Les Fiancés

C. Chaminade

Depuis que le grand jour approche,

Je voudrais me mettre à genoux,

Chaque fois que j'entends la cloche

Qui bien tôt tintera pour nous.

Sous tes blancs habits de colombe,

Je te vois, la main dans ma main

Chaque fois que la neige tombe

Ou qu'un lys fleurit le chemin.

La neige fond et le lys passe

Cependant qu'en toute saison,

La cloche au souffle de l'espace

Jette sa divine chanson.

Quand viendront les neiges prochaines,

Εt quand les lys refleuriront

Chère âme, d'éternelles chaines

A jamais nous réuniront

Cloches apprenez bien le chant des Hyménées!

Fleurissez-vous, jardins, pour le prochain printemps!

Sur l'aile des chansons et des parfums flottants

Nos âmes s'en iront, l'une à l'autre données,

Sous les cieux éclatants!

Comme, entre des rives meilleures

Sous un ciel plus pur, le ruisseau,

Entends, pour nous, passer les heures

Qui chantent au pied d'un berceau!

Dans la forêt déja moins sombre

Où l'hiver est près de finir

Vois pour nous s'élever dans l'ombre,

Les floraisons de l'avenir!

Le ruisseau que trouble l'orage

Voit ses ondes fuir vers la mer;

A nos jours, du ciel pur mirage,

Rien ne peut se mêler d'amer.

La forêt comme d'un coup d'ailes

Se dépouille sous les autans.

Nous portons dans nos cœurs fideles,

L'éternel secret du printemps

Cloches apprenez bien le chant des Hyménées!

Fleurissez-vous, jardins, pour le prochain printemps!

Sur l'aile des chansons et des parfums flottants

Nos âmes s'en iront, l'une à l'autre données,

Sous les cieux éclatants!