Amour fatal

B. Godard

Le matelot sait bien que les mers sont perfides.

Et pourtant il s'élance, à travers les écueils,

Sur ces flots orageux, dont les lèvres livides

S'ouvrent comme autant de cercueils.

Le chien sait que le maltre est cruel et colère,

Et que le fouet barbare a déchiré son flanc;

Cependant il revient lécher la main sévère

Qui tient encore le fouet sanglant.

O mon creur! sa tendresse est pareille aux flots mêmes:

Elle t'a flagellé de son rire moqueur,

Et pourtant tu reviens baiser ses pieds... tu l'aimes,

O mon coeur, ó mon lâche coeur!