Sérénade du troubadour

C. Hess

Pendant leur paisible entretien, un bruit inattendu

vint ébranler la première porte du château,

et avant que le concierge, dont la vieillesse ralentissait les pas,

eût fait les questions d'usage, on entendit les préludes

d'une harpe; bientôt une voix mâle, mais douce, se maria

aux sons de l'instrument harmonieux:

CHANSON

La lune règne à l'horizon

Mais de vapeurs elle est voilée;

Il est nuit, et dans le vallon

Il tombe une froide rosée:

Daignez donner dans ce séjour

Un humble asile au troubadour.

Mais le portier sévère répondit: --

Éloigne-toi, chanteur vagabond; le roi a besoin de soldats;

il vaudrait mieux pour toi aller le servir à la guerre,

que de faire le lâche métier que tu exerces.

A ce reproche peu encourageant le ménestrel répondit

comme s'il s'y était attendu:

Ne dites pas qu'au champ d'honneur

Je devrais m'armer de la lance;

Je ne sais que toucher le cœur

En chantant plaintive romance:

Hymne de gloire ou chant d'amour,

Voilà tout l'art du troubadour.

Le vieillard, toujours inflexible, l'interrompit encore: --

Éloigne-toi, lui dit-il; va-t-en à la garde du ciel;

et, si tu demeures plus longtemps à la porte de ce château,

crois-moi, je pourrai t'en faire repentir.