Amour, quiconque ait dit que le ciel fut ton pere

C. Goudimel

Amour, quiconque ait dit que le ciel fut ton pere,

Et que Venus la doulce en ses flancs te porta,

Il mentit lachement, une ourse en avorta,

S'une ourse d'un tel filz se veult dire la mere.

Des champs Massiliens la plus cruelle Fere

Entre ses lionneaux horribles t'alecta,

Et tirant ses tetins par son laict te jecta

Tout à l'entour de toy sa rage la plus fiere.

Rien ne te plaist, cruel, que sanglots et que pleurs,

Que deschirer nos coeurs d'espineuses douleurs,

Que tirer tout d'un coup mille morts de ta trousse.

Un si meschant que toy du ciel n'est point venu:

Si Venus t'eust conceu tu eusses retenu

Quelque peu de douceur d'une mere si douce.