans ma mémoire tout se confond.
HORACEJe n'ose croire sa trahison!
JACINTHEL'étrange affaire!
JACINTHEQu'ont-ils donc tous?
JACINTHELa chose est claire, on rit de nous!
JACINTHEFaire à ma gloire pareil affront!
JACINTHEJe n'ose croire à leur soupçon!
montrant la chambre
HORACEElle était là pourtant... elle y doit encore être!
HORACEJULIANO, LORD ELFORT et LES AMIS
HORACELa bonne affaire... etc.
JACINTHEL'étrange affaire... etc.
(Horace entre la chambre
JACINTHEet ressort en tenant Gil Perez par la main)
JACINTHEJULIANO, LORD ELFORT et LES AMIS
JACINTHEUn homme!
à Juliano
JACINTHEGil Perez, que vous devez connaître, un cuisinier de grand talent,
JACINTHEqui venait pour m'aider pour le souper!
souriant
JULIANOVraiment! Ici, dans ton appartement!
à part
HORACEO foneste disprâce!
JULIANOEt quel destin fetal poursuit ce pauvre
JULIANOHorace Même auprès de Jacinthe,
JULIANOil rencontre un rival!
JULIANOLa bonne affaire!
JULIANOVive à jamais et la douairière et ses attraits!
JULIANOQui pourrait croire tel dévoûment?
JULIANOHonneur et gloire au conquérant!
LES AMISL'étrange affaire... etc.
JACINTHEL'étrange affaire... etc.
GIL PEREZL'étrange affaire!
GIL PEREZJe tremble, hélas!
GIL PEREZLa chose est claire, c'est Satanas!
GIL PEREZFigure noire au front cornu, je n'ose croire ce que j'ai vu!
qui, pendant la hn de cet ensemble, est entré dans la chambre de Jacinthe, en ressort en ce moment
HORACEPartie!... hélas! partie!... elle n'est plus ici...
HORACEEt cette fois encor loin de nous elle a fui!
JULIANOEh! qui donc?
HORACEFaut-il vous le dire? L'esprit follet, le sylphe...
HORACEOu plutôt le démon qui me trompe,
HORACEm'abuse et rit de mon martyre!
JULIANOTon inconnue...
HORACEEh! oui! je l'ai vue...
JULIANOAllons donc!
HORACEIci même... à l'instant... c'est cette jeune fille qui nous servait à table.
JULIANOInésille!
JULIANOLa nièce de Jacinthe...
à Jacinthe
JULIANOEntends-tu!
secouant la tête
JACINTHEJ'entends bien.
JULIANOEt que dis-tu?
JACINTHEJe dis que le seigneur Horace pourrait avoir raison!
HORACEParle! achève de grâce! Quel! e est-elle?
JACINTHEJe n'en sais rien.
JULIANOElle n'est pas ta nièce?
JACINTHEMon Dieu, non!
JULIANOEt ne vient pas du pays?
JACINTHEMon Dieu, non!
JULIANOTu ne l'as pas vue avant?
JACINTHEMon Dieu, non! Non, cent fois, non!
JACINTHEJe ne connais ni son rang ni son nom!
à Juliano
HORACETu le vois bien, mon cher, c'est un démon!
JULIANOUn démon!
JULIANOJULIANO, LORD Elfort, LES AMIS
JULIANOGrand Dieu! quelle aventure!
JULIANOC'est charmant, je le jure!
JULIANOQuoi! sous cette figure se cachait un démon!
JULIANOMais lutine ou sylphide, que le dépit nous guide,
JULIANOpour trouver ! a perfide, parcourons ta maison!
JULIANOJACINTHE, HORACE et GIL PEREZ
JULIANOAh! pareille aventure me confond, je le jure!
JULIANOSon âme et sa figure sont celles d'un démon!
JULIANOMais, lutine ou sylphide, que le dépit nous guide,
JULIANOpour trouver la perfide, parcourons la maison!
