La Damnation de Faust

Berlioz, Hector

MARGUERITE (mezzo-soprano)

FAUST (ténor)

MÉPHISTOPHÉLÈS (basse ou baryton)

BRANDER (basse)

Chœurs

SYSTEMPREMIÈRE PARTIE

SYSTEMSCÈNE I

Plaines de Hongrie

seul dans les champs au lever du soleil

FAUSTLe vieil hiver a fait place au printemps;

FAUSTLa nature s’ est rajeunie;

FAUSTDes cieux la coupole infinie

FAUSTLaisse pleuvoir mille feux éclatants.

FAUSTJe sens glisser dans l’ air la brise matinale;

FAUSTDe ma poitrine ardente un souffle pur s’ exhale.

FAUSTJ’ entends autour de moi le réveil des oiseaux,

FAUSTLe long bruissement des plantes et des eaux.

FAUSTOh! qu’ il est doux de vivre au fond des solitudes,

FAUSTLoin de la lutte humaine et loin des multitudes!

SYSTEMSCÈNE II

Ronde des paysans

CHŒURLes bergers laissent leurs troupeaux;

CHŒURPour la fête ils se rendent beaux;

CHŒURFleurs des champs et rubans sont leur parure;

CHŒURSous les tilleuls, les voilà tous,

CHŒURDansant, sautant comme des fous.

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒURSuivez donc la mesure!

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒURTra la la la la la la la! Ha! ha!

FAUSTQuels sont ces cris? quel est ce bruit lointain?

CHŒURTra la la la la la la la! Ha! ha!

FAUSTCe sont des villageois, au lever du matin,

FAUSTQui dansent en chantant sur la verte pelouse.

FAUSTDe leurs plaisirs ma misère est jalouse.

CHŒURIls passaient tous comme l’ éclair,

CHŒUREt les robes volaient en l’ air;

CHŒURMais bientôt on fut moins agile:

CHŒURLe rouge leur montait au front;

CHŒUREt l’ un sur l’ autre dans le rond.

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒURTous tombaient à la file.

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒUR"Ne me touchez donc pas ainsi!"

à demi-voix

CHŒUR"– Paix! ma femme n’ est point ici!

CHŒURProfitons de la circonstance!"

CHŒURDehors il l’ emmena soudain,

CHŒUREt tout pourtant allait son train.

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒURLa musique et la danse.

CHŒURHa! ha! ha! ha! Landerira!

CHŒURTra la la la la la la la! Ha! ha!

SYSTEMSCÈNE III

Une autre partie de la plaine. Une armée qui s’ avance

FAUSTMais d’ un éclat guerrier les campagnes se parent.

FAUSTAh! les fils du Danube aux combats se préparent!

FAUSTAvec quel air fier et joyeux

FAUSTIls portent leur armure! et quel feu dans leurs yeux!

FAUSTTout cœur frémit à leur chant de victoire;

FAUSTLe mien seul reste froid, insensible à la gloire.

SYSTEMMarche hongroise

Les troupes passent. Faust s’ éloigne

SYSTEMDEUXIÈME PARTIE

SYSTEMSCÈNE IV

Nord de l’ Allemagne

seul dans son cabinet de travail

FAUSTSans regrets j’ ai quitté les riantes campagnes

FAUSTOù m’ a suivi l’ ennui;

FAUSTSans plaisirs je revois nos altières montagnes;

FAUSTDans ma vieille cité je reviens avec lui.

FAUSTOh! je souffre! et la nuit sans étoiles,

FAUSTQui vient d’ étendre au loin son silence et ses voiles,

FAUSTAjoute encore à mes sombres douleurs.

FAUSTÔ terre! pour moi seul tu n’ as donc pas de fleurs!

FAUSTPar le monde, où trouver ce qui manque à ma vie?

FAUSTJe chercherais en vain, tout fuit mon âpre envie!

FAUSTAllons! il faut finir!... Mais je tremble... Pourquoi

FAUSTTrembler devant l’ abîme entr’ ouvert devant moi?

FAUSTÔ coupe trop longtemps à mes désirs ravie,

FAUSTViens, viens, noble cristal, verse-moi le poison

FAUSTQui doit illuminer ou tuer ma raison.

Il porte la coupe à ses lèvres. Sons des cloches. Chants religieux dans l’ église voisine

FAUSTChant de la Fête de Pâques

CHŒURChrist vient de ressusciter!

FAUSTQu’ entends-je ?

CHŒURQuittant du tombeau

CHŒURLe séjour funeste,

CHŒURAu parvis céleste

CHŒURIl monte plus beau.

CHŒURVers les gloires immortelles

CHŒURTandis qu’ il s’ élance à grands pas,

CHŒURSes disciples fidèles

CHŒURLanguissent ici-bas.

CHŒURHélas! c’ est ici qu’ il nous laisse

CHŒURSous les traits brûlants du malheur.

CHŒURÔ divin Maître! ton bonheur

CHŒUREst cause de notre tristesse.

CHŒURÔ divin Maître! tu nous laisses

CHŒURSous les traits brûlants du malheur.

FAUSTÔ souvenirs!

CHŒURChrist vient de ressusciter!

CHŒURHosanna!

CHŒURFAUST et CHŒUR

ensemble

avec le chœur

FAUSTÔ mon âme tremblante!

FAUSTSur l’ aile de ces chants vas-tu voler aux cieux?

FAUSTLa foi chancelante

FAUSTRevient, me ramenant la paix des jours pieux,

FAUSTMon heureuse enfance,

FAUSTLa douceur de prier,

CHŒURQuittant du tombeau

CHŒURLe séjour funeste,

CHŒURAu parvis céleste

CHŒURIl monte plus beau.

CHŒURVers les gloires immortelles

CHŒURTandis qu’ il s’ élance à grands pas,

avec le chœur

FAUSTLa pure jouissance

FAUSTD’ errer et de rêver

FAUSTPar les vertes prairies,

FAUSTAux clartés infinies

FAUSTD’ un soleil de printemps!

CHŒURSes disciples fidèles

CHŒURLanguissent ici-bas.

avec le chœur

FAUSTÔ baiser de l’ amour céleste

FAUSTQui remplissais mon cœur de doux pressentiments

FAUSTEt chassais tout désir funeste!

