La mort d'Orphée

Berlioz, Hector

Orphée:

Prêtresses de Bacchus, votre haine inflexible

D'un époux malheureux calomnia les pleurs;

Mais l'amant d'Euridice en ce séjour paisible

Saura braver, vos jalouses fureurs.

Ô seul bien qui me reste, ô ma céleste lyre,

Retentis dans ces bois, viens embellir mes vers,

Ranime mes accents, seconde mon délire,

Que tes brillants accords étonnent l'univers.

Viens, viens,

Ô seul bien

etc.

Quels cris affreux se font entendre?

D'une secrète horreur je ne puis me défendre,

Ô Ciel! en croirai-je mes yeux?

Ce sont elles, les bacchantes!

Des cymbales bruyantes,

De leurs cris menaçants, de leurs chants furieux,

Retentissent déjà les échos de ces lieux!

Bacchanale

Orphée:

Ô Dieu puissant, fils de Latone,

Toi qui fus mon maître, entends-moi;

Apollon, du haut de ton trône,

Lance tes feux, je n'ai d'espoir qu'en toi.

Orphée et bacchantes

(ensemble)

Orphée:

Barbares, arrêtez; pardonnez à mes pleurs,

Qu'ai-je fait? qu'ai-je dit? ces pleurs sont tout mon crime,

Épargnez en ce jour la tremblante victime

Que le sort livre à vos fureurs!

Mais rien ne peut toucher leurs inflexibles cœurs.

Ô Dieu puissant,

etc.

Tu m'as abandonné, grand Dieu,

aux horreurs d'un affreux supplice.

Euridice, attends-moi... je vais mourir...

Adieu. Je meurs, je te réponds, Euridice... Euridice...

Bacchantes:

Ô Bacchus! Évoé! vengeons-nous de l'outrage

Dont l'orgueilleux Orphée a payé notre amour,

Qu'il tombe sous nos coups, et que nos cris de rage

Le poursuivent encor au ténébreux séjour!

Ô Bacchus!

etc.

De son corps palpitant déchirons les lambeaux!

Du torrent mugisant qu'ils rougissent les eaux!.

C'est un hymne à ta gloire!

Frappons, frappons, il fuit en vain,

Déjà sa lyre s'échappe de sa main.

Meurs! Victoire!