JACINTHESous l'aspect d'une riche dame l'esprit malin m'est apparu!
JULIANOPuis, sous les traits d'une gentille femme, a table, ici, nous l'avons vu!
GIL PEREZEt moi, j'en jure sur mon âme sous les traits d'un fantôme
GIL PEREZau front noir et cornu,
GIL PEREZje l'ai vue, de mes deux yeux vue!
à Juliano
HORACEEh bien, mon cher, qu'en dis-tu?
riant
JULIANOJe dis... je dis...
JULIANOJULIANO, LORD Elfort LES AMIS
JULIANOL'étonnante aventuré!
JULIANOC'est charmant, je le jure!
JULIANOQuoi! sous cette figure se cachait un démon!
JULIANOMais lutine ou sy! phide que le dépit nous guide,
JULIANOpour trouver la penfide, parcourons ta maison!
JULIANOéveillons! réveillons!
JULIANOParcourons la maison!
JULIANOJACINTHE, HORACE et GIL PEREZ
JULIANOAh! pareille aventure me confond, je le jure!
JULIANOSon âme et sa figure sont celles d'un dèmon!
JULIANOMais, lutine ou sylphide, que le dèpit nous guide,
JULIANOpour trouver la perfide, parcourons la maison,
JULIANORéveillons! réveillons! Parcourons la maison!
Jacinthe et les valets des jeunes seigneurs ont apporté plusieurs flambeaux, chacun en prend un, et tous sortent en désordre et avec grand bruit parles différentes portes de l'appartement.
JULIANOEntr'acte
JULIANOLe parloir d'un couvent en Espagne. Au fond deux poaes conduisant dans les cours du monastère. A gauche, eh sur le premier plan, la cellule de l'abbesse. A droite du spectateur, sur le premier plan, une petite porte qui conduit au jardin; du même côté, sur le second plan, une large travoe qui donne sur l'intérieur de la chapelle.
seule
BRIGITTEJ'ai beau essayer de réciter mes prières c'est impossible...
BRIGITTEje suis trop inquiète... sœu Angèle n'est pas encore de retour au couvent
BRIGITTEPauvre Angèle, mais qu'est elle devenue?
BRIGITTELa future abbesse des Annonciades obligée de découcher
BRIGITTEet perdue dans les rues de Madrid!... quel scandale!...
BRIGITTESi encore je pouvais ce matin cacher son absence...
BRIGITTEmais ici il n'y a que des femmes.. pis encore, des nonnes...
BRIGITTEet toutes ces demo~selles sont si curieuses si indiscrètes si bavardes...
BRIGITTEOn n'a pas d'idée dé cela dans le monde!
BRIGITTEAu réfectoire, à la prière, méme en récitant son rosaire on jase,
BRIGITTEon jase tant, hélas, que la cloche ne s'entend pas.
BRIGITTEEt, s'il faut parler sans rien dire, sur le prochain s'il faut médire,
BRIGITTEsavez-vous où cela s'apprend?
BRIGITTEC'est au couvent.
BRIGITTEMes demoiselles qu'on trouve les meilleurs modèles, oui,
BRIGITTEc'est au couvent qu'en peu de temps cela s'apprend.
BRIGITTEHumble et les paupières baissées,
BRIGITTEjamais de mauvaises pensées mais avant d'entrer au parloir,
on jette un coup d'œii au miroir.
BRIGITTESi vous voulez, jeune fillette, être à la fois prude et coquette,
BRIGITTEsavez-vous où cela s'apprend?
BRIGITTEC'est au couvent.
BRIGITTEMes demoiselles qu'on trouve les meilleurs modèles, oui,
BRIGITTEc'est au couvent que tous les temps cela s'apprend.
la saluant en entrant
URSULEAve, ma sœur!
BRIGITTEAve sœur Ursule!
BRIGITTEVous voici levée de bon matin!
URSULEJ'avais à parler à sœur Angèle.
BRIGITTEÀ notre jeune aoPesse?
