L'ange et l'enfant

C. Franck

Un ange au radieux visage

Penché sur le bord d'un berceau,

Semblait contempler son image

Comme dans l'onde d'un ruisseau.

Charmant enfant qui me ressemble,

Disait-il, oh! viens avec moi:

Viens, nous serons heureux ensemble

La terre est indigne de toi.

Là, jamais entière allégresse:

L'âme y souffre de ses plaisirs,

Les cris de joie ont leur tristesse

Et Les voluptés ont leurs soupirs.

Eh quoi! les chagrins, les alarmes

Viendraient troubler ce front si pur,

Et par l'amertume des larmes

Se terniraient ces yeux d'azur!

Non, non: dans les champs de l'espace

Avec moi tu vas t'envoler;

La Providence te fait grâce

Des jours que tu devais couler.

Que personne dans ta demeure

N'obscurcisse ses vêtements;

Qu'on accueille ta dernière heure

Ainsi que tes premiers moments!

Que les fronts y soient sans nuage,

Que rien n'y revèle un tombeau:

Quand on est pur comme à ton âge

Le dernier jour est le plus beau.

Et secouant ses blanches ailes,

L'ange à ces mots a pris l'essor

Vers les demeures éternelles...

Pauvre mère, ton fils est mort!