CHŒURMais croyons en sa parole éternelle,

CHŒURNous le suivrons un jour

CHŒURAu céleste séjour

CHŒUROù sa voix nous appelle.

CHŒURHosanna! Hosanna! Hosanna!

seul

FAUSTHélas! doux chants du ciel, pourquoi dans sa poussière

FAUSTRéveiller le maudit? Hymnes de la prière,

FAUSTPourquoi soudain venir ébranler mon dessein?

FAUSTVos suaves accords rafraîchissent mon sein.

FAUSTChants plus doux que l’ aurore

FAUSTRetentissez encore,

FAUSTMes larmes ont coulé, le ciel m’ a reconquis.

SYSTEMSCÈNE V

apparaissant brusquement

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ pure émotion! Enfant du saint parvis!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe t’ admire, docteur! Les pieuses volées

MÉPHISTOPHÉLÈSDes ces cloches d’ argent

MÉPHISTOPHÉLÈSOnt charmé grandement

MÉPHISTOPHÉLÈSTes oreilles troublées!

FAUSTQui donc es-tu, toi dont l’ ardent regard

FAUSTPénètre ainsi que l’ éclat d’ un poignard,

FAUSTEt qui, comme la flamme,

FAUSTBrûle et dévore l’ âme?

MÉPHISTOPHÉLÈSVraiment pour un docteur, la demande est frivole!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis l’ esprit de vie, et c’ est moi qui console.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe te donnerai tout, le bonheur, le plaisir,

MÉPHISTOPHÉLÈSTout ce que peut rêver le plus ardent désir!

FAUSTEh bien! pauvre démon, fais-moi voir tes merveilles!

MÉPHISTOPHÉLÈSCertes! j’ enchanterai tes yeux et tes oreilles.

MÉPHISTOPHÉLÈSAu lieu de t’ enfermer, triste comme le ver

MÉPHISTOPHÉLÈSQui ronge tes bouquins, viens! suis-moi! change d’ air!

FAUSTJ’ y consens.

MÉPHISTOPHÉLÈSPartons donc pour connaître la vie.

MÉPHISTOPHÉLÈSEt laisse le fatras de la philosophie!

Ils disparaissent dans les airs

SYSTEMSCÈNE VI

La cave d’ Auerbach à Leipzig

BUVEURSÀ boire encor! du vin

BUVEURSDu Rhin!

MÉPHISTOPHÉLÈSVoici, Faust, un séjour de folle compagnie.

MÉPHISTOPHÉLÈSIci vins et chansons réjouissent la vie.

BUVEURSOh! qu’ il fait bon, quand le ciel tonne,

BUVEURSRester près d’ un bol enflammé,

BUVEURSEt se remplir comme une tonne,

BUVEURSDans un cabaret enfumé!

BUVEURSJ’ aime le vin et cette eau blonde

BUVEURSQui fait oublier le chagrin.

BUVEURSQuand ma mère me mit au monde

BUVEURSJ’ eus un ivrogne pour parrain.

BUVEURSOh! qu’ il fait bon, quand le ciel tonne,

etc.

QUELQUES BUVEURSQui sait quelque plaisante histoire?

QUELQUES BUVEURSEn riant le vin est meilleur.

AUTRES BUVEURSÀ toi, Brander!

QUELQUES BUVEURSIl n’ a plus de mémoire!

ivre

BRANDERJ’ en sais une, et j’ en suis l’ auteur.

BUVEURSEh bien donc! vite!

BRANDERPuis qu’ on m’ invite,

BRANDERJe vais vous chanter du nouveau.

BUVEURSBravo! bravo!

SYSTEMChanson de Brander

BRANDERCertain rat, dans une cuisine

BRANDERÉtabli, comme un vrai frater,

BRANDERS’ y traitait si bien que sa mine

BRANDEREût fait envie au gros Luther.

BRANDERMais un beau jour le pauvre diable,

BRANDEREmpoisonné, sauta dehors

BRANDERAussi triste, aussi misérable

BRANDERQue s’ il eût eu l’ amour au corps!

BUVEURSQue s’ il eût eu l’ amour au corps!

BRANDERIl courait devant et derrière;

BRANDERIl grattait, reniflait, mordait,

BRANDERParcourait la maison entière;

BRANDERLa rage à ses maux ajoutait,

Au point qu’ à l’ aspect du délire

BRANDERQui consumait ses vains efforts,

BRANDERLes mauvais plaisants pouvaient dire:

BRANDERCe rat a bien l’ amour au corps!

BUVEURSCe rat a bien l’ amour au corps!

BRANDERDans le fourneau le pauvre sire

BRANDERCrut pourtant se cacher très bien;

BRANDERMais il se trompait, et le pire,

BRANDERC’ est qu’ on l’ y fit rôtir enfin.

BRANDERLa servante, méchante fille,

BRANDERDe son malheur rit bien alors!

BRANDERAh! disait-elle, comme il grille!

BRANDERIl a vraiment l’ amour au corps!

BUVEURSIl a vraiment l’ amour au corps!

BUVEURSRequiescat in pace. Amen.

BRANDERPour l’ Amen une fugue! une fugue, un choral!

BRANDERImprovisons un morceau magistral!

bas à Faust

MÉPHISTOPHÉLÈSÉcoute bien ceci ! nous allons voir, docteur,

MÉPHISTOPHÉLÈSLa bestialité dans toute sa candeur.

sur le thème de la chanson de Brander

FUGUEBRANDER et BUVEURS

FUGUEAmen, amen, amen

etc.

MÉPHISTOPHÉLÈSVrai Dieu, messieurs, votre fugue est fort belle,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt telle

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ à l’ entendre on se croit aux saints lieux!

MÉPHISTOPHÉLÈSSouffrez qu’ on vous le dise:

MÉPHISTOPHÉLÈSLe style en est savant, vraiment religieux;

MÉPHISTOPHÉLÈSOn ne saurait exprimer mieux

MÉPHISTOPHÉLÈSLes sentiments pieux

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ en terminant ses prières l’ Église

MÉPHISTOPHÉLÈSEn un seul mot résume. Maintenant,

MÉPHISTOPHÉLÈSPuis-je à mon tour riposter par un chant

MÉPHISTOPHÉLÈSSur un sujet non moins touchant

MÉPHISTOPHÉLÈSQue le vôtre?

