La Damnation de Faust

Berlioz, Hector

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La Damnation de Faust Libretto

HECTOR BERLIOZ (1803–1869)La Damnation de Faust

SYSTEMScène I

Plaines de Hongrie.

Faust, seul, dans les champs au lever du soleil.

FAUSTLe vieil hiver a fait place au printemps;

FAUSTLa nature s’ est rajeunie;

FAUSTDes cieux la coupole infinie

FAUSTLaisse pleuvoir mille feux éclatants.

FAUSTJe sens glisser dans l’ air la brise matinale;

FAUSTDe ma poitrine ardente un souffle pur s’ exhale.

FAUSTJ’ entends autour de moi le réveil des oiseaux,

FAUSTLe long bruissement des plantes et des eaux …

FAUSTOh! qu’ il est doux de vivre au fond des solitudes,

FAUSTLoin de la lutte humaine et loin des multitudes!

SYSTEMScène II

SYSTEMChoeur

PAYSANSLes bergers laissent leurs troupeaux;

PAYSANSPour la fête ils se rendent beaux;

PAYSANSFleurs des champs et rubans sont leur parure;

PAYSANSSous les tilleuls, les voilà tous,

PAYSANSDansant, sautant comme des fous.

PAYSANSHa! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

PAYSANSSuivez donc la mesure!

PAYSANSHa! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

FAUSTQuels sont ces cris? quel est ce bruit lointain?

SYSTEMChoeur

FAUSTTra la la la la la! ha ha!

FAUSTCe sont des villageois, au lever du matin,

FAUSTQui dansent en chantant sur la verte pelouse.

FAUSTDe leurs plaisirs ma misère est jalouse.

SYSTEMChoeur

FAUSTIls passent tous comme l’ éclair,

FAUSTEt les robes volaient en l’ air;

FAUSTMais bientôt on fut moins agile;

FAUSTLe rouge leur montait au front;

FAUSTEt l’ un sur l’ autre dans le rond,

FAUSTHa! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

FAUSTTous tombaient à la file.

FAUSTHa! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

FAUSTNe me touchez donc pas ainsi!

FAUSTPaix! ma femme n’ est point ici!

FAUSTProfitons de la circonstance!

FAUSTDehors il l’ emmena soudain,

FAUSTEt tout pourtant allait son train,

FAUSTHa! ha! ha! ha! ha! ha! Landerida!

FAUSTLa musique et la danse. La, la, la,

FAUSTTra la la la la la! ha ha!

SYSTEMScène III

Une autre partie de la place

Une armée qui s’ avance

FAUSTMais d’ un éclat guerrier les campagnes se parent.

FAUSTAh! les fils du Danube aux combats se préparent!

FAUSTAvec quel air fier et joyeux

FAUSTIls portent leur armure!

FAUSTEt quel feu dans leurs yeux!

FAUSTTout coeur frémit à leur chant de victoire;

FAUSTLe mien seul reste froid, insensible à la gloire.

SYSTEMMarche hongroise

Les troupes passent. Faust s’ éloigne.

SYSTEMScène IV

Nord de l’ Allemagne

Faust seul dans son cabinet de travail

FAUSTSans regrets j’ ai quitté les riantes campagnes

FAUSTOù m’ a suivi l’ ennui;

FAUSTSans plaisirs je revois nos altières montagnes;

FAUSTDans ma vieille cité je reviens avec lui.

FAUSTOh! je souffre! et la nuit sans étoiles,

FAUSTQui vient d’ étendre au loin son silence et ses voiles,

FAUSTAjoute encore à mes sombres douleurs.

FAUSTÔ terre! pour moi seul tu n’ as donc pas de fleurs!

FAUSTPar le monde, où trouver ce qui manque à ma vie?

FAUSTJe cherchais en vain, tout fuit mon âpre envie!

FAUSTAllons, il faut finir! …

FAUSTMais je tremble … Pourquoi

FAUSTTrembler devant l’ abîme entr’ ouvert devant moi?

FAUSTÔ coupe trop longtemps à mes désirs ravie,

FAUSTViens, viens, noble cristal, verse le poison

FAUSTQui doit illuminer

FAUSTOu tuer ma raison.

FAUST(Il porte la coupe à ses lèvres. Sons des cloches.

FAUSTChants religieux dans l’ église voisine.)

FAUSTChant de la Fête de Pâques

SYSTEMChoeur

FAUSTChrist vient de ressusciter!

FAUSTQu’ entends-je?

SYSTEMChoeur

FAUSTQuittant du tombeau

FAUSTLe séjour funeste,

FAUSTAu parvis céleste

FAUSTIl monte plus beau.

FAUSTVers les gloires immortelles

FAUSTTandis qu’ il s’ élance à grands pas.

FAUSTSes disciples fidèles

FAUSTLanguissent ici-bas.

FAUSTHélas! c’ est ici qu’ il nous laisse

FAUSTSous les traits brûlants du malheur.

FAUSTÔ divin maître! ton bonheur

FAUSTEst cause de notre tristesse.

FAUSTÔ divin maître! tu nous laisses

FAUSTSous les traits brûlants du malheur.

FAUSTÔ souvenirs!

FAUSTÔ mon âme tremblante!

FAUSTSur l’ aile de ces chants vas-tu voler aux cieux!

FAUSTLa foi chancelante

FAUSTRevient, me ramenant la paix des jours pieux,

FAUSTMon heureuse enfance,

FAUSTLa douceur de prier,

FAUSTLa pure jouissance

FAUSTD’ errer et de rêver

FAUSTPar les vertes prairies,

FAUSTAux clartés infinies

FAUSTD’ un soleil de printemps!

FAUSTÔ baiser de l’ amour céleste

FAUSTQui remplissait mon coeur de doux pressentiments

FAUSTEt chassait tout désir funeste!

SYSTEMChoeur

FAUSTChrist vient de ressusciter! …

FAUSTMais croyons en sa parole éternelle,

FAUSTNous le suivrons un jour

FAUSTAu céleste séjour

FAUSTOù sa voix nous appelle.

