Fleur du matin

C. Chaminade

Si tu pouvais venir avec le matin frais,

Par les prés nébuleux et sur les fleurs paisibles,

O toi que je poursuis de baisers invisibles,

Je m'enfuirais, peut-être, ou je sangloterais!

Si tu pouvais venir avec le matin frais,

Je sentirais, à voir le ciel humide et pâle,

Que mon cœur a perdu sa pudeur virginale:

Ces bras tendus déjà, je les refermerais.

Si tu pouvais venir avec le matin frais,

M'offrant ton baiser pur comme l'eau du baptême,

Je te chérirais trop pour te dire: « Je t'aime »,

Et c'est sur des yeux morts que tu me baiserais,

Amour de ma jeunesse, ô fleur du matin frais!