BUVEURSAh ça! mais se moque-t-il de nous?

BUVEURSQuel est cet homme?

BUVEURSOh! qu’ il est pâle, et comme

BUVEURSSon poil est roux!

BUVEURSN’ importe! Volontiers! Autre chanson! À vous!

SYSTEMChanson de Méphistophélès

MÉPHISTOPHÉLÈSUne puce gentille

MÉPHISTOPHÉLÈSChez un prince logeait.

MÉPHISTOPHÉLÈSComme sa propre fille,

MÉPHISTOPHÉLÈSLe brave homme l’ aimait,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt, l’ histoire l’ assure,

MÉPHISTOPHÉLÈSÀ son tailleur, un jour,

MÉPHISTOPHÉLÈSLui fit prendre mesure

MÉPHISTOPHÉLÈSPour un habit de cour.

MÉPHISTOPHÉLÈSL’ insecte, plein de joie,

MÉPHISTOPHÉLÈSDès qu’ il se vit paré

MÉPHISTOPHÉLÈSD’ or, de velours, de soie,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt de croix décoré,

MÉPHISTOPHÉLÈSFit venir de province

MÉPHISTOPHÉLÈSSes frères et ses sœurs

MÉPHISTOPHÉLÈSQui, par ordre du prince,

MÉPHISTOPHÉLÈSDevinrent grands seigneurs.

MÉPHISTOPHÉLÈSMais ce qui fut bien pire,

MÉPHISTOPHÉLÈSC’ est que les gens de cour,

MÉPHISTOPHÉLÈSSans en oser rien dire,

MÉPHISTOPHÉLÈSSe grattaient tout le jour.

MÉPHISTOPHÉLÈSCruelle politique!

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! plaignons leur destin,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt, dès qu’ une nous pique,

MÉPHISTOPHÉLÈSÉcrasons-la soudain!

BUVEURSBravo! bravo! bravo!

BUVEURSHa! ha! bravo! bravissimo!

BUVEURSOui, écrasons-la soudain!

FAUSTAssez! fuyons ces lieux, où la parole est vile,

FAUSTLa joie ignoble et le geste brutal!

FAUSTN’ as-tu d’ autres plaisirs, un séjour plus tranquille

FAUSTÀ me donner, toi, mon guide infernal?

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! ceci te déplaît? suis-moi!

Ils partent dans les airs

SYSTEMSCÈNE VII

Bosquets et prairies du bord de l’ Elbe

MÉPHISTOPHÉLÈSVoici des roses,

MÉPHISTOPHÉLÈSDe cette nuit écloses.

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ce lit embaumé,

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ mon Faust bien-aimé,

MÉPHISTOPHÉLÈSRepose!

MÉPHISTOPHÉLÈSDans un voluptueux sommeil

MÉPHISTOPHÉLÈSOù glissera sur toi plus d’ un baiser vermeil,

MÉPHISTOPHÉLÈSOù des fleurs pour ta couche ouvriront leurs corolles,

MÉPHISTOPHÉLÈSTon oreille entendra de divines paroles.

MÉPHISTOPHÉLÈSÉcoute! écoute! Les esprits de la terre et de l’ air

MÉPHISTOPHÉLÈSCommencent pour ton rêve un suave concert.

MÉPHISTOPHÉLÈSChœur de gnomes et de sylphes - Songe de Faust

GNOMES ET SYLPHESDors, dors, heureux Faust;

GNOMES ET SYLPHESBientôt, oui, bientôt, sous un voile

GNOMES ET SYLPHESD’ or et d’ azur, heureux Faust,

GNOMES ET SYLPHESTes yeux vont se fermer,

GNOMES ET SYLPHESAu front des cieux va briller ton étoile,

GNOMES ET SYLPHESSonges d’ amour vont enfin te charmer.

GNOMES ET SYLPHESDe sites ravissants

GNOMES ET SYLPHESLa campagne se couvre,

GNOMES ET SYLPHESEt notre œil y découvre

GNOMES ET SYLPHESDes fleurs, des bois, des champs,

GNOMES ET SYLPHESEt d’ épaisses feuillées,

GNOMES ET SYLPHESOù de tendres amants

GNOMES ET SYLPHESPromènent leurs pensées.

avec le chœur

MÉPHISTOPHÉLÈSHeureux Faust,

MÉPHISTOPHÉLÈSBientôt, sous un voile

MÉPHISTOPHÉLÈSD’ or et d’ azur, tes yeux vont se fermer.

GNOMES ET SYLPHESMais plus loin sont couverts

GNOMES ET SYLPHESLes longs rameaux des treilles

GNOMES ET SYLPHESDe bourgeons, pampres verts,

GNOMES ET SYLPHESEt de grappes vermeilles.

avec le chœur

FAUSTAh! sur mes yeux

FAUSTDéjà s’ étend un voile...

avec le chœur

MÉPHISTOPHÉLÈSAu front des cieux

MÉPHISTOPHÉLÈSVa briller ton étoile.

GNOMES ET SYLPHESVois ces jeunes amants,

GNOMES ET SYLPHESLe long de la vallée,

GNOMES ET SYLPHESOublier les instants

GNOMES ET SYLPHESSous la fraîche feuillée!

GNOMES ET SYLPHESUne beauté les suit

GNOMES ET SYLPHESIngénue et pensive;

GNOMES ET SYLPHESÀ sa paupière luit

GNOMES ET SYLPHESUne larme furtive.

GNOMES ET SYLPHESFaust, elle t’ aimera.

avec le chœur

MÉPHISTOPHÉLÈSUne beauté les suit.

MÉPHISTOPHÉLÈSFaust, elle t’ aimera.

endormi

FAUSTMargarita!

FAUSTMÉPHISTOPHÉLÈS, GNOMES et SYLPHES

FAUSTLe lac étend ses flots

FAUSTÀ l’ entour des montagnes;

FAUSTDans les vertes campagnes

FAUSTIl serpente en ruisseaux.

GNOMES ET SYLPHESLà, de chants d’ allégresse

GNOMES ET SYLPHESLa rive retentit. Ha!

GNOMES ET SYLPHESD’ autres chœurs là sans cesse

GNOMES ET SYLPHESLa danse nous ravit.