FAUSTHosanna! Hosanna!

FAUSTHélas! doux chants du ciel, pourquoi dans sa poussière

FAUSTRéveiller le maudit!

FAUSTHymnes de la prière,

FAUSTPourquoi soudain venir ébranler mon dessein?

FAUSTVos suaves accords rafraîchissent mon sein.

FAUSTChants plus doux que l’ aurore

FAUSTRetentissez encore,

FAUSTMes larmes ont coulé, le Ciel m’ a reconquis.

SYSTEMScène V

apparaissant brusquement

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ pure émotion!

MÉPHISTOPHÉLÈSEnfant du saint parvis!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe t’ admire, docteur!

MÉPHISTOPHÉLÈSLes pieuses volées

MÉPHISTOPHÉLÈSDe ces cloches d’ argent

MÉPHISTOPHÉLÈSOnt charmé grandement

MÉPHISTOPHÉLÈSTes oreilles troublées!

FAUSTQui donc es-tu, toi dont l’ ardent regard

FAUSTPénètre ainsi que l’ éclat d’ un poignard,

FAUSTEt qui, comme la flamme,

FAUSTBrûle et dévore l’ âme?

MÉPHISTOPHÉLÈSVraiment pour un docteur, la demande est frivole!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis l’ Esprit de Vie, et c’ est moi qui console.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe te donnerai tout, le bonheur, le plaisir,

MÉPHISTOPHÉLÈSTout ce que peut rêver le plus ardent désir!

FAUSTEh bien! pauvre démon, fais-moi voir tes merveilles.

MÉPHISTOPHÉLÈSCertes! j’ enchanterai tes yeux et tes oreilles.

MÉPHISTOPHÉLÈSAu lieu de t’ enfermer, triste comme le ver

MÉPHISTOPHÉLÈSQui ronge tes bouquins,

MÉPHISTOPHÉLÈSViens, suis-moi, change d’ air.

FAUSTJ’ y consens.

MÉPHISTOPHÉLÈSPartons donc pour connaître la vie.

MÉPHISTOPHÉLÈSEt laisse le fatras de la philosophie.

Ils partent.

SYSTEMScène VI

La cave d’ Auerbach à Leipzig

BUVEURSA boire encor!

BUVEURSDu vin

BUVEURSDu Rhin!

MÉPHISTOPHÉLÈSVoici, Faust, un séjour de la folle compagnie.

MÉPHISTOPHÉLÈSIci vins et chansons réjouissent la vie.

SYSTEMChoeur de Buveurs

BUVEURSOh! qu’ il fait bon quand le ciel tonne

BUVEURSRester près d’ un bol enflammé,

BUVEURSEt se remplir comme une tonne

BUVEURSDans un cabaret enfumé!

BUVEURSJ’ aime le vin et cette eau blonde

BUVEURSQui fait oublier le chagrin.

BUVEURSQuand ma mère me mit au monde,

BUVEURSJ’ eus un ivrogne pour parrain.

BUVEURSOh! qu’ il fait bon quand le ciel tonne …

BUVEURSQui sait quelque plaisante histoire?

BUVEURSEn riant le vin est meilleur.

BUVEURSA toi, Brander! Il n’ a plus de mémoire!

ivre

BRANDERJ’ en sais une, et j’ en suis l’ auteur.

BUVEURSEh bien donc! vite!

BRANDERPuis qu’ on m’ invite,

BRANDERJe vais vous chanter de nouveau.

BUVEURSBravo! bravo!

SYSTEMChanson de Brander

BRANDERCertain rat, dans une cuisine

BRANDEREtabli, comme un vrai frater,

BRANDERS’ y traiter si bien que sa mine

BRANDEREût fait envie au gros Luther.

BRANDERMais un beau jour le pauvre diable,

BRANDEREmpoisonné sauta dehors

BRANDERAussi triste, aussi misérable

BRANDERQue s’ il eût eu l’ amour au corps.

BUVEURSQue s’ il eût eu l’ amour au corps.

BRANDERIl courait devant et derrière;

BRANDERIl grattait, reniflait, mordait,

BRANDERParcourait la maison entière;

BRANDERLa rage à ses maux ajoutait,

Au point qu’ à l’ aspect du délire

BRANDERQui consumait ses vains efforts,

BRANDERLes mauvais plaisants pouvaient dire:

BRANDERCe rat a bien l’ amour au corps!

BUVEURSCe rat a bien l’ amour au corps!

BRANDERDans le fourneau le pauvre sire

BRANDERCrut pourtant se cacher très bien;

BRANDERMais il se trompait, et le pire,

BRANDERC’ est qu’ on l’ y fit rôtir enfin.

BRANDERLa servante, méchante fille,

BRANDERDe son malheur rit bien alors!

BRANDERAh! disait-elle, comme il grille!

BRANDERIl a vraiment l’ amour au corps!

BUVEURSIl a vraiment l’ amour au corps!

BUVEURSRequiescat in pace. Amen.

BRANDERPour l’ Amen une fugue! une fugue, un choral!

BRANDERImprovisons un morceau magistral!

bas à Faust

MÉPHISTOPHÉLÈSEcoute bien ceci! nous allons voir, docteur,

MÉPHISTOPHÉLÈSLa bestialité dans toute sa candeur.

MÉPHISTOPHÉLÈSFugue sur le thème de la Chanson de Brander

BRANDER ET BUVEURSAmen, amen, amen …

MÉPHISTOPHÉLÈSVrai dieu! messieurs, votre fugue est fort belle,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt telle

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ à l’ entendre on se croit aux saints lieux.

MÉPHISTOPHÉLÈSSouffrez qu’ on vous le dise:

MÉPHISTOPHÉLÈSLe style en est savant, vraiment religieux;

MÉPHISTOPHÉLÈSOn ne saurait exprimer mieux

MÉPHISTOPHÉLÈSLes sentiments pieux

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ en terminant ses prières l’ église

MÉPHISTOPHÉLÈSEn un seul mot résume.

