Premiers transports

Berlioz, Hector

Premiers transports que nul n'oublie!

Premiers aveux, premiers serments

De deux amants

Sous les étoiles d'Italie;

Dans cet air chaud et sans zéphyrs

Que l'oranger au loin parfume,

Où se consume

Le rossignol en long soupirs!

Quel art dans sa langue choisie,

Rendrait vos célestes appas?

Premier amour, n'êtes vous pas

Plus haut que toute poésie?

Ou ne seriez-vous point, dans notre exil mortel,

Cette poésie elle-même,

Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprême

Et qu'il remporta dans le ciel!

Heureux enfants aux cœurs de flamme,

Liés d'amour par le hasard

D'un seul regard,

Vivant tous deux d'une seule âme,

Cachez le bien sous l'ombre en fleurs,

Ce feu divin qui vous embrase,

Si pure extase

Que ses paroles sont des pleurs!

Quel roi de vos chastes délires

Croirait égaler les transports?

Heureux enfants! et quels trésors

Payeraient un seul de vos sourires?

Ah! savourez longtemps cette coupe de miel,

Plus suave que les calices

Où les anges de Dieu, jaloux de vos délices,

Puisent le bonheur dans le ciel!