GNOMES ET SYLPHESLes uns gaiement s’ avancent

GNOMES ET SYLPHESAutour des coteaux verts! Ha!

GNOMES ET SYLPHESDe plus hardis s’ élancent

GNOMES ET SYLPHESAu sein des flots amers.

rêvant

FAUSTMargarita! ô Margarita!

FAUSTMÉPHISTOPHÉLÈS, GNOMES et SYLPHES

FAUSTLe lac étend ses flots

FAUSTÀ l’ entour des montagnes;

FAUSTDans les vertes campagnes

FAUSTIl serpente en ruisseaux.

GNOMES ET SYLPHESPartout l’ oiseau timide,

GNOMES ET SYLPHESCherchant l’ ombre et le frais,

GNOMES ET SYLPHESS’ enfuit d’ un vol rapide

GNOMES ET SYLPHESAu milieu des marais.

avec le chœur

MÉPHISTOPHÉLÈSLe charme opère; il est à nous!

GNOMES ET SYLPHESTous, pour goûter la vie,

GNOMES ET SYLPHESTous cherchent dans les cieux

GNOMES ET SYLPHESUne étoile chérie

GNOMES ET SYLPHESQui s’ alluma pour eux.

GNOMES ET SYLPHESC’ est elle, si belle,

GNOMES ET SYLPHESQu’ Amour te destina.

GNOMES ET SYLPHESDors, dors, dors, heureux Faust, dors, dors!

avec le chœur

FAUSTMargarita!

avec le chœur

MÉPHISTOPHÉLÈSC’ est bien, c’ est bien, jeunes esprits,

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis content de vous.

MÉPHISTOPHÉLÈSBercez, bercez son sommeil enchanté!

SYSTEMBallet des sylphes

Les esprits de l’ air se balancent quelque temps en silence autour de Faust endormi et disparaissent peu à peu

s’ éveillant en sursaut

FAUSTMargarita!

FAUSTQu’ ai-je vu ! qu’ ai-je vu!

FAUSTQuelle céleste image! quel ange

FAUSTAu front mortel!

FAUSTOù le trouver? Vers quel autel

FAUSTTraîner à ses pieds ma louange?

MÉPHISTOPHÉLÈSEh bien! il faut me suivre encor

MÉPHISTOPHÉLÈSJusqu’ à cette alcôve embaumée

MÉPHISTOPHÉLÈSOù repose ta bien-aimée.

MÉPHISTOPHÉLÈSÀ toi seul ce divin trésor!

MÉPHISTOPHÉLÈSDes étudiants voici la joyeuse cohorte

MÉPHISTOPHÉLÈSQui va passer devant sa porte;

MÉPHISTOPHÉLÈSParmi ces jeunes fous, au bruit de leurs chansons,

MÉPHISTOPHÉLÈSVers ta beauté nous parviendrons.

MÉPHISTOPHÉLÈSMais contiens tes transports et suis bien mes leçons.

SYSTEMSCÈNE VIII

SYSTEMFinal

Chœur d’ étudiants et de soldats marchant vers la ville

SOLDATSVilles entourées

SOLDATSDe murs et remparts,

SOLDATSFillettes sucrées,

SOLDATSAux malins regards,

SOLDATSVictoire certaine

SOLDATSPrès de vous m’ attend;

SOLDATSSi grande est la peine,

SOLDATSLe prix est plus grand.

SOLDATSAu son des trompettes,

SOLDATSLes braves soldats

SOLDATSS’ élancent aux fêtes

SOLDATSOu bien aux combats;

SOLDATSFillettes et villes

SOLDATSFont les difficiles;

SOLDATSBientôt tout se rend.

SOLDATSSi grande est la peine,

SOLDATSLe prix est plus grand.

SYSTEMChanson d’ étudiants

ÉTUDIANTSJam nox stellata velamina pandit;

ÉTUDIANTSNunc, nunc bibendum et amandum est!

ÉTUDIANTSVita brevis fugaxque voluptas.

ÉTUDIANTSGaudeamus igitur, gaudeamus!

ÉTUDIANTSNobis subridente luna, per urbem quaerentes puellas eamus!

ÉTUDIANTSUt cras, fortunati Caesares, dicamus:

ÉTUDIANTSVeni, vidi, vici!

ÉTUDIANTSGaudeamus igitur!

ÉTUDIANTSChœur de soldats et chanson des étudiants ensemble

SOLDATSVilles entourées,

etc

SOLDATSÉTUDIANTS, FAUST et MÉPHISTOPHÉLÈS

avec les étudiants

SOLDATSJam nox stellata,

etc.

SYSTEMTROISIÈME PARTIE

SYSTEMSCÈNE IX

Tambours et trompettes sonnant la retraite

Chambre de Marguerite. Le soir

FAUSTMerci, doux crépuscule! Oh! sois le bienvenu!

FAUSTÉclaire enfin ces lieux, sanctuaire inconnu,

FAUSTOù je sens à mon front glisser comme un beau rêve,

Comme le frais baiser d’ un matin qui se lève.

FAUSTC’ est de l’ amour, j’ espère.

FAUSTOh! comme on sent ici

FAUSTS’ envoler le souci!

FAUSTQue j’ aime ce silence, et comme je respire

FAUSTUn air pur!...

FAUSTÔ jeune fille! ô ma charmante!

FAUSTÔ ma trop idéale amante!

FAUSTQuel sentiment j’ éprouve en ce moment fatal!

FAUSTQue j’ aime à contempler ton chevet virginal!

FAUSTQuel air pur je respire!

FAUSTSeigneur! Seigneur!

FAUSTAprès ce long martyre,

FAUSTQue de bonheur!

Faust, marchant lentement, examine avec une curiosité passionnée l’ intérieur de la chambre de Marguerite

SYSTEMSCÈNE X

accourant

MÉPHISTOPHÉLÈSJe l’ entends!

à demi-voix

MÉPHISTOPHÉLÈSSous ces rideaux de soie

MÉPHISTOPHÉLÈSCache-toi.

à demi-voix

FAUSTDieu! mon cœur se brise dans la joie!

MÉPHISTOPHÉLÈSProfite des instants.