MÉPHISTOPHÉLÈSMaintenant,

MÉPHISTOPHÉLÈSPuis-je à mon tour riposter par un chant

MÉPHISTOPHÉLÈSSur un sujet non moins touchant

MÉPHISTOPHÉLÈSQue le vôtre?

BUVEURSAh ça! mais se moque-t-il de nous?

BUVEURSQuel est cet homme?

BUVEURSOh! qu’ il est pâle et comme

BUVEURSSon poil est roux.

BUVEURSN’ importe! Volontiers! Autre chanson! A vous!

SYSTEMChanson de Méphistophélès

MÉPHISTOPHÉLÈSUne puce gentille

MÉPHISTOPHÉLÈSChez un prince logeait.

MÉPHISTOPHÉLÈSComme sa propre fille,

MÉPHISTOPHÉLÈSLe brave homme l’ aimait,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt, l’ histoire assure,

MÉPHISTOPHÉLÈSPar son tailleur un jour

MÉPHISTOPHÉLÈSLui fit prendre mesure

MÉPHISTOPHÉLÈSPour un habit de cour.

MÉPHISTOPHÉLÈSL’ insecte, plein de joie

MÉPHISTOPHÉLÈSDès qu’ il se vit paré

MÉPHISTOPHÉLÈSD’ or, de velours, de soie,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt de croix décoré,

MÉPHISTOPHÉLÈSFit venir de province

MÉPHISTOPHÉLÈSSes frères et ses soeurs

MÉPHISTOPHÉLÈSQui, par ordre du prince,

MÉPHISTOPHÉLÈSDevinrent grands seigneurs.

MÉPHISTOPHÉLÈSMais ce qui fut bien pire,

MÉPHISTOPHÉLÈSC’ est que les gens de cour,

MÉPHISTOPHÉLÈSSans en oser rien dire,

MÉPHISTOPHÉLÈSSe grattaient tout le jour.

MÉPHISTOPHÉLÈSCruelle politique!

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! plaignons leur destin,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt, dès qu’ une nous pique,

MÉPHISTOPHÉLÈSEcrasons-la soudain!

BUVEURSBravo! bravo! bravo! ha! ha!

BUVEURSOui, écrasons-la soudain!

FAUSTAssez! fuyons ces lieux, où la parole est vile,

FAUSTLa joie ignoble et le geste brutal!

FAUSTN’ as-tu d’ autres plaisirs, un séjour plus tranquille

FAUSTA me donner, toi, mon guide infernal?

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! ceci te déplaît? suis-moi!

Ils partent.

SYSTEMScène VII

Bosquets et prairies du bord de l’ Elbe

MÉPHISTOPHÉLÈSVoici des roses,

MÉPHISTOPHÉLÈSDe cette nuit écloses.

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ce lit embaumé.

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ mon Faust bien-aimé,

MÉPHISTOPHÉLÈSRepose!

MÉPHISTOPHÉLÈSDans un voluptueux sommeil

MÉPHISTOPHÉLÈSOù glissera sur toi plus d’ un baiser vermeil,

MÉPHISTOPHÉLÈSOù des fleurs pour ta couche ouvriront leurs corolles,

MÉPHISTOPHÉLÈSTon oreille entendra de divines paroles.

MÉPHISTOPHÉLÈSEcoute! écoute!

MÉPHISTOPHÉLÈSLes esprits de la terre et de l’ air

MÉPHISTOPHÉLÈSCommencent pour ton rêve un suave concert.

SYSTEMChoeur de gnomes et de sylphes

GNOMES ET SYLPHESDors, dors, heureux Faust;

GNOMES ET SYLPHESBientôt, oui, bientôt, sous un voile

GNOMES ET SYLPHESD’ or et d’ azur, heureux Faust,

GNOMES ET SYLPHESTes yeux vont se fermer,

GNOMES ET SYLPHESAu front des cieux va briller ton étoile,

GNOMES ET SYLPHESSonges d’ amour vont enfin te charmer.

MÉPHISTOPHÉLÈSHeureux Faust,

MÉPHISTOPHÉLÈSBientôt, sous un voile

MÉPHISTOPHÉLÈSD’ or et d’ azur,

MÉPHISTOPHÉLÈSTes yeux vont se fermer.

GNOMES ET SYLPHESDe sites ravissants

GNOMES ET SYLPHESLa campagne se couvre,

GNOMES ET SYLPHESEt notre oeil y découvre

GNOMES ET SYLPHESDes fleurs, des bois, des champs,

GNOMES ET SYLPHESEt d’ épaisses feuillées,

GNOMES ET SYLPHESOù de tendres amants

GNOMES ET SYLPHESPromènent leurs pensées.

FAUSTAh! sur mes yeux déjà s’ étend un voile.

MÉPHISTOPHÉLÈSAu front des cieux va briller ton étoile.

GNOMES ET SYLPHESMais plus loin sont couverts

GNOMES ET SYLPHESLes longs rameaux des treilles

GNOMES ET SYLPHESDe bourgeons, pampres verts,

GNOMES ET SYLPHESEt de grappes vermeilles.

GNOMES ET SYLPHESLe long de la vallée,

GNOMES ET SYLPHESVois ces jeunes amants

GNOMES ET SYLPHESOublier les instants

GNOMES ET SYLPHESSous la fraîche feuillée!

GNOMES ET SYLPHESUne beauté les suit

GNOMES ET SYLPHESIngénue et pensive;

GNOMES ET SYLPHESA sa paupière luit

GNOMES ET SYLPHESUne larme furtive.

MÉPHISTOPHÉLÈSUne beauté les suit.

MÉPHISTOPHÉLÈSFaust, elle t’ aimera.

endormi

FAUSTMargarita!

FAUSTMéphistophélès, gnomes et sylphes

FAUSTLe lac étend ses flots à l’ entour des montagnes;

FAUSTDans les vertes campagnes

FAUSTIl serpente en ruisseaux.

GNOMES ET SYLPHESLà de chants d’ allégresse

GNOMES ET SYLPHESLa rive retentit.

GNOMES ET SYLPHESHa!