URSULEOh, elle ne l'est Pas encore.
BRIGITTEAujourd'hui même... dès qu'eile aura pris le voile.
URSULESi elle le prend!
BRIGITTEEt qui s'y opposera?
URSULEMoi peut-être! Angèle d'Olivarès est cousine de la re~ne,
URSULEon la nomme à la plus riche abbaye de Madrid...
URSULEavant l'âge et avant qu'elle n'ait prononcé ses vœux!
URSULEL'injustice me révolte
URSULEet je ne vois là-dedans que l'intérêt du ciel et du couvent.
BRIGITTEEt le désir d'être abbesse.
URSULEEt quand ce serait
URSULEEst-ce qu'elle n'est pas dans son appartement?
BRIGITTEE! le ne reçoit personne.
URSULEEncore!
BRIGITTEElle a la migraine.
URSULEComme les grandes dames!
On frappe à la porte du jardin.
URSULEQui vient là?
BRIGITTESi c'était elle!
URSULEOuvrez donc... ouvrez vite.
BRIGITTEJe n'ai pas la clefje l'ai remise dans la paneterie avec les autres.
URSULEJe vais ! a prendre.
à part
BRIGITTEVa .. tu ! a chercheras longtemps...
haut
BRIGITTEJe vous suis, ma chère sœur!...
Elles sontent par la porte au fond. Angèle entr'ouvre la porte à droite. Elle est en domino noir, pâle et se soutenant à peine.
ANGÈLEJe suis sauvée enfin!... le jour allait éclore, et l'on ne m'a pas vue.
se jetant sur un fauteuil
ANGÈLEAh! respirons un peu.
se levant brusquement
ANGÈLEQu'entendsje, ô mon Dieu!
ANGÈLENon, rien... j'y croyais étre encore.
(Elle se lève et jette sur le fauteuil qu'elle vient de quitter
ANGÈLEle trousseau de clefs qu'elle tenait à la main.)
ANGÈLEAh! quelle nuit!
ANGÈLELe moindre bruit me trouble et m'interdit!
ANGÈLEEt je m'arrête, hélas à chaque pas.
ANGÈLESoudain j'entends de lourds fusils au loin retentissants... et puis
ANGÈLEQui vive? Holà!
ANGÈLEQui marche là?
ANGÈLECe sont des soldats un peu gris par un sergent ivre conduits.
ANGÈLESous un sombre portail soudain je me blottis,
ANGÈLEet grâce à mon domino noir on passe sans m'apercevoir.
ANGÈLETandis que moi, droite, immobile et mourante d'effroi,
ANGÈLEen mon cœur je priais, et je disais:
ANGÈLEO mon Dieu! Dieu puissant sauve-moi de tout accident,
ANGÈLEsauve ithonneur du couvent!
ANGÈLEEn cet instant, passe en chantant un jeune ètudiant!
ANGÈLELe voleur à ce bruit soudain s'enfuit.
ANGÈLEMon défenseur s'approche alors--
ANGÈLECalmez votre frayeur, je ne vous quitte pas, prenez mon bras.
ANGÈLE-Non, non, monsieur, seule j'irai...
ANGÈLE-Non, signora, bon gré, malgré, jusqu'en votre logis je vous escorterai.
ANGÈLE-Non, non, cessez de me presser.
ANGÈLE-Calmez vous... je vais vous laisser.
ANGÈLEMais un baiser, un seul baiser!
ANGÈLEComment le refuser? Un baiser... je le veux...
ANGÈLEIl en prit deux! Et pendant ce moment,
ANGÈLEO mon Dieu, disaisje en tremblant, sauve l'honneur du couvent!
ANGÈLEMais je suis, grâce au ciel, à l'abri de l'orage;
ANGÈLEet je n'ai plus rien à craindre en ce pieux réduit,
ANGÈLEet je ne sais pourtant quelle fatale image
ANGÈLEjusqu'au pied du saint lieu m'agite et me poursuit.