MÉPHISTOPHÉLÈSAdieu, modère-toi,

MÉPHISTOPHÉLÈSOu tu la perds.

Méphistophélès cache Faust sous les rideaux

MÉPHISTOPHÉLÈSBien. Mes follets et moi

MÉPHISTOPHÉLÈSNous allons vous chanter un bel épithalame.

Il sort

FAUSTOh! calme-toi, mon âme!

SYSTEMSCÈNE XI

Entre Marguerite une lampe à la main. Faust caché

MARGUERITEQue l’ air est étouffant! J’ ai peur comme une enfant.

MARGUERITEC’ est mon rêve d’ hier qui m’ a toute troublée...

MARGUERITEEn songe je l’ ai vu... lui... mon futur amant.

MARGUERITEQu’ il était beau! Dieu! j’ étais tant aimée!

MARGUERITEEt combien je l’ aimais!

MARGUERITENous verrons-nous jamais

MARGUERITEDans cette vie?...

MARGUERITEFolie!...

MARGUERITELe roi de Thulé

elle chante en tressant ses cheveux

MARGUERITEAutrefois un roi de Thulé,

MARGUERITEQui jusqu’ au tombeau fut fidèle,

MARGUERITEReçut, à la mort de sa belle,

MARGUERITEUne coupe d’ or ciselé.

MARGUERITEComme elle ne le quittait guère,

MARGUERITEDans les festins les plus joyeux,

MARGUERITEToujours une larme légère

MARGUERITEÀ sa vue humectait ses yeux.

MARGUERITECe prince, à la fin de sa vie,

MARGUERITELègue ses villes et son or.

MARGUERITEExcepté la coupe chérie

MARGUERITEQu’ à la main il conserve encor.

MARGUERITEIl fait, à sa table royale,

MARGUERITEAsseoir ses barons et ses pairs,

MARGUERITEAu milieu de l’ antique salle

MARGUERITED’ un château que baignaient les mers.

Le buveur se lève et s’ avance

MARGUERITEAuprès d’ un vieux balcon doré;

MARGUERITEIl boit, et soudain sa main lance

MARGUERITEDans les flots le vase sacré.

MARGUERITELe vase tombe; l’ eau bouillonne,

MARGUERITEPuis se calme aussitôt après.

MARGUERITELe vieillard pâlit et frissonne:

MARGUERITEIl ne boira plus désormais.

Elle se laisse tomber dans le fauteuil

MARGUERITEAutrefois un roi de Thulé...

MARGUERITEQui jusqu’ au tombeau... fut fidèle...

Profond soupir

MARGUERITEAh!

Elle s’ endort

SYSTEMSCÈNE XII

Une rue devant la maison de Marguerite

MÉPHISTOPHÉLÈSEsprits des flammes inconstantes,

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourez! j’ ai besoin de vous.

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourez! accourez!

MÉPHISTOPHÉLÈSFollets capricieux, vos lueurs malfaisantes

MÉPHISTOPHÉLÈSVont charmer une enfant et l’ amener à nous.

MÉPHISTOPHÉLÈSAu nom du Diable, en danse!

MÉPHISTOPHÉLÈSEt vous, marquez bien la cadence,

MÉPHISTOPHÉLÈSMénétriers d’ enfer, ou je vous éteins tous.

Les follets exécutent des évolutions et des danses bizarres autour de la maison de Marguerite

il fait le mouvement d’ un homme qui joue de la vielle

MÉPHISTOPHÉLÈSMaintenant,

MÉPHISTOPHÉLÈSChantons à cette belle une chanson morale,

MÉPHISTOPHÉLÈSPour la perdre plus sûrement.

de Méphistophélès avec chœur de follets

MÉPHISTOPHÉLÈSDevant la maison

MÉPHISTOPHÉLÈSDe celui qui t’ adore,

MÉPHISTOPHÉLÈSPetite Louison,

MÉPHISTOPHÉLÈSQue fais-tu dès l’ aurore?

MÉPHISTOPHÉLÈSAu signal du plaisir,

MÉPHISTOPHÉLÈSDans la chambre du drille,

MÉPHISTOPHÉLÈSTu peux bien entrer fille,

MÉPHISTOPHÉLÈSMais non fille en sortir.

MÉPHISTOPHÉLÈSDevant la maison,

etc.

CHŒUR DE FOLLETSQue fais-tu?

avec un éclat de rire sec et strident

CHŒUR DE FOLLETSHa!

MÉPHISTOPHÉLÈSIl te tend les bras:

MÉPHISTOPHÉLÈSPrès de lui tu cours vite.

MÉPHISTOPHÉLÈSBonne nuit, hélas!

MÉPHISTOPHÉLÈSMa petite, bonne nuit!

CHŒUR DE FOLLETSBonne nuit!

CHŒUR DE FOLLETSMÉPHISTOPHÉLÈS et FOLLETS

CHŒUR DE FOLLETSPrès du moment fatal

CHŒUR DE FOLLETSFais grande résistance,

CHŒUR DE FOLLETSS’ il ne t’ offre d’ avance

CHŒUR DE FOLLETSUn anneau conjugal!

CHŒUR DE FOLLETSIl te tend les bras, etc. Ha!

MÉPHISTOPHÉLÈSChut! disparaissez!

Les follets disparaissent

MÉPHISTOPHÉLÈSSilence! Allons voir roucouler nos tourtereaux.

SYSTEMSCÈNE XIII

Chambre de Marguerite

SYSTEMFinal: Duo, Trio et Chœur

apercevant Faust

MARGUERITEGrands Dieux!

MARGUERITEQue vois-je! est-ce bien lui? dois-je en croire mes yeux?...

FAUSTAnge adoré dont la céleste image

FAUSTAvant de te connaître illuminait mon cœur,

FAUSTEnfin je t’ aperçois, et du jaloux nuage

FAUSTQui te cachait encor mon amour est vainqueur.

FAUSTMarguerite, je t’ aime!

MARGUERITETu sais mon nom? Moi-même

MARGUERITEJ’ ai souvent dit le tien!

timidement

MARGUERITEFaust!...

FAUSTCe nom est le mien;

FAUSTUn autre le sera, s’ il te plaît davantage.

MARGUERITEEn songe je t’ ai vu tel que je te revois.

