Chant du lointain

Ludwig van Beethoven

Lorsque je ne pleurais pas encore de langueur

et lorsque la distance ne me séparait pas jalousement de ma bien-aimée,

comme ma vie ressemblait, jadis, à un bouquet de fleurs,

à une forêt de rossignols, pleine de jeux et de danses!

Maintenant la langueur me pousse sur les sommets,

pour voir sourire le désir de mon coeur!

Ici, dans cette région, mon regard langoureux

cherche mais revient insatisfait.

Cela bat fort dans ma poitrine, comme si tu étais près de moi;

oh! viens, ma douce, ton jeune ami est là!

Je te sacrifie tout ce que Dieu m'a donné,

car je n'ai jamais aimé avant comme je t'aime.

O ma chère, viens vite pour la danse nuptiale.

Je cultive déjà des roses et des myrtes pour faire une couronne.

Viens, viens vite, transforme par enchantement ma cabane

en temple de calme et de ravissement; sois ma déesse!