GNOMES ET SYLPHESD’ autres choeurs là sans cesse

GNOMES ET SYLPHESLa danse nous ravit.

GNOMES ET SYLPHESLes uns gaiement s’ avancent

GNOMES ET SYLPHESAutour des côteaux verts!

GNOMES ET SYLPHESHa!

GNOMES ET SYLPHESDe plus hardis s’ élancent

GNOMES ET SYLPHESAu sein des flots amers.

rêvant

FAUSTMargarita! Ô Margarita!

FAUSTMéphistophélès, gnomes et sylphes

FAUSTLe lac étend ses flots à l’ entour des montagnes;

FAUSTDans les vertes campagnes

FAUSTIl serpente en ruisseaux.

GNOMES ET SYLPHESPartout l’ oiseau timide,

GNOMES ET SYLPHESCherchant l’ ombre et le frais,

GNOMES ET SYLPHESS’ enfuit d’ un vol rapide

GNOMES ET SYLPHESAu milieu des marais.

MÉPHISTOPHÉLÈSLe charme opère; il est à nous!

FAUSTMargarita!

GNOMES ET SYLPHESTous, pour goûter la vie,

GNOMES ET SYLPHESCherchent dans les cieux

GNOMES ET SYLPHESUne étoile chérie

GNOMES ET SYLPHESQui s’ alluma pour eux.

GNOMES ET SYLPHESDors, dors, heureux Faust, dors, dors!

MÉPHISTOPHÉLÈSC’ est bien, c’ est bien, jeunes Esprits, je suis content

MÉPHISTOPHÉLÈSde vous.

MÉPHISTOPHÉLÈSBercez, bercez son sommeil enchanté!

SYSTEMBallet des sylphes

(Les esprits de l’ air se balancent quelque temps

en silence autour de Faust endormi et disparaissent

peu à peu.)

s’ éveillant en sursaut

FAUSTMargarita!

FAUSTQu’ ai-je vu! qu’ ai-je vu!

FAUSTQuelle céleste image! quel ange

FAUSTAu front mortel!

FAUSTOù le trouver? Vers quel autel

FAUSTTraîner à ses pieds ma louange!

MÉPHISTOPHÉLÈSEh bien! il faut me suivre encor

MÉPHISTOPHÉLÈSJusqu’ à cette alcôve embaumée

MÉPHISTOPHÉLÈSOù repose ta bien-aimée.

MÉPHISTOPHÉLÈSA toi seul ce divin trésor!

MÉPHISTOPHÉLÈSDes étudiants voici la joyeuse cohorte

MÉPHISTOPHÉLÈSQui va passer devant sa porte;

MÉPHISTOPHÉLÈSParmi ces jeunes fous, au bruit de leurs chansons,

MÉPHISTOPHÉLÈSVers ta beauté nous parviendrons.

MÉPHISTOPHÉLÈSMais contiens les transports et suis bien mes leçons.

SYSTEMScène VIII

SYSTEMFinal: Choeur d’ étudiants et de soldats marchant

ETUDIANTS ET SOLDATSVilles entourées

ETUDIANTS ET SOLDATSDe murs et remparts,

ETUDIANTS ET SOLDATSFillettes sucrées,

ETUDIANTS ET SOLDATSAux malins regards,

ETUDIANTS ET SOLDATSVictoire certaine

ETUDIANTS ET SOLDATSPrès de vous m’ attend;

ETUDIANTS ET SOLDATSSi grande est la peine,

ETUDIANTS ET SOLDATSLe prix est plus grand.

ETUDIANTS ET SOLDATSAu son des trompettes,

ETUDIANTS ET SOLDATSLes braves soldats

ETUDIANTS ET SOLDATSS’ élancent aux fêtes

ETUDIANTS ET SOLDATSOu bien aux combats;

ETUDIANTS ET SOLDATSFillettes et villes

ETUDIANTS ET SOLDATSFont les difficiles;

ETUDIANTS ET SOLDATSBientôt tout se rend.

SYSTEMChanson d’ étudiants

ETUDIANTSJam nox stellata velamina pandit;

ETUDIANTSNunc, nunc bibendum et amandum est!

ETUDIANTSVita brevis fugaxque voluptas.

ETUDIANTSGaudeamus igitur, gaudeamus!

ETUDIANTSNobis subridente lunâ

ETUDIANTSper urbem quærentes puellas eamus!

ETUDIANTSUt cras, fortunati Cæsares, dicamus:

ETUDIANTSVeni, vidi, vici!

ETUDIANTSGaudeamus igitur!

SYSTEMChoeur de soldats et chanson des étudiants

ETUDIANTS ET SOLDATSVilles entourées etc.

FAUST ET MÉPHISTOPHÉLÈSJam nox stellata etc.

TROISIÈME PARTIETambours et trompettes sonnant la retraite

SYSTEMScène IX

le soir dans la chambre de Marguerite

FAUSTMerci, doux crépuscule!

FAUSTOh! sois le bienvenu!

FAUSTEclaire enfin ces lieux, sanctuaire inconnu,

FAUSTOù je sens à mon front glisser comme un beau rêve,

Comme le frais baiser d’ un matin qui se lève.

FAUSTC’ est de l’ amour, j’ espère.

FAUSTOh! comme on sent ici

FAUSTS’ envoler le souci!

FAUSTQue j’ aime ce silence, et comme je respire

FAUSTUn air pur! …

FAUSTÔ jeune fille!

FAUSTÔ ma charmante!

FAUSTÔ ma trop idéale amante!

FAUSTQuel sentiment j’ éprouve en ce moment fatal!

FAUSTQue j’ aime à contempler ton chevet virginal!

FAUSTQuel air pur je respire!

FAUSTSeigneur! Seigneur!

FAUSTAprès ce long martyre,

FAUSTQue de bonheur!

FAUST(Faust, marchant lentement, examine avec une

FAUSTcuriosité passionnée l’ intérieur de la chambre

FAUSTde Marguerite.)

SYSTEMScène X

accourant

MÉPHISTOPHÉLÈSJe l’ entends!