FAUSTEn songe!... tu m’ as vu?

MARGUERITEJe reconnais ta voix

MARGUERITETes traits, ton doux langage...

FAUSTEt tu m’ aimais?

MARGUERITEJe... t’ attendais.

FAUSTMarguerite adorée!

MARGUERITEMa tendresse inspirée

MARGUERITEÉtait d’ avance à toi.

FAUSTMarguerite est à moi!

avec Faust

MARGUERITEMon bien-aimé, ta noble et douce image, ...

avec Marguerite

FAUSTAh! Ange adoré

FAUSTDont la céleste image ...

ensemble

MARGUERITE... Avant de te connaître, illuminait mon cœur !

MARGUERITEEnfin je t’ aperçois, et du jaloux nuage

MARGUERITEQui te cachait encor ton amour est vainqueur.

MARGUERITEAvant de te connaître, illuminait mon cœur!

MARGUERITEEnfin je t’ aperçois, et du jaloux nuage

MARGUERITEQui te cachait encor ton/mon amour est vainqueur.

avec élan

FAUSTMarguerite, ô tendresse!

MARGUERITEJe ne sais quelle ivresse...

FAUSTCède à l’ ardente ivresse...

MARGUERITE... Dans ses bras me conduit.

FAUST... Qui vers toi m’ a conduit.

FAUSTMarguerite, ô tendresse!

MARGUERITEJe ne sais quelle ivresse...

FAUSTCède à l’ ardente ivresse...

MARGUERITE... Brûlante enchanteresse

MARGUERITE... Dans ses bras me conduit.

FAUST... Qui vers toi m’ a conduit.

MARGUERITEQuelle langueur s’ empare de mon être!

FAUSTAu vrai bonheur dans mes bras tu vas naître,

FAUSTViens!

MARGUERITEDans mes yeux...

FAUSTViens!

MARGUERITE... Des pleurs...

MARGUERITETout s’ efface... Je meurs... Tout s’ efface...

MARGUERITEAh! je meurs...

FAUSTViens! Viens! Viens!

FAUSTViens! Viens!

SYSTEMSCÈNE XIV

SYSTEMTrio et Chœur

entrant brusquement

MÉPHISTOPHÉLÈSAllons, il est trop tard!

MARGUERITEQuel est cet homme?

FAUSTUn sot.

MÉPHISTOPHÉLÈSUn ami.

MARGUERITESon regard

MARGUERITEMe déchire le cœur.

MÉPHISTOPHÉLÈSSans doute je dérange...

FAUSTQui t’ a permis d’ entrer?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl faut sauver cet ange!

MÉPHISTOPHÉLÈSDéjà tous les voisins, éveillés par nos chants,

MÉPHISTOPHÉLÈSAccourent, désignant la maison aux passants;

MÉPHISTOPHÉLÈSEn raillant Marguerite, ils appellent sa mère.

MÉPHISTOPHÉLÈSLa vieille va venir...

FAUSTQue faire?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl faut partir!

FAUSTDamnation!

MÉPHISTOPHÉLÈSVous vous verrez demain; la consolation

MÉPHISTOPHÉLÈSEst bien près de la peine.

MARGUERITEOui, demain, bien-aimé!

MARGUERITEDans la chambre prochaîne

MARGUERITEDéjà j’ entends du bruit.

FAUSTAdieu donc, belle nuit

FAUSTÀ peine commencée!

FAUSTAdieu, festin d’ amour

FAUSTQue je m’ étais promis!

MÉPHISTOPHÉLÈSPartons, voilà le jour!

FAUSTTe reverrai-je encor,

FAUSTHeure trop fugitive,

FAUSTOù mon âme au bonheur allait enfin s’ ouvrir!

dans la rue

VOISINSHolà! mère Oppenheim, vois ce que fait ta fille!

MÉPHISTOPHÉLÈSLa foule arrive.

VOISINSL’ avis n’ est pas hors de saison:

VOISINSUn galant est dans ta maison...

MÉPHISTOPHÉLÈSHâtons nous de partir!

VOISINS... Et tu verras dans peu s’ accroître ta famille.

VOISINSHolà!

MARGUERITECiel!

VOISINSHolà!

MARGUERITECiel! entends-tu ces cris?

MARGUERITEDevant Dieu, je suis morte

MARGUERITESi l’ on te trouve ici!

MÉPHISTOPHÉLÈSViens! on frappe à la porte!

FAUSTÔ fureur!

MÉPHISTOPHÉLÈSÔ sottise!

MARGUERITEAdieu, adieu, par le jardin

MARGUERITEVous pouvez échapper.

FAUSTÔ mon ange! à demain!

MÉPHISTOPHÉLÈSÀ demain! à demain!

Tous trois ensemble

FAUSTJe connais donc enfin tout le prix de la vie,

FAUSTLe bonheur m’ apparaît, il m’ appelle et je vais le saisir.

FAUSTL’ amour s’ est emparé de mon âme ravie,

FAUSTIl comblera bientôt mon dévorant désir.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe puis donc à mon gré te traîner dans la vie,

MÉPHISTOPHÉLÈSFier esprit! Le moment approche où je vais te saisir.

MÉPHISTOPHÉLÈSSans combler ton dévorant désir,

MÉPHISTOPHÉLÈSL’ amour en t’ enivrant doublera ta folie.

MÉPHISTOPHÉLÈSEt le moment approche où je vais te saisir.

MARGUERITEÔ mon Faust bien-aimé! Je te donne ma vie!

MARGUERITEL’ amour s’ est emparé de mon âme ravie,

MARGUERITEIl m’ entraîne vers toi, te perdre, c’ est mourir!

dans la rue

VOISINSUn galant est dans ta maison,

etc.

VOISINSHolà! mère Oppenheim,

etc.

SYSTEMQUATRIÈME PARTIE

SYSTEMSCÈNE XV

Chambre de Marguerite

seule

MARGUERITED’ amour l’ ardente flamme,

MARGUERITEConsume mes beaux jours.

MARGUERITEAh! la paix de mon âme

MARGUERITEA donc fui pour toujours!

MARGUERITESon départ, son absence

MARGUERITESont pour moi le cercueil,

MARGUERITEEt, loin de sa présence

Tout me paraît en deuil.

