Le Ballet des ombres

Berlioz, Hector

Formez vos rangs, entrez en danse

L'ombre descend, le jour s'enfuit.

Ombres, votre règne commence

Dans la sombre horreur de la nuit.

Lorsque le souffle des orages

Agite les vertes forêts,

Il vient aussi dans nos bocages

Faire frémir les noirs cyprès.

Formez vos rangs, entrez en danse,

Ombres, prenez-vous par la main,

Troublez cet auguste silence

Qui règne sur le genre humain!

Pour les rangs point de jalousie,

Ombres de bergers et de rois!

Oubliez que l'orgueil, l'envie

Vous divisèrent autrefois!

L'un n'éprouva que des traverses;

Dans le bonheur l'autre vécut.

Tous ont pris des routes diverses

Pour venir tous au même but.

Ombres, oubliez de la terre

Et les plaisirs et les travaux!

Formez une danse légère

Qui courbe à peine les pavots!

Formez vos rang, entrez en danse!

Mais la lune se lève et luit.

Gagnons l'Élysée en silence,

Et rendons le calme à la nuit!

Mortels, lorsque dans les nuits sombres

Notre voix vous réveillera,

Songez bien qu'à la voix des ombres,

Un jour, la vôtre s'unira!

Pourquoi nous craindre, enfants des hommes?

Ce que vous êtes nous l'étions,

Et vous serez ce que nous sommes.

Au revoir! nous nous reverrons!