MÉPHISTOPHÉLÈSSous ces rideaux de soie

MÉPHISTOPHÉLÈSCache-toi.

FAUSTDieu! mon coeur se brise dans la joie!

MÉPHISTOPHÉLÈSProfite des instants.

MÉPHISTOPHÉLÈSAdieu, modère-toi,

MÉPHISTOPHÉLÈSOu tu la perds.

Il cache Faust sous les rideaux.

MÉPHISTOPHÉLÈSBien. Mes follets et moi

MÉPHISTOPHÉLÈSNous allons vous chanter un bel épithalame.

Il sort.

FAUSTOh! calme-toi, mon âme!

SYSTEMScène XI

Entre Marguerite une lampe à la main. Faust se cache.

MARGUERITEQue l’ air est étouffant!

MARGUERITEJ’ ai peur comme une enfant.

MARGUERITEC’ est mon rêve d’ hier qui m’ a toute troublée …

MARGUERITEEn songe je l’ ai vu … lui … mon futur amant.

MARGUERITEQu’ il était beau!

MARGUERITEDieu! j’ étais tant aimée!

MARGUERITEEt combien je l’ aimais!

MARGUERITENous verrons-nous jamais

MARGUERITEDans cette vie? …

MARGUERITEFolie!

MARGUERITELe roi de Thulé - Chanson gothique

elle chante en tressant ses cheveux

MARGUERITEAutrefois un roi de Thulé,

MARGUERITEQui jusqu’ au tombeau fut fidèle,

MARGUERITEReçut, à la mort de sa belle,

MARGUERITEUne coupe d’ or ciselé.

MARGUERITEComme elle ne le quittait guère,

MARGUERITEDans les festins les plus joyeux,

MARGUERITEToujours une larme légère

MARGUERITEA sa vue humectait ses yeux.

MARGUERITECe prince, à la fin de sa vie,

MARGUERITELègue ses villes et son or,

MARGUERITEExcepté la coupe chérie

MARGUERITEQu’ à la main il conserve encor.

MARGUERITEIl fait, à sa table royale,

MARGUERITEAsseoir ses barons et ses pairs,

MARGUERITEAu milieu de l’ antique salle

MARGUERITED’ un château que baignaient les mers.

Le buveur se lève et s’ avance

MARGUERITEAuprès d’ un vieux balcon doré;

MARGUERITEIl boit, et soudain sa main lance

MARGUERITEDans les flots le vase sacré!

MARGUERITELe vase tombe: l’ eau bouillonne,

MARGUERITEPuis se calme aussitôt après.

MARGUERITELe vieillard pâlit et frissonne:

MARGUERITEIl ne boira plus désormais.

MARGUERITEAutrefois un roi … de Thulé

MARGUERITEJusqu’ au tombeau … fut fidèle …

MARGUERITEAh!

SYSTEMScène XII

Une rue devant la maison de Marguerite

MÉPHISTOPHÉLÈSEsprits des flammes inconstantes,

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourez! j’ ai besoin de vous.

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourez! accourez!

MÉPHISTOPHÉLÈSFollets capricieux, vos lueurs malfaisantes

MÉPHISTOPHÉLÈSVont charmer une enfant et l’ amener à nous.

MÉPHISTOPHÉLÈSAu nom du Diable, en danse!

MÉPHISTOPHÉLÈSEt vous, marquez bien la cadence,

MÉPHISTOPHÉLÈSMénétriers d’ enfer, ou je vous éteins tous!

(Les follets exécutent des évolutions et des danses

bizarres autour de la maison de Marguerite.)

il fait les mouvements d’ un homme qui joue de la vielle

MÉPHISTOPHÉLÈSMaintenant,

MÉPHISTOPHÉLÈSChantons à cette belle une chanson morale,

MÉPHISTOPHÉLÈSPour la perdre plus sûrement.

MÉPHISTOPHÉLÈSDevant la maison

MÉPHISTOPHÉLÈSDe celui qui t’ adore,

MÉPHISTOPHÉLÈSPetite Louison,

MÉPHISTOPHÉLÈSQue fais-tu dès l’ aurore?

MÉPHISTOPHÉLÈSAu signal du plaisir,

MÉPHISTOPHÉLÈSDans la chambre du drille,

MÉPHISTOPHÉLÈSTu peux bien entrer fille,

MÉPHISTOPHÉLÈSMais non fille en sortir.

MÉPHISTOPHÉLÈSDevant la maison …

FOLLETSQue fais-tu? Ha!

MÉPHISTOPHÉLÈSIl te tend les bras:

MÉPHISTOPHÉLÈSPrès de lui

MÉPHISTOPHÉLÈSTu cours vite.

MÉPHISTOPHÉLÈSBonne nuit, hélas!

MÉPHISTOPHÉLÈSMa petite, bonne nuit.

MÉPHISTOPHÉLÈSPrès du moment fatal

MÉPHISTOPHÉLÈSFais grande résistance,

MÉPHISTOPHÉLÈSS’ il ne t’ offre d’ avance

MÉPHISTOPHÉLÈSUn anneau conjugal.

FOLLETSIl te tend les bras …

FOLLETSHa!

MÉPHISTOPHÉLÈSChut! disparaissez!

Les follets disparaissent.

MÉPHISTOPHÉLÈSSilence!

MÉPHISTOPHÉLÈSAllons voir roucouler nos tourtereaux.

SYSTEMScène XIII

Chambre de Marguerite

apercevant Faust

MARGUERITEGrand Dieu!

MARGUERITEQue vois-je! … est-ce bien lui? dois-je croire mes yeux? …

FAUSTAnge adoré dont la céleste image

FAUSTAvant de te connaître illuminait mon coeur,

FAUSTEnfin je t’ aperçois, et du jaloux nuage

FAUSTQui te cachait encor mon amour est vainqueur.

FAUSTMarguerite, je t’ aime!

MARGUERITETu sais mon nom?