MARGUERITEAlors ma pauvre tête

MARGUERITESe dérange bientôt,

MARGUERITEMon faible cœur s’ arrête,

MARGUERITEPuis se glace aussitôt.

MARGUERITESa marche que j’ admire,

MARGUERITESon port si gracieux,

MARGUERITESa bouche au doux sourire,

MARGUERITELe charme de ses yeux,

MARGUERITESa voix enchanteresse,

MARGUERITEDont il sait m’ embraser,

MARGUERITEDe sa main la caresse,

MARGUERITEHélas! et son baiser,

MARGUERITED’ une amoureuse flamme,

MARGUERITEConsument mes beaux jours!

MARGUERITEAh! le paix de mon âme

MARGUERITEA donc fui pour toujours!

MARGUERITEJe suis à ma fenêtre,

MARGUERITEOu dehors, tout le jour,

MARGUERITEC’ est pour le voir paraître,

MARGUERITEOu hâter son retour.

MARGUERITEMon cœur bat et se presse

MARGUERITEDès qu’ il le sent venir,

MARGUERITEAu gré de ma tendresse

MARGUERITEPuis-je le retenir!

MARGUERITEÔ caresses de flamme!

MARGUERITEQue je voudrais un jour

MARGUERITEVoir s’ exhaler mon âme

MARGUERITEDans ses baisers d’ amour!

Tambours et trompettes sonnant la retraite. Chœurs de soldats et d’ étudiants qui se font entendre dans le lointain

derrière la scène

CHŒUR DE SOLDATSAu son des trompettes,

CHŒUR DE SOLDATSLes braves soldats

CHŒUR DE SOLDATSS’ élancent aux fêtes

CHŒUR DE SOLDATSOu bien aux combats.

MARGUERITEBientôt la ville entière au repos va se rendre...

SOLDATSSi grande est la peine,

SOLDATSLe prix est plus grand.

MARGUERITEClairons, tambours du soir déjà se font entendre

MARGUERITEAvec des chants joyeux,

MARGUERITEComme au soir où l’ amour offrit Faust à mes yeux.

dans le lointain

ÉTUDIANTSJam nox stellata velamina pandit...

MARGUERITEIl ne vient pas...

ÉTUDIANTSPer urbem quaerentes puellas eamus!

MARGUERITEIl ne vient pas,

MARGUERITEHélas!

SYSTEMSCÈNE XVI

Forêts et cavernes

seul

FAUSTNature immense, impénétrable et fière,

FAUSTToi seule donnes trêve à mon ennui sans fin.

FAUSTSur ton sein tout-puissant je sens moins ma misère,

FAUSTJe retrouve ma force, et je crois vivre enfin.

FAUSTOui, soufflez, ouragans! Criez, forêts profondes!

FAUSTCroulez, rochers! Torrents, précipitez vos ondes!

FAUSTÀ vos bruits souverains ma voix aime à s’ unir.

FAUSTForêts, rochers, torrents, je vous adore! Mondes

FAUSTQui scintillez, vers vous s’ élance le désir

FAUSTD’ un cœur trop vaste et d’ une âme altérée

FAUSTD’ un bonheur qui la fuit.

SYSTEMSCÈNE XVII

gravissant les rochers

MÉPHISTOPHÉLÈSÀ la voûte azurée

MÉPHISTOPHÉLÈSAperçois-tu, dis-moi, l’ astre d’ amour constant?

MÉPHISTOPHÉLÈSSon influence, ami, serait fort nécessaire,

MÉPHISTOPHÉLÈSCar tu rêves ici, quand cette pauvre enfant,

FAUSTTais-toi!

MÉPHISTOPHÉLÈSSans doute il faut me taire,

MÉPHISTOPHÉLÈSTu n’ aimes plus! Pourtant en un cachot traînée,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt pour un parricide à la mort condamnée...

FAUSTQuoi!

MÉPHISTOPHÉLÈSJ’ entends des chasseurs qui parcourent les bois.

FAUSTAchève, qu’ as-tu dit? Marguerite en prison?

posément

MÉPHISTOPHÉLÈSCertaine liqueur brune, un innocent poison,

MÉPHISTOPHÉLÈSQu’ elle tenait de toi, pour endormir sa mère

MÉPHISTOPHÉLÈSPendants vos nocturnes amours,

MÉPHISTOPHÉLÈSA causé tout le mal. Caressant sa chimère,

MÉPHISTOPHÉLÈST’ attendant chaque soir, elle en usait toujours.

MÉPHISTOPHÉLÈSElle en a tant usé que la vieille en est morte.

MÉPHISTOPHÉLÈSTu comprends maintenant!..

FAUSTFeux et tonnerre!

MÉPHISTOPHÉLÈSEn sorte

MÉPHISTOPHÉLÈSQue son amour pour toi la conduit...

avec fureur

FAUSTSauve-la., sauve-la, misérable!

MÉPHISTOPHÉLÈSAh! je suis le coupable!

MÉPHISTOPHÉLÈSOn vous reconnaît là,

MÉPHISTOPHÉLÈSRidicules humains! N’ importe!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis le maître encor de t’ ouvrir cette porte;

MÉPHISTOPHÉLÈSMais qu’ as-tu fais pour moi

MÉPHISTOPHÉLÈSDepuis que je te sers?

FAUSTQu’ exiges-tu?

MÉPHISTOPHÉLÈSDe toi?

MÉPHISTOPHÉLÈSRien qu’ une signature

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ce vieux parchemin.

MÉPHISTOPHÉLÈSJe sauve Marguerite à l’ instant, si tu jures

MÉPHISTOPHÉLÈSEt signes ton serment de me servir demain.

FAUSTEh! que me fait demain quand je souffre à cette heure?

FAUSTDonne!

Il signe

FAUSTVoilà mon nom! Vers sa sombre demeure

FAUSTVolons donc maintenant! Ô douleur insensée!

FAUSTMarguerite, j’ accours!

MÉPHISTOPHÉLÈSÀ moi, Vortex! Giaour!

MÉPHISTOPHÉLÈSSur ces deux noirs chevaux, prompts comme la pensée,

MÉPHISTOPHÉLÈSMontons et au galop! La justice est pressée.

