Errant par les champs de la grace
C. Goudimel
Errant par les champs de la Grâce,
Qui peint mes vers de ses couleurs,
Sus les bords Dirceans j'amasse
Le thresor des plus riches fleurs,
Afin qu'en pillant je façonne
D'une laborieuse main
La rondeur de ceste couronne
Trois fois torce d'un ply Thebain,
Pour orner le hault de la gloire
Du plus heureux mignon des Dieux
Qui ça bas ramena des cieulx
Les filles qu'enfanta Mémoire.
Mémoire, royne d'Eleuthere,
Par neuf baisers qu'elle receut
De Jupiter, qui la fit mere,
En neuf soirs neuf filles conceut.
Mais quand la lune vagabonde
Eut courbé douze fois en rond
(Pour r'enflammer l'obscur du monde)
La double voute de son front,
Elle adonc lassement outrée
Dessous Olympe se coucha
Et criant Lucine, accoucha
De neuf filles d'une ventrée.
En qui respandit le ciel
Une voix sainctement belle,
Comblant leur bouche nouvelle
Du just d'un attique miel,
Et a qui vrayment aussi
Les vers furent en soucy,
Les vers dont flattés nous sommes,
Affin que leur doulx chanter
Peust doucement enchanter
Le soing des Dieux et des hommes.