Près du fleuve étranger

Gounod, Charles

Près du fleuve étranger conduits par nos vainqueurs,

nous nous sommes assis lassés de tant d'alarmes,

Ton souvenir Sion a vibré dans nos cœurs

et nous tournons vers toi

nos yeux remplis de larmes!

Au saule incliné sur le bord,

notre harpe qui se balance,

Mêle à nos pleurs dans le silence,

la voix de son plaintif accord.

Au sein de leurs impures fêtes

parmi leur autels détestés,

Nos tyrans nous ont dit:

chantez, chantez, les chants sacrés de nos prophètes.

Seigneur, sous ce joug odieux,

séparés de nos lois antiques,

comment chanter tes saints cantiques,

loin du temple de nos aïeux.

Jérusalem, chère patrie.

Que mon sang se glace en mes doigts,

que ma lèvre reste sans voix.

Jérusalem, Jérusalem, Jérusalem!

Que ma lèvre reste sans voix.

Jérusalem, si je t'oublie.

Malheur à toi, fille de Babylone!

Nous fuirons ton impur séjour.

Et l'éternel brisant ton trône

fera pâlir ton dernier jour!

Tes ennemis, dans leur colère,

viendront de leurs bras triomphants,

à tes yeux briser sur la pierre

le front maudit de tes enfants.

Malheur à toi, fille de Babylone,

Malheur, malheur, malheur!