MARGUERITEMoi-même

MARGUERITEJ’ ai souvent dit le tien:

timidement

MARGUERITEFaust! …

FAUSTCe nom est le mien;

FAUSTUn autre le sera, s’ il te plaît davantage.

MARGUERITEEn songe, je t’ ai vu tel que je revois.

FAUSTEn songe! … tu m’ as vu?

MARGUERITEJe reconnais ta voix

MARGUERITETes traits, ton doux langage …

FAUSTEt tu m’ aimais?

MARGUERITEJe t’ attendais.

FAUSTMarguerite adorée!

MARGUERITEMa tendresse inspirée

MARGUERITEEtait d’ avance à toi.

FAUSTMarguerite est à moi!

MARGUERITEMon bien-aimé, ta noble et douce image,

MARGUERITEAvant de te connaître, illuminait mon coeur!

FAUSTAh! Ange adoré dont la céleste image,

FAUSTAvant de te connaître, illuminait mon coeur!

LES DEUXEnfin je t’ aperçois, et du jaloux nuage

LES DEUXQui te cachait encor ton amour est vainqueur.

FAUSTMarguerite, ô tendresse!

MARGUERITEJe ne sais quelle ivresse

MARGUERITEDans ses bras me conduit.

FAUSTCède à l’ ardente ivresse

FAUSTQui vers toi m’ a conduit.

MARGUERITEBrûlante enchanteresse

MARGUERITEDans tes bras me conduit.

MARGUERITEQuelle langueur s’ empare de mon être!

FAUSTAu vrai bonheur dans mes bras tu vas naître,

FAUSTViens, viens, viens, viens …

MARGUERITEDans mes yeux des pleurs …

MARGUERITETout s’ efface …

MARGUERITEJe meurs …

MARGUERITETout s’ efface … ah!

MARGUERITEJe meurs! …

SYSTEMScène XIV

SYSTEMTrio et choeur

entrant brusquement

MÉPHISTOPHÉLÈSAllons, il est trop tard!

MARGUERITEQuel est cet homme?

FAUSTUn sot.

MÉPHISTOPHÉLÈSUn ami.

MARGUERITESon regard

MARGUERITEMe déchire le coeur.

MÉPHISTOPHÉLÈSSans doute je dérange …

FAUSTQui t’ a permis d’ entrer?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl faut sauver cet ange!

MÉPHISTOPHÉLÈSDéjà tous les voisins, éveillés par nos chants,

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourent, désignant la maison aux passants;

MÉPHISTOPHÉLÈSEn raillant Marguerite, ils appellent sa mère.

MÉPHISTOPHÉLÈSLa vieille va venir …

FAUSTQue faire?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl faut partir!

FAUSTDamnation!

MÉPHISTOPHÉLÈSVous vous verrez demain; la consolation

MÉPHISTOPHÉLÈSEst bien près de la peine.

MARGUERITEOui, demain, bien-aimé!

MARGUERITEDans la chambre prochaine

MARGUERITEDéjà j’ entends du bruit.

FAUSTAdieu donc, belle nuit

FAUSTA peine commencée!

FAUSTAdieu, festin d’ amour

FAUSTQue je m’ étais promis!

MÉPHISTOPHÉLÈSPartons, voilà le jour!

FAUSTTe reverrai-je encor,

FAUSTHeure trop fugitive,

FAUSTOù mon âme au bonheur allait enfin s’ ouvrir!

VOISINSHolà, mère Oppenheim, vois ce que fait ta fille!

MÉPHISTOPHÉLÈSLa foule arrive,

MÉPHISTOPHÉLÈSHâtons nous de partir!

VOISINSL’ avis n’ est pas hors de saison;

VOISINSUn galant est dans ta maison,

VOISINSEt tu verras dans peu s’ accroître ta famille.

VOISINSHolà! holà!

MARGUERITECiel! Ciel! entends-tu ces cris?

MARGUERITEDevant Dieu, je suis morte

MARGUERITESi l’ on te trouve ici!

MÉPHISTOPHÉLÈSViens, on frappe à la porte!

FAUSTÔ fureur!

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ sottise!

MARGUERITEAdieu, adieu, par le jardin

MARGUERITEVous pouvez échapper.

FAUSTÔ mon ange! à demain!

MÉPHISTOPHÉLÈSA demain! à demain!

MARGUERITEÔ mon Faust!

MARGUERITEJe te donne ma vie.

MARGUERITEL’ amour s’ est emparé de mon âme ravie,

MARGUERITEIl m’ entraîne, te perdre, c’ est mourir.

MARGUERITEÔ mon Faust bien aimé, je te donne ma vie,

MARGUERITEÔ mon Faust!

FAUSTJe connais donc enfin le prix de la vie,

FAUSTLe bonheur m’ apparaît, il m’ appelle et je vais le

FAUSTsaisir.

FAUSTL’ amour s’ est emparé de mon âme ravie,

FAUSTIl comblera bientôt mon dévorant désir.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe puis donc te traîner dans la vie,

MÉPHISTOPHÉLÈSFier esprit!

MÉPHISTOPHÉLÈSLe moment approche où je vais te saisir.

MÉPHISTOPHÉLÈSSans combler ton dévorant désir.

MÉPHISTOPHÉLÈSL’ amour en t’ enivrant doublera ta folie.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe puis donc à mon gré te traîner dans la vie,

MÉPHISTOPHÉLÈSFier esprit!

MÉPHISTOPHÉLÈSLe moment approche où je vais te saisir.

VOISINSUn galant est dans ta maison,

VOISINSEt tu verras dans peu s’ accroître ta famille.

VOISINSAh! ah! ah! ah!

SYSTEMScène XV

Chambre de Marguerite

MARGUERITED’ amour l’ ardente flamme,

MARGUERITEConsume mes beaux jours.

MARGUERITEAh! la paix de mon âme

MARGUERITEA donc fui pour toujours!

MARGUERITESon départ, son absence

MARGUERITESont pour moi le cercueil,

MARGUERITEEt loin de sa présence,

Tout me paraît en deuil.

