L'Émir de Bengador
C. Franck
Si tu savais que je t'adore,
Comme l'étoile aime le ciel,
Comme l'abeille du Mysore
Aime la fleur où naît le miel,
Tu viendrais, à l'heure où le Gange
Au golfe bleu va s'endormir,
Tu viendrais, t'asseoir, ô mon ange,
Sous les rosiers de ton émir!
Là, ma douce reine,
Sous la nuit sereine,
Après un beau jour,
Les fleurs ranimées,
Les rives aimées,
Les nuits embaumées,
Tout parle d'amour.
Si tu venais, ô non pareille,
Comme tu faisais autrefois,
Pour dérouler à mon oreille
Toutes les perles de ta voix,
Je te donnerais, ô mon ange,
Mon beau palais de Bengador,
Qui met son jardin sur le Gange
Et sur la mer ses balcons d'or!
Là, ma douce reine,
etc.
Si tu savais quelle merveille
Change d'un signe de ma main
La pauvre fille de la veille
En sultane du lendemain,
Tu croirais demain, ô mon ange,
Que le dieu bleu du firmament
Est descendu sur notre Gange
Avec le nom de ton amant!
Là, ma douce reine,
etc.
Ô vierge! tu marches l'égale
Des houris du séjour divin;
Pour te détrôner le Bengale
Dans ses fleurs chercherait en vain!
Viens! oh! viens à l'heure où le Gange
Au golfe bleu va s'endormir;
Viens replier tes ailes d'ange
Sous les rosiers de ton émir!
Là, ma douce reine,
etc.