Le Dépit de la bergère

Berlioz, Hector

De mon berger volage

J'entends le flageolet.

De ce nouvel hommage

Je ne suis plus l'objet;

Je l'entends qui fredonne

Pour une autre que moi.

Hélas! que j'étais bonne

De lui donner ma foi!

Autrefois l'infidèle

Faisait dire aux échos

Que j'étais la plus belle

Des filles du hameau;

Que j'étais sa bergère,

Qu'il était mon berger;

Que je serais légère

Sans qu'il devînt léger.

Un jour, c'était ma fête,

Il vint de grand matin;

De fleurs ornant ma tête,

Il plaignait son destin.

Il dit: « Veux-tu, cruelle,

Jouir de mes tourments? »

Je dis: « Sois-moi fidèle,

Et laisse faire au temps! »

Le printemps qui vit naître

Des volages ardeurs

Les a vu disparaître

Aussitôt que les fleurs;

Mais, s'il ramène à Flore

Les inconstants zéphirs,

Ne pourrait-il encore

Ramener ses désirs,

Ramener ses désirs?