MARGUERITEAlors ma pauvre tête

MARGUERITESe dérange bientôt,

MARGUERITEMon faible coeur s’ arrête,

MARGUERITEPuis se glace aussitôt.

MARGUERITESa marche que j’ admire,

MARGUERITESon port si gracieux,

MARGUERITESa bouche au doux sourire,

MARGUERITELe charme de ses yeux,

MARGUERITESa voix enchanteresse,

MARGUERITEDont il sait m’ embraser,

MARGUERITEDe sa main, la caresse,

MARGUERITEHélas! et son baiser,

MARGUERITED’ une amoureuse flamme,

MARGUERITEConsument mes beaux jours!

MARGUERITEAh! la paix de mon âme

MARGUERITEA donc fui pour toujours!

MARGUERITEJe suis à ma fenêtre,

MARGUERITEOu dehors, tout le jour -

MARGUERITEC’ est pour le voir paraître,

MARGUERITEOu hâter son retour.

MARGUERITEMon coeur bat et se presse

MARGUERITEDès qu’ il le sent venir,

MARGUERITEAu gré de ma tendresse,

MARGUERITEPuis-je le retenir!

MARGUERITEÔ caresses de flamme!

MARGUERITEQue je voudrais un jour

MARGUERITEVoir s’ exhaler mon âme

MARGUERITEDans ses baisers d’ amour!

SOLDATSAu son des trompettes,

SOLDATSLes braves soldats,

SOLDATSS’ élancent aux fêtes

SOLDATSOu bien aux combats.

MARGUERITEBientôt la ville entière au repos va se rendre.

SOLDATSSi grande est la peine,

SOLDATSLe prix est plus grand.

MARGUERITEClairons, tambours du soir déjà se font entendre

MARGUERITEAvec des chants joyeux,

MARGUERITEComme au soir où l’ amour offrit Faust à mes yeux.

ETUDIANTSJam nox stellata velamina pandit;

ETUDIANTSPer urbem quærentes puellas eamus!

MARGUERITEIl ne vient pas,

MARGUERITEHélas!

SYSTEMScène XVI

Forêts et cavernes

FAUSTNature immense, impénétrable et fière,

FAUSTToi seule donne trève à mon ennui sans fin.

FAUSTSur ton sein tout puissant je sens moins ma misère,

FAUSTJe retrouve ma force, et crois vivre enfin.

FAUSTOui, soufflez, ouragans! Criez, forêts profondes!

FAUSTCroulez, rochers! Torrents, précipitez vos ondes!

FAUSTA vos bruits souverains ma voix aime à s’ unir.

FAUSTForêts, rochers, torrents, je vous adore!

FAUSTMondes, qui scintillez,

FAUSTVers vous s’ élance le désir

FAUSTD’ un coeur trop vaste et d’ une âme altérée

FAUSTD’ un bonheur qui la fuit.

SYSTEMScène XVII

MÉPHISTOPHÉLÈS(

gravissant les rochers

MÉPHISTOPHÉLÈSA la voûte azurée

MÉPHISTOPHÉLÈSAperçois-tu, dis-moi, l’ astre de l’ amour constant?

MÉPHISTOPHÉLÈSSon influence, ami, serait fort nécessaire,

MÉPHISTOPHÉLÈSCar tu rêves ici, quand cette pauvre enfant,

MÉPHISTOPHÉLÈSMarguerite …

FAUSTTais-toi!

MÉPHISTOPHÉLÈSSans doute il faut me taire,

MÉPHISTOPHÉLÈSTu n’ aimes plus!

MÉPHISTOPHÉLÈSPourtant en un cachot traînée,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt pour un parricide à la mort condamnée …

FAUSTQuoi!

MÉPHISTOPHÉLÈSJ’ entends des chasseurs qui parcourent les bois.

FAUSTAchève, qu’ as-tu dit?

FAUSTMarguerite en prison?

MÉPHISTOPHÉLÈSCertaine liqueur brune, un innocent poison,

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ elle tenait de toi, pour endormir sa mère

MÉPHISTOPHÉLÈSPendants vos nocturnes amours,

MÉPHISTOPHÉLÈSA causé tout le mal.

MÉPHISTOPHÉLÈSCaressant sa chimère,

MÉPHISTOPHÉLÈST’ attendant chaque soir, elle en usait toujours.

MÉPHISTOPHÉLÈSElle en a tant usé que la vieille en est morte.

MÉPHISTOPHÉLÈSTu comprends maintenant.

FAUSTFeux et tonnerre!

MÉPHISTOPHÉLÈSEn sorte

MÉPHISTOPHÉLÈSQue son amour pour toi la conduit …

FAUST(

avec fureur

FAUSTSauve-la.

FAUSTSauve-la, misérable!

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! je suis le coupable!

MÉPHISTOPHÉLÈSOn vous reconnaît là,

MÉPHISTOPHÉLÈSRidicules humains!

MÉPHISTOPHÉLÈSN’ importe!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis le maître encor de t’ ouvrir cette porte;

MÉPHISTOPHÉLÈSMais qu’ as-tu fais pour moi

MÉPHISTOPHÉLÈSDepuis que je te sers?

FAUSTQu’ exiges-tu?

MÉPHISTOPHÉLÈSDe toi?

MÉPHISTOPHÉLÈSRien qu’ une signature

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ce vieux parchemin.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe sauve Marguerite à l’ instant, si tu jures

MÉPHISTOPHÉLÈSEt signes ton serment de me servir demain.

FAUSTEh! que me fait

FAUSTDemain, quand je souffre à cette heure?

FAUSTDonne.

FAUST(

Il signe.

FAUSTVoilà mon nom.

FAUSTVers sa sombre demeure

FAUSTVolons donc maintenant.

FAUSTÔ douleur insensée!

FAUSTMarguerite, j’ accours!

MÉPHISTOPHÉLÈSA moi, Vortex! Giaour!

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ces deux noirs chevaux,

MÉPHISTOPHÉLÈSprompts comme la pensée.

MÉPHISTOPHÉLÈSMontons et au galop!

MÉPHISTOPHÉLÈSLa justice est pressée.

