Le banc de pierre

B. Godard

Au fond du parc, dans une ombre indécise,

Il est un banc, solitaire et moussu,

Où l'on croit voir la Rêverie assise,

Triste et songeant à quelque amour déçu.

Le Souvenir dans les arbres murmure,

Se racontant les bonheurs expiés;

Et, comme un pleur, de la grêle ramure

Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s'enlace,

Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,

Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place,

Le clair de lune endormi sur le banc.

Ce qu'ils disaient, la maîtresse l'oublie;

Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient,

Et dans le bois, avec mélancolie,

Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses,

Ce banc désert regrette le passé,

Les longs baisers et le bouquet de roses

Comme un signal à son angle placé.

Sur lui la branche à l'abandon retombe,

La mousse est jaune, et la fleur sans parfum;

Sa pierre grise a l'aspect de la tombe

Qui recouvre l'Amour défunt!...