La Tourterelle et le papillon
Bourgeois
LA TOURTERELLE.
Vous, gémir, papillon charmant!
D'où vous peut venir la tristesse?
Nature avec délicatesse
Vous brode un si beau vêtement!
Des plaisirs vous êtes l'emblème.
Près de la rose qui vous aime,
Vous, gémir, papillon charmant!
LE PAPILLON.
Tourterelle, chère aux amours,
Hélas! j'ai perdu mon amie:
Un enfant l'a prise endormie
Sur un lis, et voilà trois jours.
Tout m'est deuil, deuil sans espérance.
Qui sent mieux que vous ma souffrance
Tourterelle, chère aux amours?
LA TOURTERELLE.
Beau papillon, consolez-vous:
Vous plairez à d'autres amantes.
Les tourterelles sont aimantes,
Mais sans excès pour leurs époux.
Si l'un part, d'un autre on s'affole.
Meurt-il, on pleure et l'on convole.
Beau papillon, consolez-vous.
LE PAPILLON.
Tous deux ensemble étions éclos;
Ensemble avions pris la volée;
Tous deux allant par la vallée,
Par les champs, les prés, les enclos;
Dans l'air nous nous touchions de l'aile.
Je ne sais pas vivre sans elle.
Tous deux ensemble étions éclos.
LA TOURTERELLE.
Quoi! les papillons sont constants!
Et c'est nous qu'on prend pour modèles!
Même il se peut qu'ils soient fidèles:
Le papillon vit peu d'instants.
Fiez-vous donc aux vieux adages!
Les tourterelles sont volages,
Et les papillons sont constants![