C'est l'oiseau qui chante au village
C. Bovy-Lysberg
C'est l'oiseau qui chante au village,
Oiseau triste et mystérieux,
Dont l'aile n'est jamais volage,
Et qui ne cherche que les cieux.
Il a délaissé la charmille,
Ses nids d'autrefois sont déserts;
Seulement, dès qu'un rayon brille,
Il s'envole au plus haut des airs.
Il s'envole tout seul et chante,
Et sa plainte a tant de douceur.,
Qu'à cette voix molle et touchante
Je sens des larmes dans mon cœur.
Pauvre oiseau que la brise enlève,
Où vas-tu si loin tous les jours,
Oiseau fugitif comme un rêve,
Oiseau qui pleures tes amours?
Va plutôt le long des feuillées
T'embaumer de rose et de thym,
Et te pendre aux branches mouillées,
Et cueillir les pleurs du matin.
Imite dans sa vive allure
L'hirondelle que j'aperçois;
Va caresser la chevelure
De la jeune fille des bois;
Et dans les sentiers qu'elle trace
Bien loin des regards importuns,
Que ton aile effleure avec grâce
Son cou de cygne et ses yeux bruns.
Que te faut-il?... ombre ou lumière?
Ici les bois t'offriront tout;
Les bois ont leur beauté première,
Et la solitude est partout.
Ici, dans l'ombre spacieuse,
On n'entend que le flot lointain,
Ou quelque abeille harmonieuse
Qui s'est égarée en chemin.
L'eau des cieux tombe de la feuille,
Le rayon du soleil y dort,
Et chaque calice recueille
Une part de ces gouttes d'or.
Mais si d'autres vœux, d'autres songes
T'ont fait pour respirer ailleurs;
Si dans la sphère où tu te plonges
Les rayons du jour sont meilleurs;
Si l'aspect des cieux te délivre
Des tristesses du sol natal,
Pauvre oiseau, si tu ne peux vivre
Que loin d'un bruit qui te fait mal;
Du moins, quand le soir te ramène
Reviens à moi, reviens toujours,
Oiseau dont la vie est la mienne,
Oiseau qui pleures tes amours.