ANGÈLEFlamme vengeresse, tourment qui m'oppresse,
ANGÈLEamour qui sans espoir me laisse, tu vois ma faiblesse, hélas pauvre abbesse,
ANGÈLEdevant toi mon pouvoir s'abaisse.
ANGÈLERends à mon cœur le calme et la paix, toi qu'hélas autrefois je bravais.
ANGÈLEFlamme vengeresse, etc.
ANGÈLEComment le fuir et le bannir- le moyen, ah mon Dieu, je l'ignore.
ANGÈLEJe veux ici l'oublier, oui, je le veux, et je le vois encore.
ANGÈLEFlamme vengeresse, etc. Amour, va tten pour jamais.
rentrant par la porte du fond qu'elle referme
BRIGITTEC'est vous, madame! Mais qui donc vous a ouvert la porte du couvent?
montrant le trousseau de clefs qu'elle a jeté sur le fauteuil
ANGÈLEJe te le dirai.
BRIGITTELe trousseau de clefs de Gil Perez, le concierge.
BRIGITTEComment est-il entré entre vos mains?
ANGÈLEC'est une longue histoire…
BRIGITTEEt aujourd'hui méme, où vous devez prendre le voile!
ANGÈLEAh, ces vœux que je vais prononcer feront maintenant le malheur de ma vie.
BRIGITTEMais refusez.
ANGÈLEEst-ce que c'est possible, quand la reine l'ordonne.
ANGÈLEIl faut se soumettre à sa destinée, aujourd'hui, tout sera fini pour moi!
BRIGITTEPauvre abbesse!
BRIGITTEOn vient, partez vite.
Angèle rentre dans son appartement à gauche.
BRIGITTEChœur DE NONNES
entrant, vif et babillard
BRIGITTEAh! quel malheur pour nous!
BRIGITTEMa chère sœur, combien,
BRIGITTEélas, mon cœur partage sa douleur!
BRIGITTEPour calmer son tourment il nous faut sur-le-champ prier dévotement
BRIGITTEtous les saints du couvent.
BRIGITTEMais avant tout, le fait est-il certain?
BRIGITTEQuoi, madame l'abbesse a depuis ce matin une migraine affreuse!
BRIGITTEOh, le ciel complaisant devrait de pareils maux préserver le couvent!
BRIGITTEQui vous a dit cela?
LES NONNESVraiment, c'est notre chère sœur Ursule!
à part
BRIGITTEC'est par elle, dans le couvent, que chaque nouvelle circule.
haut
BRIGITTEMais calmez-vous, cela va mieux.
LES NONNESCela va mieux!...
LES NONNESAh! quelle ivresse!
LES NONNESAujourd'hui madame l'abbesse pourra donc prononcer ses vœux?
LES NONNESAh! la belle cérémonie!
LES NONNESQue! beau spectacle, quel beau jour!
LES NONNESChez nous, où toujours on s'ennuie, nous aurons la ville et la cour!
LES NONNESEt puis ensuite au réfectoire un grand repas.
LES NONNESMes chères sœurs. un grand repas.
BRIGITTEC'est étonnant, et, d'honneur,
BRIGITTEon ne pourrait croire comme on est gourmande au couvent!
LES NONNESAh! quel bonheur pour nous, ma chère sœur.
LES NONNESQuoi! le ciel protecteur dissipe sa douleur!
LES NONNESD'un miracle aussi grand il faut dévotement remercier le ciel
LES NONNESet les saints du couvent.
LES NONNESIl est donc vrai?
LES NONNESLe fait est bien certain!
LES NONNESCette affreuse migraine a disparu soudain!
LES NONNESLe ciel nous ! e devait, oui,
LES NONNESle ciel bienfaisant devrait de pareils maux préserver le couvent.
Ursule entre par le fond. On frappe à la porte à droite.
URSULEQuoi! vous n'entendez pas qu'ici l'on frappe encore?
