Robin Gray
C. Franck
Quand les moutons sont dans la bergerie,
Que le sommeil aux humains est si doux,
Je pleure, hélas! les chagrins de ma vie,
Et près de moi dort mon bon vieux époux.
Jame m'aimait; pour prix de sa constance,
II eut mon cœur: mais Jame n'avait rien;
Il s'embarqua, dans la seule espérance
A tant d'amour de joindre un peu de bien.
Après un an notre vache est volée;
Le bras cassé, mon père rentre un jour;
Ma mère était malade et désolée,
Et Robin Gray vint me faire la cour.
Le pain manquait dans ma pauvre retraite;
Robin nourrit mes parens malheureux:
La larme à l'œil, il me disait: Jeannette,
Épouse moi, du moins pour l'amour d'eux.
Je disais: Non, pour Jame je respire.
Mais son vaisseau sur mer vint à périr...
Et j'ai vécu! Je vis encor peur dire:
Malheur à moi de n'avoir pu mourir!
Mon père alors parla de mariage;
Sans en parler, ma mère l'ordonna.
Mon pauvre cœur était mort du naufrage;
Ma main restait, mon père la donna.
Un mois après devant ma porte assise,
Je revois Jame... et je crus m'abuser.
C'est moi, dit-il, pourquoi tant de surprise?
Mon cher amour, je reviens t'epouser.
Ah! que de pleurs ensemble nous versâmes!
Un seul baiser, suivi d'un long soupir,
Fut notre adieu; tous deux nous repétâmes:
Malheur à moi de n'avoir pu mourir!
Je ne vis plus, j'écarte de mon âme
Le souvenir d'un amant si chéri:
Je veux tâcher d'être une bonne femme;
Le vieux Robin est un si bon mari!