Du jour que je fus amoureus
C. Goudimel
Du jour que je fus amoureux,
Nul past, tant fut il savoureux,
Ne vin tant fut il delectable,
Au cœur ne me fut agreable:
Car depuis l'heure je n'ay sçeu
Rien boire et manger qui m'ait pleu.
Une tristesse en l'ame enclose
Me nourrist, et non autre chose.
Tous les plaisirs que j'estimois
Alors que libre je n'aimois,
Maintenant je les desestime:
Plus ne m'est plaisante l'escrime,
La paume, la chasse, et le bal,
Mais comme un farouche animal
Je me pers pour celer ma rage,
En l'abry d'un antre sauvage.
L'amour fut bien forte poison
Qui m'ensorcela la raison,
Et qui me desroba l'audace
Que je portoy dessus la face,
Me faisant aller pas à pas,
Triste et pensif, le front à bas,
En homme qui craint et qui n'ose
Se fier plus en nulle chose.
Le torment qu'on feint d'Ixion,
N'approche de ma passion,
Et mieux j'aimerois de Tantale
Endurer la peine fatale
Un an, qu'estre un jour amoureux,
Pour languir autant malheureux
Que j'ay fait, depuis que Cassandre
Tient mon cœur et ne le veut rendre.