Nice-la-Belle
C. Chaminade
Quand ton ciel se dore aux feux du matin,
Tes plages sont roses;
Et le vent jaseur qui vit au lointain
Tant d'apothéoses,
Le vent de la mer qui vient pour causer
Du pays des rêves
Fait s'épanouir sous son long baiser
Les fleurs de tes grèves.
Buvant le soleil en toutes saisons,
Ta terre féconde
Porte le secret des belles chansons
Dans sa vigne blonde;
Tes fruits ont en eux gardé tout le miel
Des fleurs entr'ouvertes,
Reine, avec orgueil tu lèves au ciel
Mille palmes vertes.
Ville de la joie et de la beauté,
Vivante merveille,
C'est dans ta mollesse et dans ta clarté
Que l'amour s'éveille;
Car dans les yeux noirs, brillants de vigueur,
Qu'aux vierges tu donnes,
Flottera toujours aussi la langueur
Des saintes madones.
Ô Nice-la-belle, est-il une fleur,
Dans tout ton parterre,
Troublante en parfum, riante en couleur
Et tendre en mystère
Comme la fleur pâle, aux sucs épuisés
Par ma lèvre avide,
Où j'ai bu l'amour dans mille baisers
Sans qu'elle fût vide?
Entraîne toujours au bruit des grelots
Ta belle folie,
Toi qui te souviens qu'au delà des flots
Chante l'Itanie!
Car de tous pays les amants joyeux
Vont, comme l'abeille,
Butiner les fleurs s'offrant sous les cieux
De Nice à Marseille!
Ville de la joie et de la beauté,
Vivante merveille,
O Nice-la-belle.