Ô divin Rossignol

C. Carissan

Ô divin Rossignol, tu chantes dans la nuit

Moi, je dors et tu chantes.

Dans mon jardin, tout dort, et ton gosier poursuit

Ses roulades touchantes.

A quelle oreille as-tu dédié ce concert?

Je ferme ma fenêtre

Tu vas continuer, pour l'ombre et le désert

Ta musique de Maitre.

Nous, si nous n'avions pas des mains pour applaudir

Autour de nos roulades,

La note expirerait, sans pouvoir en sortiг,

Dans nos gosiers malades

Car nous ne voulons pas la gloire sans témoims:

Les témoins, c'est la gloire!

Ah! ne fallait-il pas qu'une voix pure, au moins,

Chantất dans la nuit noire?

Comme pour expier nos vanités d'enfants

Qu'énivre le tapage,

C'est la nuit, quand au loin tout dort même les vents,

Que tu chantes ta page.

Tu laissess'assoupir le chœur aux mille voix

De l'univers immense:

Alors pour l'univers, dans le calme des bois

Ta prière commence.

On ne t'écoute pas;

L'homme s'en va dormir,

L'oiseau dort sous son aile

Mais peutêtre sens-tu les étoiles frémir

Dans leur fête éternelle!