Le Montagnard exilé

Berlioz, Hector

Loin de la sauvage campagne

Où brille mon heureux matin,

Tendre arbrisseau de la montagne,

Transplanté sur un sol lointain,

Je sens que ma sève est tarie,

Et je soulève vers le ciel

Ma tête mourante er flétrie.

Ah! rendez ma racine au rocher paternel!

Désormais en butte á l'orage,

De nos monts l'abri protecteur

Ne défendra plus mon feuillage

Contre les vents et leur fureur.

Je veux livrer ma destinée

A votre souffle, autan mortel.

Mais de ma feuille abandonnée,

Emportez la dépouille au rocher paternel!

Ainsi Mandel, loin de la rive

Où coulèrent ses premier jours,

Soupirait romance plaintive

Sur la lyre des troubadours.

Car le tegret de sa patrie

Lentement consumait Mandel

Voyant couler sa triste vie

Loin de l'antique tour et du toit patemel.

Son coeur demandait la vallée

Où l'Isère au cours sinueux

Baigne la colline isolée,

Théâtre de ses premiers jeux.

Mais, vains désirs de sa tendresse,

Le courroux du destin cruel

Enchaînait sa vive jeunesse

Loin de l'antique tour et du toit paternel.

Il se rappelait la chapelle,

Qui s'élève sur un rocher,

Dans les bois montrant sa tourelle

Et son solitaire clocher.

Là bégayait sa tendre enfance,

Lorsqu'il offrait à l'Éternel

Les simples voeux de l'innocence

Pour tout ce qu'il aimait sous le toit paternel.

Songeant aux cours abandonnées

Où ce preux de si grand renom,

Bayard, dans ses jeunes années,

Aimait à chausser l'éperon.

Il se disait: «Vers la nuit sombre

Les vieux débris du vieux castel

N'entendront plus mes pas dans l'ombre;

Car je vis exilé loin du toit paternel.»

Ainsi parfois sa rêverie

Inspirait ses tendres accents;

Mais souvent son âme attendrie

Par les pleurs suspendait les chants.

Lors par degrés faible et tremblante,

S'éteignait la voix de Mandel,

Comme au soir la lueur mourante

Du rayon pâlissant sur le toit paternel.