LES NONNESEt la clef?
la leur donnant
BRIGITTELa voici.
bas à Brigitte
URSULEVous qui ne l'aviez pas?…
d'un air naif
BRIGITTETout à l'heure, ma chère, je l'ai retrouvée.
à part, d'un air de déliance
URSULEAh!
LES NONNESComment, c'est la tourière! Qui donc l'amène?
entrant par la porte à droite, que l'on vient d'ouvrir
LA TOURIÈREOn le saura.
LA TOURIÈREEt sur un fait auquel votre honneur s'intéresse
LA TOURIÈREJe viens pour consulter madame notre abbesse.
à part
URSULEOn ne peut la voir. Et cela cache encore un mystère.
BRIGITTETenez, la voilà!
Angèle sort de son appartement. Elle porte le costume d'abbesse.
ANGÈLEMes chères sœurs, mes sœurs, que l'allégresse
ANGÈLEet la paix règnent dans vos cœurs,
ANGÈLEque Dieu vous protège sans cesse et vous comble de ses faveurs!
ANGÈLEQue Dieu vous protège sans cesse et vous comble de ses faveurs!
à part
URSULEQu'elle est heureuse d'être abbesse!
URSULEMais to s'obtient par la faveur, et bientôt,
URSULEgrâce à mon adresse, j'aurai peut-être ce bonheur.
BRIGITTEQu'elle est gentille, notre abbesse!
BRIGITTEQu'elle a de grâce et de douceur!
BRIGITTEAvec elle règnent sans cesse ia douce paix et ie bonheur.
allant à Angéle
URSULEAh! madame, combien j'étais inquiétée...
URSULEComment avez-v
URSULEus donc passé la nuit!
regardant Brigitte
ANGÈLEFort bien. Une nuit assez agitée; mais ce matin ce n'est plus rien.
URSULEQuel bonheur!
à la tourière qui s'avance
ANGÈLEEh bien! qu'est-ce?
LA TOURIÈREHélas! dans ces saints lieux je n'avais jamais vu scandale de la sorte...
LA TOURIÈRELe portier du couvent qui se trouve à la porte.
URSULEPasser la nuit dehors, c'est un scandale affreux.
URSULECompromettre à ce point la maison!
URSULEUn tel événement jamais jusqu'à présent n'aff! igea le couvent.
LES NONNESAh! quelle horreur, m a is voyez-do n c, ma sœ u r,
LES NONNEScompromettre à ce point la maison du seigneur!
LES NONNESAh! quel scandale affreux!
LES NONNESUn tel événement jamais jusqu'à présent n'affligea le couvent.
LES NONNESN'en parlons pas, car du soir au matin,
LES NONNESsans y penser on jase aux dépens du prochain.
LES NONNESCette fois taisons nous, mes sœurs!
LES NONNESC'est plus prudent pour sauver notre honneur. et celui du couvent.
ANGÈLEUn instant... un instant... ayons de l'indulgence.
ANGÈLEQuelquefois, mes sœurs, on ne peut rentrer aussitôt qu'on le veut.
à part
ANGÈLEJe le sais!
à la tourière
ANGÈLEQue dit-il enfin pour sa défense?
LA TOURIÈREPar des brigands, hier soir arrêté...
à part
ANGÈLEAh! comme il ment!
LA TOURIÈRE...par eux enchaîné, garrotté...
à part
ANGÈLEAh! comme il ment!
LA TOURIÈRE...et de tout son argent, et de ses clefs, dépouillé.
à part
ANGÈLEComme il ment!
regardant les clefs qu'elle a prises
BRIGITTELes voici!
vivement et à voix basse
ANGÈLECache-les!
haut et les yeux fixês sur les clefs
ANGÈLEJe vois bien qu'au couvent il ne pouvait rentrer...
ANGÈLEet qu'il faut qu'on pardonne.
URSULEAh! que! horreur...
URSULEC'est scandaieux
URSULEElle est trop bonne...