Ils partent

SYSTEMSCÈNE XVIII

Plaines, montagnes et vallées

La course à l’ abîme - Faust et Méphistophélès galopant sur deux chevaux noirs

FAUSTDans mon cœur retentit sa voix désespérée...

FAUSTÔ pauvre abandonnée!

agenouillés devant une croix champêtre

PAYSANSSancta Maria, ora pro nobis.

PAYSANSSancta Magdalena, ora pro nobis.

FAUSTPrends garde à ces enfants, à ces femmes priant

FAUSTAu pied de cette croix.

MÉPHISTOPHÉLÈSEh! qu’ importe! en avant!

PAYSANSSancta Margarita...

cri d’ effroi

PAYSANSAh!!!

Les femmes et les enfants se dispersent épouvantés

FAUSTDieux! un monstre hideux en hurlant nous poursuit!

MÉPHISTOPHÉLÈSTu rêves!

FAUSTQuel essaim de grands oiseaux de nuit!

FAUSTQuels cris affreux!... ils me frappent de l’ aile!

retenant son cheval

MÉPHISTOPHÉLÈSLe glas des trépassés sonne déjà pour elle.

MÉPHISTOPHÉLÈSAs-tu peur? retournons!

Ils s’ arrêtent

FAUSTNon, je l’ entends, courons!

Les chevaux redoublent de vitesse

excitant son cheval

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! hop! hop!

FAUSTRegarde, autour de nous, cette ligne infinie

FAUSTDe squelettes dansant!

FAUSTAvec quel rire horrible ils saluent en passant!

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! pense à sauver sa vie,

MÉPHISTOPHÉLÈSEt ris-toi des morts!

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! hop!

de plus en plus épouvanté et haletant

FAUSTNos chevaux frémissent,

FAUSTLeurs crins se hérissent,

FAUSTIls brisent leurs mors!

FAUSTJe vois onduler

FAUSTDevant nous la terre;

FAUSTJ’ entends le tonnerre

FAUSTSous nos pieds rouler!

MÉPHISTOPHÉLÈSHop! hop!

FAUSTIl pleut du sang!!!

d’ une voix tonnante

MÉPHISTOPHÉLÈSCohortes infernales!

MÉPHISTOPHÉLÈSSonnez, sonnez vos trompes triomphales,

MÉPHISTOPHÉLÈSIl est à nous!

Ils tombent dans un gouffre

FAUSTHorreur! Ah!

MÉPHISTOPHÉLÈSJe suis vainqueur!

SYSTEMSCÈNE XIX

Chœur en langue infernale

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Irimiru Karabrao!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Has!

LES PRINCES DES TÉNÈBRESDe cette âme si fière

LES PRINCES DES TÉNÈBRESÀ jamais es-tu maître et vainqueur, Méphisto?

MÉPHISTOPHÉLÈSJ’ en suis maître à jamais.

LES PRINCES DES TÉNÈBRESFaust a donc librement

LES PRINCES DES TÉNÈBRESSigné l’ acte fatal qui le livre à nos flammes?

MÉPHISTOPHÉLÈSIl signa librement.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has!

Les démons portent Méphistophélès en triomphe

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun Marexil fir trudinxé burrudixé!

DAMNÉS ET DÉMONSFory my dinkorlitz.

DAMNÉS ET DÉMONSO mérikariu! O mévixé! Méri kariba!

DAMNÉS ET DÉMONSO mérikariu! O midara caraibo lakinda, merondor dinkorlitz, merondor

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun marexil,

DAMNÉS ET DÉMONSTradioun burrudixé

DAMNÉS ET DÉMONSTrudinxé caraibo.

DAMNÉS ET DÉMONSFir omévixé merondor.

DAMNÉS ET DÉMONSMit aysko, merondor, mit aysko! Oh!

Les démons dansent autour de Méphistophélès

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! merondor, merondor aysko!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Satan.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Belphégor,

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Méphisto,

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Kroïx

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! Astaroth,

DAMNÉS ET DÉMONSDiff! Diff! Belzébuth, Belphégor, Astaroth, Méphisto!

DAMNÉS ET DÉMONSSat, satrayk irkimour.

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Méphisto!

DAMNÉS ET DÉMONSHas! Has! Has! Has!

DAMNÉS ET DÉMONSIrimiru Karabrao!

SYSTEMEPILOGUE

Sur la terre

QUELQUES VOIXAlors l’ enfer se tut.

QUELQUES VOIXL’ affreux bouillonnement de ces grands lacs de flammes,

QUELQUES VOIXLes grincements de dents de ses tourmenteurs d’ âmes,

QUELQUES VOIXSe firent seuls entendre; et dans ses profondeurs,

QUELQUES VOIXUn mystère d’ horreur s’ accomplit.

PETIT CHŒURÔ terreurs!

Dans le ciel

Séraphins inclinés devant le Très-Haut

ESPRITS CÉLESTESLaus! Laus! Hosanna! Hosanna!

ESPRITS CÉLESTESElle a beaucoup aimé, Seigneur!

des hauteurs du ciel

SOPRANO SOLOMargarita!

ESPRITS CÉLESTESRemonte au ciel, âme naïve

ESPRITS CÉLESTESQue l’ amour égara;

ESPRITS CÉLESTESViens revêtir ta beauté primitive

ESPRITS CÉLESTESQu’ une erreur altéra.

ESPRITS CÉLESTESViens, les vierges divines,

ESPRITS CÉLESTESCHŒUR D’ ESPRITS CÉLESTES et CHŒUR D’ ENFANTS

ESPRITS CÉLESTESViens, les vierges divines,

ESPRITS CÉLESTESTes sœurs, les Séraphines,

ESPRITS CÉLESTESSauront tarir les pleurs

ESPRITS CÉLESTESQue t’ arrachent encor les terrestres douleurs.

ESPRITS CÉLESTESConserve l’ espérance

ESPRITS CÉLESTESEt souris au bonheur.

ESPRITS CÉLESTESViens, Margarita, viens!

SOPRANO SOLOMargarita!

ESPRITS CÉLESTESViens, Margarita!

SOPRANO SOLOMargarita!

ESPRITS CÉLESTESViens!

SOPRANO SOLOMargarita! Viens!

ESPRITS CÉLESTESViens! Viens!

ESPRITS CÉLESTESViens!