MÉPHISTOPHÉLÈS(

Ils partent.

SYSTEMScène XVIII

Plaines, montagnes et vallées.

Faust et Méphistophélès galopant sur deux chevaux noirs.

FAUSTDans mon coeur retentit sa voix désespérée …

FAUSTÔ pauvre abandonnée!

PAYSANS(

agenouillés devant une croix champêtre

PAYSANSSancta Maria, ora pro nobis.

PAYSANSSancta Magdalena, ora pro nobis.

FAUSTPrends garde à ces enfants, à ces femmes priant

FAUSTAu pied de cette croix.

MÉPHISTOPHÉLÈSEh! qu’ importe! en avant!

MÉPHISTOPHÉLÈSPaysans

MÉPHISTOPHÉLÈSSancta Margarita …

MÉPHISTOPHÉLÈS(

cri d’ effroi

MÉPHISTOPHÉLÈSAh!!!

MÉPHISTOPHÉLÈS(

Les femmes et les enfants se dispersent épouvantés.

FAUSTDieux! un monstre hideux en hurlant nous poursuit!

MÉPHISTOPHÉLÈSTu rêves!

FAUSTQuel essaim de grands oiseaux de nuit!

FAUSTQuels cris affreux! … ils me frappent de l’ aile!

MÉPHISTOPHÉLÈS(

retenant son cheval

MÉPHISTOPHÉLÈSLe glas des trépassés sonne déjà pour elle.

MÉPHISTOPHÉLÈSAs-tu peur? retou-rnons!

MÉPHISTOPHÉLÈS(

Ils s’ arrêtent.

FAUSTNon, je l’ entends, courons!

FAUST(

Les chevaux redoublent de vitesse.

MÉPHISTOPHÉLÈS(

excitant son cheval

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! hop! hop!

FAUSTRegarde, autour de nous, cette ligne infinie

FAUSTDe squelettes dansant!

FAUSTAvec quel rire horrible ils saluent en passant!

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! pense à sauver sa vie,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt ris-toi des morts!

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! hop!

FAUST(

de plus en plus épouvanté et haletant

FAUSTNos chevaux frémissent,

FAUSTLeurs crins se hérissent,

FAUSTIls brisent leurs mors!

FAUSTJe vois onduler

FAUSTDevant nous la terre;

FAUSTJ’ entends le tonnere

FAUSTSous nos pieds rouler!

FAUSTIl pleut du sang! …

MÉPHISTOPHÉLÈS(

d’ une voix tonnante

MÉPHISTOPHÉLÈSCohortes infernales!

MÉPHISTOPHÉLÈSSonnez, sonnez vos trompettes triomphales,

MÉPHISTOPHÉLÈSIl est à nous!

MÉPHISTOPHÉLÈS(

Ils tombent dans un gouffre.

FAUSTHorreur! Ah!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis vainqueur!

SYSTEMScène XIX

DAMNÉS ET DÉMONSHa! Irimiru Karabrao!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Has!

LES PRINCES DES TÉNÈBRESDe cette âme si fière

LES PRINCES DES TÉNÈBRESA jamais es-tu maître et vainqueur, Méphisto?

MÉPHISTOPHÉLÈSJ’ en suis maître à jamais.

MÉPHISTOPHÉLÈSLes Princes des Ténèbres

MÉPHISTOPHÉLÈSFaust a donc librement

MÉPHISTOPHÉLÈSSigné l’ acte fatal qui le livre à nos flammes?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl signa librement.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has!

DAMNÉS ET DÉMONS(

Les démons portent Méphistophélès en triomphe.

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun Marexil firtrudinxé burrudixé.

DAMNÉS ET DÉMONSFory my dinkorlitz.

DAMNÉS ET DÉMONSO mérikariu O midara caraibo lakinda,

DAMNÉS ET DÉMONSmérondor dinkorlitz.

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun marexil,

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun burrudix?

DAMNÉS ET DÉMONSTrudinxé caraibo.

DAMNÉS ET DÉMONSFir omévixé mérondor.

DAMNÉS ET DÉMONSMit aysko, mérondor, mit aysko! Oh!

DAMNÉS ET DÉMONS(

Les démons dansent autour de Méphistophélès.

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! mérondor, mérondor aysko!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Satan.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Belphégor,

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Méphisto,

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Kroïx!

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! Astaroth,

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! Belzébuth, Belphégor, Astaroth, Méphisto!

DAMNÉS ET DÉMONSSat, sat rayk irkimour.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Méphisto!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Irimiru karabrao!

EPILOGUE SUR LA TERREDamnés et démons

EPILOGUE SUR LA TERREAlors l’ enfer se tut.

EPILOGUE SUR LA TERREL’ affreux bouillonnement de ces grands lacs de flammes,

EPILOGUE SUR LA TERRELes grincements de dents et ses tourmenteurs d’ âmes,

EPILOGUE SUR LA TERRESe firent seuls entendre; et, dans ses profondeurs,

EPILOGUE SUR LA TERREUn mystère d’ horreur s’ accomplit.

EPILOGUE SUR LA TERREÔ terreurs!

DANS LE CIELEsprits célestes

DANS LE CIELLaus! Laus! Laus! Hosanna! Hosanna!

DANS LE CIELElle a beaucoup aimé, Seigneur!

DANS LE CIELMargarita!!

ESPRITS CÉLESTESRemonte au ciel, âme naïve

ESPRITS CÉLESTESQue l’ amour égara;

ESPRITS CÉLESTESViens revêtir ta beauté primitive

ESPRITS CÉLESTESQu’ une erreur altéra.

ESPRITS CÉLESTESViens, les vierges divines,

ESPRITS CÉLESTESTes soeurs les Séraphimes,

ESPRITS CÉLESTESSauront tarir les pleurs

ESPRITS CÉLESTESQue t’ arrachent encor les terrestres douleurs.

ESPRITS CÉLESTESConserve l’ espérance

ESPRITS CÉLESTESEt souris au bonheur.

ESPRITS CÉLESTESViens, Margarita, viens!