URSULEUn tel événement, etc.
LES NONNESAh! quelle horreur, ma is voyez-donc, ma sœu r,
LES NONNEScompromettre à ce point la maison du seigneur! etc.
à part
ANGÈLEQue le ciel me pardonne!
LA TOURIÈRECe n'est pas tout encore, et voilà qu'au parloir,
LA TOURIÈREun cavalier demande à voir Madame notre abbesse.
ANGÈLEImpossible à cette heure.
ANGÈLEVoici matines, et déjà nous sommes en retard...
ANGÈLESon nom?
ANGÈLEHorace! O ciel ! Que dans cette demeure, i! nous attende!...
URSULEEh! mais, à ce nom-là, Madame semble bien émue.
ANGÈLEQui, moi? non pas...
à part
ANGÈLEM'aurait-on reconnue?
faisant un pas
ANGÈLEEt saurait-il?
LES NONNESLes cloches argentines pour nous sonnent matines
LES NONNESAllons d'un cœur fervent prier pour le couvent!
URSULEMadame, voici matines, et déjà nous sommes en retard.
avec impatience
BRIGITTEEh! mon Dieu, I'on y va.
ANGÈLEM'aurait-on reconnue?
URSULEElle semble bien émue.
LES NONNESLes cloches argentines pour nous sonnent matines, etc.
Elles dêfilent toutes par les portes du fond, que l'on referme, et la tourière, à qui Angèle a parlê bas, reste la demière.
LA TOURIÈREEntrez, entrez, seigneur cavalier.
Horace entre de la porte à droite.
LA TOURIÈREMadame la supérieure vous prie de l'attendre dans ce parloir...
LA TOURIÈREen ce moment nous sommes toutes à
LA TOURIÈREmatines!
LA TOURIÈREDieu vous garde, mon frère.
Elle sort.
On entend le son de l'orgue dans la chapelle.
HORACEÀ ces accords religieux, le calme renaît dans mon âme.
HORACEFilles du ciel, vous qu'un saint zèle enflamme,
HORACEà vos pieux accents je veux mêler mes vœux.
HORACEAvec elles prions.
Il se lève et s'approche de la travée à droite qui donne sur la chapelle. Il s'agenouille sur une chaise qui est contre la travée.
chantant en dehors
ANGÈLEHeureux qui ne respire que pour suivre ta ! oi, mon Dieu,
ANGÈLEsous ton empire ramè
ANGÈLEe notre foi.
ANGÈLEQue ton amour m'enflamme, et vienne rendre, Seigneur,
ANGÈLEle bonheur à mon âme et le calme à mon cœur.
qui pendant ce eantique a montré la olus grande émotion
HORACEAh! quel troubie de moi s'empare!
HORACEDe surprise et d'effroi tout mon sang s'est glacé!
HORACEC'est elle encor! c'est elle!
HORACEAh! ma raison s'égare.
HORACEFilles du ciel, priez pour un pauvre insensé
LE CHŒURQue ton amour l'enflamme, prends pitié du pécheur!
LE CHŒURRends la paix à son âme et le calme à son cœur.
ANGÈLELes amours de la terre ont bien vite passé;
ANGÈLEleur bonheur éphémère c'est bientôt éclipsé;
ANGÈLEmais quand tu nous enflammes, toi seul donnes, Seigneur,
ANGÈLEle bonheur à nos âmes et la paix à nos cœurs.
HORACEAh! quel trouble de moi s'empare! De surprise et d'effroi, etc.
LE CHŒURQue ton amour l'enflamme, prends pitié du pécheur! etc.
ANGÈLEToi seul donnes, Seigneur, le bonheur à nos ârnes et la paix à nos coeurs.
entrant par la porte du fond
BRIGITTEMadame l'abbesse!
Angèle paratt: elle est enveloppée rdans son voile. Brigitte sort.
ANGÈLESeigneur Horace de Massarena, on m'a dit que vous demandez à me parler...
HORACEOui, ma sœur... d'une affaire très importante.
HORACEM. le duc de San Lucar me destinait sa fille en mariage...
HORACEMais ce mariage est impossible.
ANGÈLEQue dites-vous?
HORACEIl ne peut plus avoir lieu, parce qu'il en est une autre que j'aime
HORACEet que j'aimerai toute ma vie.
à part
ANGÈLEAh, mon Dieu!
entrant
URSULEMadame, voici déjà 1e comte Juliano, lord et lady Elfort
URSULEet puis M
URSULEde San Lucar…
URSULEet des seigneurs de la cour qui arrivent pour la cérémonie…
ANGÈLEO ciei!...
URSULEMon oncle don Gregorio m'a dit de vous remettre cette ordonnance
URSULEqui est scellée des armes de Sa Majesté.
ANGÈLEDonnez!
à part
URSULEJe veux être témoin de son dépit... pour aller le conter à tout le couvent.
écartant un instant son voile wur lire la lettre
ANGÈLEDieu! Que vois-je!
Elle s'enfuit.
reconnaissant Angéle
HORACEAh!...
URSULEElle sait tout.
Elle sort en courant
HORACEC'est mon inconnue… c'est mon domino noir...
HORACEc'est la servante aragonaise... c'est Inésille, l'abbesse...
HORACENon... elle a pris sa robe, eile a pris ses traits... mais, ce n'est pas elle!
Entrent Lord et Lady Eltont, Juliano, seigneurs de la cour. Puis Brigitte, Ursule, la tourière et toutes les nonnes. Les nonnes entrent par les portes du fond, et se rangent en demi-cercle au fond du théâtre; derrière elles, les dames et seigneurs de la cour; Angéle, habillée en blanc et voilée, sort de son appantement, et se place au milieu du théâtre; Ursule à côté d'elle.
ANGÈLEMes sœurs, mes chères sœurs,
ANGÈLEnotre auguste souveraine la reine ne veut pas que je sois votre abbesse.
a part
URSULEQuel bonheur!
ANGÈLEEt par son ordre exprès, à sœur Ursule je remets ce titre et le pouvoir suprême.
LES NONNESAh! quel malheur! Ah! quels regrets!
Pendant que parle Angèle, Horace témoigne la plus grande émotion. Il veut aller à elle. Juliano, qui est plus près de lui, le retient
ANGÈLEIl faut vous quitter pour jamais,
ANGÈLEcar on m'ordonne aujourd'hui méme d'avoir à choisir un époux.
s'approchant d'Angèle
LORD ELFORTAh! quelle tyrannie extrême!
LORD ELFORTCe n'était pas ainsi chez nous, on était libre...
s'avançant vers Horace
ANGÈLEEt cet époux, voulez-vous l'être, Horace, voulez-vous?
Pendant cette phrase de chant Brigitte, qui est derriêre Angèle, a retiré peu à peu son voile. Horace lève les yeux, reconnait les traits d'Angèle, pousse un cn et tombe à ses genoux
HORACEAh! C'est elle, toujours elle! O moment trop heureux!
HORACEDémon, ange ou mortelle, ne fuyez plus mes yeux! etc.
ANGÈLECe n'est qu'une mortelle qui veut vous rendre heureux,
ANGÈLEet d'un amant fidèle récompenser les feux! etc.
TOUSC'est elle, c'est bien elle qui veut le rendre heureux!
TOUSO surprise nouvelle qui vient charmer ses yeux! etc.
HORACEDe mon bonheur je doute encor moi-même!
HORACEAprès les changements qu'à chaque instant j'ai vus,
HORACEc ha nge me nts biza rres et contus.
ANGÈLEQu'un mot peut expliquer Horace, je vous aime!
HORACEAh! maintenant, ne changez plus!
HORACEC'est elle, toujours elle, etc.
ANGÈLECe n'est qu'une mortelle, etc.
TOUSC'est elle, toujours elle, etc.